Sabadel (Claude Blanc, 1939-2021)
Identité et débuts
Sabadel, de son vrai nom Claude Blanc (il signe aussi BLAN), est un dessinateur, illustrateur politique et satirique, caricaturiste, originaire de Sabadel-Lauzès (Lot). Né en 1939, il “monte” à Paris en 1964 pour se consacrer à ses passions fondatrices: le dessin et la peinture. D’abord maquettiste, il vient au dessin d’humour en autodidacte, avant de s’orienter vers un dessin politique plus directement arrimé à l’actualité et aux combats de son époque.
Parcours de presse et collaboration au Canard enchaîné (1973-1974)
Caricaturiste de presse, Sabadel collabore à divers journaux et titres engagés, dont L’Unité, Politique Hebdo et L’Enragé. Il travaille également pour des publications variées (dont Télé 7 Jours, Minute, et Témoignage chrétien, où sa présence s’inscrit dans la durée). C’est dans ce parcours qu’il signe des dessins pour Le Canard enchaîné entre 1973 et 1974, apportant une veine satirique et politique nourrie par l’expérience du maquettiste et l’instinct du caricaturiste: dire vite, dire juste, frapper au bon endroit, sans perdre la lisibilité.
1977: l’accident, puis la reconquête par le dessin
En 1977, un accident vasculaire cérébral massif interrompt brutalement son élan. Frappé en pleine force de l’âge, Sabadel devient aphasique et hémiplégique. La parole lui échappe; la main droite, outil du métier, ne répond plus. Il doit alors, lentement, douloureusement, réapprendre à se tenir debout dans le langage.
Ce qui rend sa trajectoire bouleversante, c’est la manière dont il transforme l’épreuve en méthode: aidé par une équipe médicale et un orthophoniste particulièrement investi, il récupère la parole par le biais de ce qui, pour lui, demeure un langage premier: le dessin. Privé de sa main droite, il tire de sa main gauche de quoi satisfaire son besoin de tracer, de composer, de signifier. Il racontera cette reconquête, notamment dans un récit intitulé L’homme qui ne savait plus parler.
Œuvres et engagements
Avant l’accident, Sabadel publie en 1975 Noir et Blanc, une histoire sans parole visant un monde sans racisme, œuvre emblématique d’une pensée qui passe par l’image, par la narration muette, par le choc simple d’un contraste.
Des décennies après l’AVC, il revient sur son histoire avec un regard de survivant et d’auteur: en 2008, il dessine et commente son hémiplégie et son aphasie dans Une plume à mon cerveau – Histoire d’une aphasie. Après sa “renaissance”, il délaisse le dessin politique, tout en continuant à créer sur divers thèmes de société, comme si la satire s’était déplacée du tumulte immédiat vers un champ plus intérieur, plus patient, mais toujours attentif au monde.
Dernières années
Sabadel meurt à Sabadel-Lauzès le 12 février 2021. Son parcours laisse l’image rare d’un dessinateur qui, après avoir perdu les mots et la main, a su retrouver l’un par l’autre, et reconstruire une œuvre où la ligne n’est pas seulement un style, mais une façon de revenir à la vie.





