André Foy (1886-1953), dessinateur du rire et peintre des arrière-mondes
Repères
André Lucien Léon Foy naît le 14 avril 1886 à Paris (9e arrondissement). Formé aux ateliers académiques mais prompt à s’en affranchir, il mène une double vie d’artiste : dessinateur de presse (caricature, portrait-charge, humour) et peintre (natures mortes, paysages, figures). Il meurt le 11 avril 1953 à Versailles.
Formation : l’école du dessin, puis l’école du métier
Élève de l’Académie Julian puis de l’École des beaux-arts de Paris, André Foy débute très tôt dans la presse (dès 1906). Il se fait d’abord connaître par le portrait-charge, un exercice où il impose une patte paradoxale : un trait à la fois volontairement “mal peigné” et très composé, capable d’aller de la masse noire aux détails filigranés.
Un homme de presse : du portrait-charge à la grande machine des journaux
Avant et après la Grande Guerre, Foy publie dans une multitude de titres humoristiques et généralistes. Il est notamment présent dans des journaux où l’on attend du dessin qu’il fasse plus qu’illustrer : qu’il commente, qu’il morde au réel, qu’il serve de petite scène parallèle aux événements.
Il collabore à Fantasio et à La Vie parisienne tout en apparaissant dans de nombreux périodiques de l’époque. Son parcours, typique d’une génération de dessinateurs, le conduit des feuilles d’humour vers une presse plus politique et plus “d’information”, sans renoncer au divertissement ni à la charge.
Au Canard enchaîné (1917-1919)
Dans les premières années du journal, André Foy fait partie de ces signatures graphiques qui donnent au Canard une allure immédiatement reconnaissable : un mélange de satire, de théâtre dessiné et de portraits qui semblent parler par eux-mêmes.
Il y collabore durant la période 1917-1919. Il y côtoie une génération de dessinateurs et caricaturistes qui, chacun à sa manière, fabrique l’arsenal visuel du titre : un humour de combat, mais aussi un art du raccourci et de la scène, où un visage peut devenir un article.
Le dessinateur “gauche et naïf”… et terriblement savant
Une partie de la singularité de Foy tient à ce contraste : on a parfois l’impression d’un dessin “simple”, presque enfantin, avec des traits épais, des silhouettes ramassées, un goût du masque, du ventre, de l’ovale, et soudain, ailleurs, une ligne fine, une composition fouillée, une élégance de mise en page. Cette alternance devient sa signature : la cocasserie et la distinction peuvent cohabiter dans le même cadre.
Les “mauvais garçons de l’ironie” : salons, bandes et contre-salons
Au sortir de la guerre, Foy ne se contente pas d’être un fournisseur de dessins pour la presse : il participe à une stratégie collective visant à faire reconnaître le dessin comme un art autonome. Il figure parmi un groupe volontiers provocateur, qualifié de “mauvais garçons de l’ironie”, où l’on croise notamment des complices et contemporains de l’illustration moderne.
Il est aussi de ceux qui font vivre le Salon de l’Araignée (à partir de 1920), espace d’exposition conçu pour sortir le dessin de son seul statut d’appoint journalistique. Il expose également (et durablement) dans des salons de peinture : Indépendants, salons de peinture, et participe au mouvement des dessinateurs qui veulent être jugés sur leurs œuvres, pas seulement sur leurs “bons mots” imprimés.
Peinture, lithographie, objets, décors : un artiste qui ne tient pas en une case
Foy ne se limite pas à la feuille et à l’encre. Il travaille aussi comme peintre et lithographe, et l’on retrouve chez lui un goût prononcé pour :
– la nature morte (fleurs, masques, objets),
– les paysages,
– des portraits issus des mondes du cirque, du cabaret et du spectacle, où la grimace et le masque deviennent des motifs picturaux.
Il réalise également des travaux de décors et de costumes pour le théâtre (et intervient dans l’univers du spectacle au sens large). Il a aussi peint sur des assiettes et produit des œuvres liées aux arts décoratifs, signe d’un tempérament d’atelier, curieux des supports autant que des sujets.
Illustrer les écrivains : d’Arnoux à Courteline, et des albums pour enfants
Dans son activité d’illustrateur, il met en images des auteurs tels qu’Alexandre Arnoux et Georges Courteline, et publie aussi des albums, dont des ouvrages destinés à la jeunesse. Il est par ailleurs associé à un esprit de chronique graphique du “quotidien”, capable de passer du grotesque au poétique en changeant seulement l’angle de la lampe.
Une carrière longue, prolifique, et des retours de style
André Foy traverse plusieurs périodes : la grande époque du portrait-charge, l’intensité des années de presse illustrée, puis une affirmation croissante de la peinture et de la recherche graphique hors-journal. Il demeure membre des Humoristes et participe à des réseaux d’expositions qui, des années 1920 aux années 1940, structurent une “autre” histoire de l’art moderne, faite de dessinateurs-peintres, d’illustrateurs-auteurs, d’artisans de l’image.
Ce que laisse Foy
Dans une galerie imaginaire, André Foy serait ce peintre qui apporte un bocal de fantastique sur la table de la nature morte, et ce caricaturiste qui sait, d’un trait épais, faire basculer un visage vers le théâtre. Son œuvre tient dans cette oscillation : l’humour comme méthode, la peinture comme seconde respiration, et la presse comme terrain d’exercice permanent.





