Marcel Augagneur (1904-1951)
Journaliste, critique littéraire et écrivain, Marcel Augagneur naît le 7 mai 1904 à Lyon (2ᵉ arrondissement), au 10 rue du Plat. Il est le fils de Victor Augagneur (1855-1931), figure politique de la Troisième République : médecin de formation, maire de Lyon, député du Rhône, plusieurs fois ministre (Instruction publique, Travaux publics, Marine), et ancien gouverneur général de Madagascar. Ce père républicain au tempérament énergique, tour à tour radical et socialiste indépendant, laissa à son fils l’image d’un esprit libre et exigeant, attaché au progrès mais indocile aux étiquettes.
Une partie de l’enfance de Marcel se déroule dans les colonies, où son père exerce alors des fonctions de gouverneur. Cette expérience, entre exotisme et observation sociale, marquera son regard critique et sa curiosité ethnologique, que l’on retrouvera dans ses écrits.
Du roman à la critique
Attiré très tôt par la littérature, Marcel Augagneur publie plusieurs romans et essais entre 1925 et 1930 : L’Évadé (1925), À bureaux fermés (1928), La vie du maréchal de Richelieu (1929), Notre père (1930) et La renaissance du cirque (1930). Certains de ces ouvrages paraissent sous le pseudonyme de Marc de Saligny. Il s’y distingue par un style vif et observateur, où se mêlent ironie sociale et curiosité pour les coulisses du spectacle ou de la politique.
Il collabore ensuite à plusieurs journaux et revues : Gringoire, L’Écho de Paris, et, pendant l’Occupation, au journal clandestin Défense de la France. Dans l’immédiat après-guerre, il devient critique littéraire et théâtral à Paris-Presse, où il gagne l’estime de ses confrères pour son indépendance de jugement et sa culture étendue. Son ton alliait, selon un hommage publié dans L’Intransigeant du 8 avril 1951, « une autorité sans morgue et une probité intellectuelle absolue ».
Au Canard enchaîné (1947-1950)
Marcel Augagneur entre au Canard enchaîné en 1947, où il signe jusqu’en 1950 des chroniques légères et pleines d’esprit, publiées sous le pseudonyme féminin d’Emma de Canebec. Il y tient notamment la rubrique « La Mode », pastiche savoureux des conseils féminins d’après-guerre, et le « Petit courrier des Canetonnes » (ou Au bonheur des âmes »), où il répond aux lectrices imaginaires avec une ironie douce-amère et une élégance de plume typiquement canardesque. Sous la frivolité apparente, ces billets esquissent un tableau drôle et tendre du Paris de la Reconstruction : ses pénuries, ses codes sociaux et son besoin de légèreté.
Fin de parcours
Célibataire et installé à Paris (30 rue Saint-Dominique), Marcel Augagneur meurt prématurément le 5 avril 1951 à son domicile du 78 rue de la Convention, dans le 15ᵉ arrondissement. Il avait 46 ans. Ses confrères du Canard, de Paris-Presse et de L’Intransigeant saluèrent en lui un journaliste d’une grande honnêteté intellectuelle, « rare alliance de lucidité et de chaleur humaine ».
Signature et héritage
Que ce soit sous son nom ou sous ses pseudonymes, Marcel Augagneur incarne une génération de plumes issues de la bourgeoisie éclairée, héritières du radicalisme laïque, mais volontiers frondeuses face aux institutions. Ses textes — du roman à la chronique humoristique — témoignent d’une même fidélité à la liberté de ton, à l’observation fine du monde social et à l’art de faire sourire sans méchanceté.
Sous le chapeau d’Emma de Canebec, c’est tout un monde disparu qui reparaît — celui des années d’après-guerre, où l’humour servait d’élégance face aux pénuries. Un clin d’œil à la légèreté retrouvée du bec d’une plume trop tôt éteinte.






