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Les plumes du Canard

Philippe Tesson

1928 - 2023

Sa participation au Volatile : 1970 à 1983

Philippe Tesson 

vu par Kiro

Philippe Tesson (1928-2023)

Philippe Tesson (1er mars 1928, Wassigny – 1er février 2023, Chatou) fut à la fois journaliste, patron de presse, chroniqueur et, par-dessus tout, homme de théâtre. Son parcours a combiné le goût du combat d’idées, l’appétit des journaux « faits maison », et une fidélité quasi obsessionnelle aux planches. Entre 1970 et 1983, il tient au Canard enchaîné la rubrique théâtre, avant de poursuivre ailleurs la même veine, parfois brillante, parfois brusque, toujours sonore.

Origines, formation, premières bifurcations

Issu d’une bourgeoisie de province, Philippe Tesson grandit entre Thiérache et Paris, dans une enfance marquée par la guerre : son père, Albert Tesson (huissier), est arrêté/prisonnier, et la maison familiale est réquisitionnée. Sa mère, passionnée de théâtre, lui transmet très tôt une culture dramatique qui deviendra sa boussole intime.

Il est scolarisé notamment au lycée du Cateau-Cambrésis, où il côtoie Pierre Mauroy, puis entreprend des études d’histoire et de philosophie. Après Sciences Po, il part pour un tour du monde (expérience qu’il revendiquera comme formatrice), tout en travaillant à une thèse « sur le romantisme allemand et les sources littéraires du nazisme ». Il est aussi secrétaire des débats parlementaires à l’Assemblée nationale, quand la presse l’aspire définitivement.

« Combat » : un organe d’opinion et une école de polémique

À trente ans, Tesson devient rédacteur en chef du quotidien Combat (1960-1974). Le journal, sans grands moyens, privilégie le style, la controverse, l’angle d’attaque. Dans ces années de gaullisme triomphant, il assume des positions tranchées (notamment au départ une sensibilité « Algérie française » et une hostilité à De Gaulle, qu’il nuancera ensuite). Il dirige aussi une collection à La Table Ronde, baptisée « Le Brûlot » (1962-1972), intitulé-programme.

Il se présente aux législatives de 1968 (sans succès). Mai 68 le voit aussi jouer un rôle singulier : Combat héberge momentanément Le Canard enchaîné dans ses pages, épisode resté comme un clin d’œil d’époque, lorsque les journaux improvisent des passerelles pour continuer d’exister.

Au « Canard » (1970-1983) : le théâtre comme colonne vertébrale

À partir de 1970, Philippe Tesson collabore au Canard enchaîné où il tient la rubrique théâtre jusqu’en 1983. Le portrait qu’en brosse le journal au moment de sa disparition le montre tel qu’il aimait se mettre en scène : passionné, combatif, parfois réactif dans ses idées, mais rarement sans autodérision. Il répétait volontiers : « Je ne suis pas d’une pièce », formule qui résume sa manière d’être au monde : le théâtre, oui, mais aussi la joute, le contre-pied, l’art de contredire pour voir si l’argument tient debout.

Au Canard, Tesson défend les planches « qu’il a tant aimées, critiquées et passionnément défendues ». Son écriture est décrite comme souvent théâtralisée : moins une pose qu’un réflexe de débatteur, une façon de faire entrer la pensée en scène, de la faire parler, trébucher, se relever, saluer.

Le Quotidien de Paris : l’aventure « aérienne », puis la seconde vie

En 1974, Philippe Tesson quitte Combat et fonde Le Quotidien de Paris, dont il est propriétaire et directeur de la publication jusqu’en 1994. Il entraîne une partie de son équipe, lance un journal « aérien, léger, esthétique » avec beaucoup d’enthousiasme et peu de moyens, dans une ambiance de liberté de ton et d’ouverture aux opinions.

Le journal connaît une première vie chaotique, s’interrompt en 1978, puis reparaît. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, il se transforme : le ton reste dramatique, mais devient plus cadré et plus partisan, franchement anti-Mitterrand. Cette mue, moins drôle mais plus durable, prolonge l’aventure.

Autour de cette entreprise, Tesson et son épouse contribuent à bâtir un groupe de presse articulé notamment autour de titres professionnels (dont Le Quotidien du Médecin, puis d’autres déclinaisons), qui donne à Tesson la possibilité d’assumer un rôle de mécène de ses propres rêves éditoriaux, davantage que de gestionnaire froid.

