Maurice Julhès (1896-1985) – « MW Julhès », « Maurice William Julhès »
Maurice Julhès (signant aussi MW Julhès ou, avec un clin d’œil « transatlantique », Maurice William Julhès) naît à Sannois en 1896 et meurt à Boulogne en 1985. Formé aux Arts décoratifs puis aux Beaux-Arts, il s’impose vite comme dessinateur humoriste et, en peu de temps, « inonde » la presse d’une production réputée à la fois abondante et talentueuse.
Sa vie d’artiste ne se résume pas aux boulevards parisiens. Julhès installe une auberge dans la vallée du Sausseron, sorte de port d’attache champêtre où ses amis dessinateurs trouvent gîte et couvert. Lui-même ne coupe pas le fil avec la capitale : il « monte » régulièrement à Paris pour y porter ses œuvres, tout en gardant ce refuge comme arrière-boutique de création et de camaraderie.
Dans Le Canard enchaîné (1922-1923)
Julhès collabore au Canard de 1922 à 1923. Cette présence s’inscrit dans une période où l’hebdomadaire accueille des signatures graphiques très diverses, et où l’humour imprimé se fabrique au rythme des bouclages, des « trouvailles » et des fidélités de rédaction. Julhès y apporte son coup de crayon de dessinateur de presse, au sein d’un faisceau de collaborations alors particulièrement dense.
Un professionnel très publié, exposant et sociétaire
Sociétaire des Humoristes, Julhès participe aussi aux expositions du Satire. Son activité, cependant, dépasse l’espace des salons : il travaille « beaucoup » dans les journaux parisiens paraissant sous l’Occupation en zone nord, choix de publication qui lui vaudra deux ans de suspension à la Libération.
En parallèle, Julhès mène une pratique d’illustrateur d’un type particulier : il n’est publié, pour cette facette-là, que dans des ouvrages de grand luxe, à tirage limité, consacrés notamment à Balzac, Baudelaire, Rimbaud, Vian, Verlaine, Alain Descarmes et Pierre Louÿs.
Après-guerre : albums, personnage, peinture
Dès l’après-guerre, deux livres jalonnent sa bibliographie : Le rire dans la détresse (1945) et Coincidences (1948). En 1947, il donne naissance à Monsieur Lezognard, série de gags en pleine page publiée dans Pierrot.
Son parcours s’élargit encore : Julhès est aussi un peintre de paysages reconnu, exposant en galerie en 1962.
Style et “portrait”
Ses débuts sont décrits comme assez personnels, avant que son style ne tende à s’approprier celui de Gus Bofa. Un portrait contemporain résume une part de sa mécanique intime en peu de mots : « un permanent anxieux », artiste sans trucage, dont l’effet tient moins à la recette qu’à une vision (et une dureté) singulières.
Ce garçon décidé est un permanent anxieux. Comme tous les grands rêveurs dont le rêve est trop haut. On se dit, devant ce peuple qu ‘il a recréé dans sa laideur et sa bêtise, toutes deux hallucinantes: comment fait-il ça ? Il n’y a pas de procédé. Il n’y a pas de truc. C’est comme çà. (Maurice Coriem, 1948)






