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Les plumes du Canard

Yves Grosrichard , dit Grosrichard

1907 - 1992

Sa participation au Volatile : 1935 à 1953

Yves Grosrichard 

vu par Pol Ferjac

Canard Enchainé du 30 mai 1956

Yves Grosrichard (1907-1992) : du vélo au “bouclage”, un grand ancien du Canard

Quand Le Canard enchaîné annonce, le 14 octobre 1992, la disparition d’Yves Grosrichard, il le fait comme on salue un “revenant” de la grande histoire du journal : un « grand ancien », « un des derniers à avoir connu notre fondateur Maurice Maréchal ». Grosrichard vient de mourir à 85 ans, le 9 octobre 1992, à Pléneuf. Il était né à Paris, le 25 novembre 1907. Une vie longue, traversée par les rédactions, la guerre, la Résistance, la radio, et ce fil noir et blanc qui ne casse pas : le Canard.

Le petit encadré nécrologique du journal garde le ton des souvenirs de couloir : on y parle d’un homme « affable et talentueux », d’un collègue qu’on n’oublie pas, et même d’un détail qui vaut portrait, tant il a fait rire les dessinateurs de la maison : il ne se déplaçait qu’à vélo. « Écologiste avant la lettre », écrit le Canard, au temps où l’expression n’était pas encore devenue badge, slogan ou étiquette de parti. Chez lui, c’était une habitude et une allure.

Un neveu de “L’Œuvre”, et une entrée précoce dans le journalisme

Yves Grosrichard est un petit-neveu de Gustave Téry, patron de L’Œuvre jusqu’à sa mort (1928). Licencié ès lettres, il commence justement dans ce journal, comme rédacteur parlementaire, en 1931. Cette formation à la tribune et aux couloirs du pouvoir ne le quittera plus : elle donne le sens de l’angle, de la phrase courte, et du bruit de fond politique qu’il faut savoir filtrer.

Très jeune, il s’approche aussi du Canard. L’hommage de 1992 le situe « au début des années 1930 », « presque en même temps » qu’à L’Œuvre. Une autre source précise une arrivée au Canard en 1935. Ce double repère raconte surtout la même chose : Grosrichard appartient tôt à ce petit monde où l’on passe d’une rédaction à l’autre, mais où l’on reconnaît immédiatement la maison qui correspond à son tempérament.

Le Canard, le vélo, et la joie des caricaturistes

Dans le souvenir du Canard, Yves Grosrichard n’est pas seulement un nom et des dates. C’est une silhouette. Le vélo, répété comme un refrain, dit une forme de sobriété volontaire, un goût du mouvement simple, et peut-être une manière de traverser Paris sans se laisser happer par les salons. Les caricaturistes, eux, avaient trouvé là un motif facile, quasi automatique : un homme qui arrive, qui repart, qui file, et dont la roue peut devenir halo, auréole, ou engrenage satirique selon l’humeur de la semaine.

Occupation : professeur, résistant, et un passage par Fresnes

Pendant l’Occupation, Grosrichard quitte le journalisme et reprend un poste à l’Éducation nationale. Il enseigne le français au collège Turgot (1940-1943), puis, à partir du 1er octobre 1944, à l’école primaire supérieure Lavoisier. Ce détour par l’enseignement n’est pas seulement un repli : il coïncide avec des années de clandestinité et de danger, où les itinéraires professionnels servent aussi de couverture.

Proche de la Résistance, il est arrêté par l’Abwehr à son domicile le 10 décembre 1943 et incarcéré à Fresnes. Son adresse a été retrouvée dans le carnet de Jean Cavaillès, chef du réseau Cohors, arrêté quelques semaines plus tôt. Le 20 décembre 1943, Grosrichard est confronté à Cavaillès dans les annexes de l’Hôtel de Beauvau, au 11 rue des Saussaies, lieu redouté. Et là, détail glaçant mais décisif : durant le trajet depuis Fresnes, les deux hommes ont le temps de préparer des versions concordantes, qui permettront d’innocenter le professeur de français. Grosrichard est relâché.