Les Nouvelles littéraires, la critique, et la « vie à côté » des journaux

Il dirige Les Nouvelles littéraires (1975-1983). L’hebdomadaire est décrit comme « digne, exigeant, élégant », avec parfois plus de prestige que de lecteurs payants, ce qui dit bien la tension constante de Tesson : viser haut, même quand la caisse tousse.

Il multiplie les collaborations : L’Express, Le Point, Le Figaro Magazine, et continue de chroniquer le théâtre sur la durée, refusant de cantonner sa passion à un seul journal, comme on refuse d’aimer dans un seul décor.

Le théâtre, toujours : édition, salles, transmission

Son tropisme dramatique ne se limite pas à la critique. Il est lié à la revue et maison d’édition L’Avant-Scène théâtre et rachète, plus tard, le Théâtre de Poche-Montparnasse (2011), y entreprend des travaux et fait rouvrir/évoluer le lieu (deux salles inaugurées en 2013). Il en délègue ensuite la codirection à sa fille Stéphanie Tesson et à Charlotte Rondelez, comme on passe le flambeau en coulisse, sans interrompre la pièce.

Il est aussi membre et président de jurys littéraires, notamment au prix Interallié.

Radio et télévision : le chroniqueur en plein projecteur

Philippe Tesson devient une figure familière des studios. Il participe au Masque et la Plume (France Inter) et, après l’arrêt du Quotidien de Paris, anime Ah ! Quels titres sur France 3 (1994-1996) avec Patricia Martin. Il intervient sur plusieurs émissions de débat et de culture (Paris Première, France 2, Europe 1, France 24, etc.). Son personnage médiatique se fixe : érudit, véhément, parfois imprécateur, assumant volontiers le rôle du ronchon qui sait, à lunettes posées sur le front, comme un accessoire de scène devenu signature.

Propos polémiques et controverses publiques

La fin de parcours médiatique de Tesson est aussi marquée par des dérapages verbaux et des propos controversés. En 2014, dans le contexte de « l’affaire Dieudonné », il tient à l’antenne des propos assimilés à un appel à la violence, ensuite requalifiés par lui en « formule de style ». En 2015, après les attentats de janvier, il prononce à la radio des propos visant les musulmans, qui déclenchent plaintes, saisines et procédures ; certaines décisions de justice et interventions du régulateur audiovisuel sont alors évoquées dans les sources.

Ces épisodes appartiennent à la part sombre du personnage public : une manière de confondre la « phrase qui claque » avec la responsabilité qui va avec le micro. Ils n’effacent ni son importance dans la critique dramatique, ni son rôle de patron de presse, mais ils en compliquent durablement le bilan.

Vie privée, derniers temps, obsèques

Philippe Tesson épouse Marie-Claude Tesson-Millet (médecin, engagée dans l’édition et la presse de santé), décédée en 2014. Il est père de trois enfants : Sylvain Tesson, Stéphanie Tesson et Daphné Tesson. Il réside à Chatou à partir de 1968 et s’y éteint le 1er février 2023, à 94 ans. Ses obsèques ont lieu à Saint-Germain-des-Prés en présence de nombreuses personnalités ; il est ensuite incinéré dans l’intimité.

La trace laissée

Pour Couac! et pour l’histoire interne du Canard, Philippe Tesson reste d’abord un passeur de théâtre : celui qui, pendant treize ans, a défendu les planches dans un hebdo qui préfère d’ordinaire les coulisses du pouvoir aux coulisses des scènes. Il aura eu mille vies de papier, d’encre et de rideau. Et quand il quitte « la scène » au sens strict, il ne quitte pas vraiment le théâtre : il change seulement de salle, passant du plateau aux colonnes, puis des colonnes aux plateaux télé.

Son propre mot, finalement, fonctionne comme une épitaphe en forme de programme : pas d’une pièce, mais d’un répertoire entier. Et, souvent, d’un entracte seulement.

 

Sources et références

wikipédia

Philippe Tesson, un véritable passionné de théâtre, par , publié le 02 février 2023 – Le Monde 

Philippe Tesson, journaliste, patron de presse et passionné de théâtre et de littérature, est mort, par , publié le 02 février 2023 – Le Monde

Tesson, par Erik Emptaz, publié le 8 février 2023 – Le Canard enchaîné