N° 63 du Canard Enchaîné – 12 Septembre 1917
N° 63 du Canard Enchaîné – 12 Septembre 1917
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Réponse à M. l’Abbé Gobert, par La Fouchardière
Septembre 1917 : La Fouchardière répond à l’abbé Gobert, vexé par une historiette “à la Wilde” où Lazare avoue qu’après la mort… il n’y a rien. Sous la politesse, le Canard sort les griffes : qui a le droit de promettre, d’interdire, d’exiger le respect et le silence ? Entre la chaire et la plume, l’auteur défend surtout une liberté en temps de guerre : celle d’écrire ce qu’on pense, même si l’on passe pour “débourreur de crâne”.
Assez d’inégalités ! par Paul Charrier – Les journaux à deux sous, par Nerval – La Mare aux canards – La fiancée du tamanoir, chapitre X, par Roger Brindolphe – Propos en l’air, par Whip – Anastasie – Châteaux en Espagne – Sur l’album de la Marquise – Une explosion – Autour du drame, toute la lumière – A travers la presse à 2 sous, par Maurice Maréchal
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La Fouchardière répond à l’abbé Gobert : la foi, la trouille, et le droit de ne pas se taire
À la une du Canard enchaîné du 12 septembre 1917, La Fouchardière transforme une simple lettre d’abbé en duel public, et le fait avec l’arme qu’il préfère : la politesse qui pique. Il commence par flatter pour mieux isoler la cible : “vous êtes un homme intelligent”, donc rare “parmi les prêtres”. Hommage, oui, mais à double fond : si l’abbé est l’exception, la règle est renvoyée à la “bonne foi” et à l’obscurantisme. Le décor est planté : la discussion ne portera pas sur une anecdote, mais sur un monopole de la parole.
Car l’abbé reproche au chroniqueur une historiette rapportée d’après Oscar Wilde, où Lazare, ressuscité, lâche l’indicible : après la mort, “il n’y a rien… rien…”, et Jésus lui intime de ne pas le répéter. La Fouchardière se régale de ce petit blasphème de poche parce qu’il révèle un mécanisme énorme : la religion réclame qu’on respecte ses croyances, tout en se réservant le droit de juger les autres, de promettre le paradis “en prime”, et d’exiger, au passage, le silence de ceux qui n’achètent pas le produit.
Une querelle de journaux… sous régime de guerre
Nous sommes en 1917, c’est-à-dire au cœur d’une guerre totale où l’on surveille les corps et où l’on surveille les mots. Quand La Fouchardière écrit “vous ne m’empêcherez pas d’écrire ce que je pense”, la phrase n’est pas un simple effet de tribune. C’est une revendication de terrain : celui de la presse satirique, coincée entre la censure officielle, le patriotisme obligatoire, et les autorités morales prêtes à sonner les cloches pour couvrir les doutes.
Dans ce contexte, l’abbé Gobert ressemble moins à un lecteur froissé qu’à un représentant d’un ordre qui voudrait que certaines idées n’aient pas le droit de cité, surtout quand elles touchent à l’afterlife, ce grand commerce des consolations. La Fouchardière répond en déplaçant la discussion : il ne “manque pas de respect”, il revendique le sien, et rappelle que la liberté de penser n’a pas besoin d’un certificat de baptême.
“Débourreur de crâne” : le métier ingrat
Le cœur de l’article est là : la bataille autour de la croyance comme outil social. La Fouchardière formule une chose simple et explosive : l’abbé vend une certitude (“de l’autre côté, il y a quelque chose”), lui vend l’inverse (“après la mort il n’y a rien”). Et il pointe l’asymétrie : l’Église bénéficie d’un privilège de diffusion (la chaire, la respectabilité, l’habitude), tandis que le Canard n’a que le papier et la mauvaise réputation des empêcheurs d’encenser en rond.
Son image du “débourreur de crâne” dit tout. Détromper, c’est se faire des ennemis, surtout quand on s’adresse aux enfants, quand on retire Croquemitaine du placard, quand on menace une mécanique éducative fondée sur la peur. Dans une France de 1917 saturée d’angoisse, l’argument est redoutable : les sociétés adorent les récits qui tiennent debout les nuits longues, même s’ils tiennent debout à coups de fables. Toucher à la fable, c’est passer pour “corrupteur de la jeunesse”. La Fouchardière le sait, et il signe quand même.
La neutralité, Pilate, et les “hommes de bonne volonté”
La chute (que vous aviez partagée) ajoute une couche politique : ne “jamais prendre parti”, c’est parfois n’être du parti que de l’ordre établi. Et l’ordre établi adore les gens “de bonne volonté”, parce que la bonne volonté sans choix, c’est une force de freinage. La Fouchardière force le trait jusqu’à Pilate, justement : l’homme “raisonnable”, c’est celui qui se lave les mains pendant que les autres saignent. On comprend pourquoi l’abbé s’agace : derrière l’histoire de Lazare, il y a une accusation plus vaste contre toutes les prudences qui ressemblent à des absolutions anticipées.
Au fond, l’article n’est pas un plaidoyer contre la foi en soi. C’est un plaidoyer contre l’autorité qui se croit propriétaire du respect, et contre l’injonction à se taire “pour ne pas troubler”. Or, en 1917, troubler est parfois la seule hygiène mentale disponible. La Fouchardière l’écrit comme on ouvre une fenêtre en pleine fumée : ce n’est pas confortable, mais au moins on respire.