Cette séquence donne une épaisseur particulière au personnage “affable” de la nécrologie. Sous l’affabilité, il y a l’endurance. Sous la politesse, il y a une expérience de l’étau et du risque, gardée sans tapage, comme beaucoup de résistants qui ne collectionnaient pas les récits héroïques.

La Libération : radio, presse, et retour à la proue du Canard

Après 1944, Grosrichard multiplie les collaborations : L’Ordre, Carrefour, Ambiance, La Bataille, La France intérieure, La Voix de Paris, France-Soir… Il devient aussi une figure de la radio : il est rédacteur en chef du Journal parlé de la Radiodiffusion française de 1944 à 1946. On le retrouve ainsi à un poste stratégique, au moment où l’information se réorganise et où la voix publique se reconstruit.

Au Canard, la Libération le propulse au premier rang. L’hommage du 14 octobre 1992 rappelle qu’il fut « corédacteur en chef » avec Tréno entre 1947 et 1952. Une autre chronologie le donne corédacteur en chef à partir de 1947 jusqu’à l’automne 1953 (avec Ernest Reynaud mentionné comme compagnon de direction). Quoi qu’il en soit, l’idée est limpide : Grosrichard fait partie de la “figure de proue” du journal d’après-guerre, au moment où le Canard se réinstalle, se réaffirme, et retrouve ses lecteurs.

France-Soir, Franpar, “Journal du dimanche” : l’homme des grandes machines

Puis il s’éloigne du Canard. La nécrologie évoque « d’importantes fonctions » dans le groupe Franpar, ainsi qu’à la radio. D’autres repères confirment qu’il prend des responsabilités à France-Soir, notamment à la politique étrangère, et qu’il quitte le Canard en 1953 pour s’y consacrer pleinement.

Il est aussi indiqué qu’il fut directeur du Journal du dimanche, et qu’il écrivit plusieurs ouvrages, « littéraires ou historiques ». Ce passage des rédactions “de plume” aux grandes machines de presse (groupe, direction, service, radio) dit une compétence moins visible que le style : une capacité à tenir des organisations, à faire tourner des équipes, à piloter des rubriques lourdes, sans perdre la finesse qui faisait qu’au Canard on se souvenait surtout d’un homme « affable ».

Un style de l’ancienne école : le ton avant la paperasse

Dans la notice biographique que vous fournissez, on lit que Grosrichard représentait un journalisme « d’un autre temps », « où le ton l’emportait sur la documentation ». Ce n’est pas un reproche, plutôt une photographie : celle d’une époque où l’on savait beaucoup par fréquentation, par carnet d’adresses, par oreille, par couloirs, et où l’on considérait que la vérité avait besoin d’une forme pour être entendue. Ce “ton” explique son ancrage au Canard, journal de style autant que d’information.

Et c’est peut-être aussi ce qui rend touchant le dernier mot du Canard : ceux qui l’avaient connu gardaient « le souvenir d’un homme affable et talentueux ». On n’érige pas une statue, on garde un souvenir. Un souvenir qui roule, discrètement, comme un vélo sur les pavés.

Repères

  • Naissance : 25 novembre 1907, Paris
  • Décès : 9 octobre 1992, Pléneuf (85 ans)
  • Formation : licencié ès lettres
  • Débuts : rédacteur parlementaire à L’Œuvre (1931), journal lié à Gustave Téry (petit-neveu)
  • Le Canard enchaîné : entrée au début des années 1930 (1935 selon une chronologie), grand ancien ayant connu Maurice Maréchal
  • Occupation : enseignant (collège Turgot 1940-1943 ; école Lavoisier à partir d’octobre 1944) ; proche de la Résistance ; arrêté par l’Abwehr (10 décembre 1943), incarcéré à Fresnes, relâché après confrontation avec Jean Cavaillès (20 décembre 1943)
  • Libération : rédacteur en chef du Journal parlé (Radiodiffusion française) 1944-1946
  • Direction au Canard : corédacteur en chef (1947-1952 avec Tréno ; prolongation jusqu’en 1953 selon une autre chronologie)
  • Après le Canard : responsabilités à France-Soir / groupe Franpar ; direction du Journal du dimanche ; ouvrages littéraires ou historiques

Sources et références

Wikipédia
Hommage : encadré nécrologique du Canard enchaîné, 14 octobre 1992