Émile Zavie (Émile Boyer), plume voyageuse du Canard (1918-1919)
Émile Boyer, plus connu sous le pseudonyme Émile Zavie, naît le 18 avril 1884 à Die (Drôme) et meurt subitement à Paris le 18 mars 1943, à 59 ans. Journaliste de métier (et de longue haleine), romancier “fécond au style coloré”, il appartient à cette espèce aujourd’hui rare : l’écrivain qui sait aussi tenir la rubrique du Palais, et le reporter qui rapporte des romans de ses valises.
Sa collaboration au Canard enchaîné
Émile Zavie collabore au Canard enchaîné de 1918 à 1919.
Dans ce cadre, il signe notamment des billets d’humeur dont l’un, publié le 16 avril 1919 (rubrique “Lettre à Madame”), donne une idée précise de sa manière : un ton faussement professoral, des images concrètes, et la fantaisie qui s’invite dans les gestes les plus ordinaires.
Formation et débuts : de Grenoble à Paris, du “Palais” à la littérature
Après des études au lycée de Grenoble, Zavie effectue son service militaire à Toulon, puis passe par Marseille et la Meuse avant de s’installer à Paris. Il se consacre alors au journalisme et à la littérature et entre dès 1908 à l’agence Havas, à laquelle il reste attaché lorsque l’institution devient l’Office français d’information. Il y assure encore, “hier” dit la nécrologie, sa fonction de rédacteur judiciaire, chargé de la rubrique du Palais : procès, prétoires, humanité des audiences, et ce goût du récit vrai qui irrigue aussi ses romans.
1914-1918 : captivité, missions, et géographie à hauteur d’homme
Pendant la Première Guerre mondiale, Émile Zavie est prisonnier pendant dix mois. Une fois rapatrié, il est envoyé en Algérie, en Tunisie, puis, en 1917, affecté à une mission sanitaire qui le mène en Russie, au Caucase et en Perse. Après la révolution russe, il regagne la France par un itinéraire qui ressemble à un sommaire de roman d’aventures : Mésopotamie puis Égypte.
Ces déplacements ne restent pas des tampons sur un passeport : Zavie en tire une matière narrative abondante et une familiarité avec “l’ailleurs” qui donne du relief à sa plume, même lorsqu’il s’adresse à une lectrice supposée jardiner “le long des fortifs”.
Le romancier “au style coloré” : titres, thèmes et reconnaissance
Les nécrologies rappellent une bibliographie nourrie, où l’on retrouve l’ombre portée des voyages et des bouleversements de l’Est :
- La retraite d’Arkhangelsk au golfe Persique
- Les beaux soirs de l’Iran
- Poutnik le proscrit
- Sous les murs de Bagdad
- La Maison des trois fiancées, roman couronné par le prix de la Renaissance attribué en 1926
À côté du romancier, il y a aussi un “historien de la littérature” : Émile Zavie cosigne en 1920, avec Léon Deffoux, un ouvrage consacré au naturalisme, Le groupe de Médan.
Chroniqueur littéraire et homme de réseaux
Il est, pendant “de nombreuses années”, l’un des rédacteurs de la chronique littéraire de L’Intransigeant, signée collectivement “Les Treize”. Il appartient en outre à plusieurs cercles professionnels : Association des écrivains anciens combattants, Association de la critique littéraire, Société des gens de lettres. Il est enfin chevalier de la Légion d’honneur.
Un “petit” billet pour un grand indice de style : Votre jardin (16 avril 1919)
Dans “Votre jardin”, Zavie pratique l’art du conseil qui déraille volontairement, comme un vélo qu’on lâche une seconde pour mieux prouver qu’on maîtrise la route. Il fait de la jardinière une actrice (“comme on fait à l’Opéra-Comique”), transforme les pierres en bordure de propriété, conseille de ne pas traiter l’endive comme un “poisson de mer”, et invente des gestes impossibles mais irrésistibles : “glacer les tiges des poireaux”, “friser” le persil et la chicorée, ou encore semer un café grillé et fabriquer une boisson “d’orge ou de gland” pour le petit déjeuner.
Cette manière, vive et imagée, dit beaucoup du journaliste romancier : un regard qui accroche le détail, une phrase qui avance en pirouette, et ce goût de l’absurde appliqué au quotidien, parfaitement à sa place dans le Canard d’après-guerre.







