PÉTILLON (René Pétillon)
Repères
René Pétillon, dit Pétillon, né le 12 décembre 1945 à Lesneven (Finistère) et mort le 30 septembre 2018 à Paris, est un auteur de bande dessinée et un dessinateur de presse français. Il collabore au Canard enchaîné de 1993 à 2017.
Origines et formation
Pétillon grandit à Lesneven, dans le pays de Léon, dans une famille catholique traditionnelle; ses parents sont boulangers. Autodidacte, il revendique un goût pour le non-sens, qu’il dit avoir découvert via les Marx Brothers. Il débute par un dessin d’humour non légendé (sans texte) et s’oriente ensuite vers la bande dessinée, puis vers le dessin de presse.
Des premiers dessins aux grandes revues
Il est publié dès la fin des années 1960, notamment dans Planète (à partir de 1968) et collabore à divers titres (dont L’Enragé, Plexus, etc.). Il entre ensuite à Pilote en 1972, où il se tourne vers une bande dessinée à veine comico-burlesque.
Jack Palmer, Le Baron noir et l’incursion politico-satirique
En 1974, Pétillon crée l’inspecteur Jack Palmer, qui devient son personnage fétiche et circule entre plusieurs supports (dont Pilote, L’Écho des savanes, Télérama, VSD).
Il scénarise Le Baron noir pour le dessinateur Yves Got: d’abord en planches dans L’Écho des savanes, puis en strips (1976-1981) dans Le Matin de Paris. Cette expérience constitue, dans son parcours, une incursion durable dans le registre politico-satirique, qu’il réemploie ensuite en articulant cases, texte et dessin.
Du dessin de presse au « Canard » (1993-2017)
Son parcours est décrit comme atypique, au gré d’opportunités entre titres « sérieux » et magazines plus provocateurs. Il aborde le dessin de presse notamment par une planche d’actualité dans VSD, puis rejoint le Canard enchaîné en 1993.
Au Canard, Pétillon s’impose comme l’un des dessinateurs français les plus connus en matière de satire politique. Il affirme en 2013 que le grand succès de sa bande dessinée L’Enquête corse découle directement de son travail au Canard. Durant l’été 2009, un nouvel album de Jack Palmer, Enquête au Paradis, est prépublié dans le journal sous forme de planches hebdomadaires.
En 2017, il met fin à sa collaboration au Canard enchaîné afin de se consacrer davantage à la bande dessinée.
Succès d’édition et œuvres marquantes
L’Enquête corse (prix du meilleur album au Festival d’Angoulême 2001) connaît un succès majeur: présenté comme un « triomphe d’édition », l’album est annoncé vendu à 300 000 exemplaires et fait l’objet d’une adaptation au cinéma (film réalisé par Alain Berberian, sorti le 7 octobre 2004). Sa jeunesse dans une famille catholique nourrit aussi Super catho, conçu avec Florence Cestac et publié en 2004.
Son trait est décrit comme évoluant vers un grand dynamisme; son humour est dit pertinent et sans méchanceté, y compris lorsqu’il aborde des sujets politiquement sensibles. On souligne également, à propos de son œuvre, un éclectisme graphique et littéraire.
Position sur la satire religieuse
En 2006, interrogé dans le contexte des polémiques autour de caricatures de Mahomet publiées dans la presse scandinave, Pétillon insiste sur la nécessité de cibler les intégristes sans tomber dans l’amalgame, et affirme qu’« en attaquant le prophète, on attaque tous les musulmans », précisant que sa cible est plutôt ceux qui interprètent les religions et imposent leurs vues.
Distinctions et reconnaissance
Pétillon reçoit le trophée Haga en 1975. Il est lauréat du Grand Prix de la Ville d’Angoulême en 1989. Il obtient aussi le Grand prix de l’humour vache en 2002 au Salon international du dessin de presse et d’humour de Saint-Just-le-Martel.
Dernières années, hommages, disparition
Après la reparution de Charlie Hebdo en février 2015, Pétillon y collabore pendant quelques numéros. En 2017, il réalise l’image des Rencontres-Promenades d’Argentat-sur-Dordogne sur le thème « Rallumons les Lumières ! », image tirée en poster pour lui rendre hommage après sa mort.
René Pétillon meurt le 30 septembre 2018, à 72 ans, à Paris (15e arrondissement), des suites d’un cancer du poumon. Ses obsèques ont lieu le 5 octobre au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, où il est incinéré.






