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N° 2889 du Canard Enchaîné – 10 Mars 1976

N° 2889 du Canard Enchaîné – 10 Mars 1976

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Le gros rouge sang

Mars 1976 : la « guerre du vin » fait deux morts à Montredon, un vigneron et un commandant de CRS. À la une du Canard, André Ribaud signe « Le gros rouge sang » et démonte un État qui n’écoute pas la colère viticole, laisse les camions italiens se faire attaquer, protège les négociants amis et accuse Bruxelles du reste. Christian Bonnet pose avec sa couronne, Fourcade réclame des prisons pleines, les technocrates se défaussent. La farce européenne se termine en balle réelle sur les routes du Midi.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Le gros rouge sang : quand le vin tourne au plomb

Avec « Le gros rouge sang », à la une du 10 mars 1976, André Ribaud attrape Giscard et ses ministres par la cravate tachée de pinard. Une semaine plus tôt, la « guerre du vin » a tourné au drame : le 4 mars, au pont de Montredon, près de Narbonne, une fusillade entre vignerons et CRS fait deux morts, le commandant Joël Le Goff et le viticulteur Émile Pouytès, sur fond de crise viticole et d’importations massives de vins italiens à bas prix.

Ribaud part de là : « deux victimes tragiques et inutiles » qui prouvent, une fois de plus, qu’avec ce gouvernement « seule la violence paie ». Tant que les vignerons bloquent des routes, vident des citernes et font sauter des centres d’impôts, Paris joue les aveugles. Quand le sang coule, les inculpés sont libérés.

Un État qui laisse faire… parce qu’il a peur

L’article démonte la duplicité officielle. Les importations de vin italien sont légales, rappelle Ribaud : l’État devrait donc en garantir l’acheminement. Au lieu de ça, il laisse les convois se faire attaquer, les entrepôts être saccagés. Les forces de l’ordre ont manifestement reçu la consigne de ne rien voir ou d’arriver « trop tard ».

Pourquoi cette passivité? Parce que le pouvoir a la trouille. Il sait « dans quelle impasse désespérée son impéritie a mis les viticulteurs ». En clair : on a laissé pourrir le marché, encouragé les plantations pendant des années, puis livré le Midi à la concurrence italienne sans filet. Quand les viticulteurs explosent, l’État recule, mais il fait semblant de n’y être pour rien.

Négociants choyés, vignerons jetables

Ribaud enfonce le bouchon : si les importations sont autorisées, le gouvernement a aussi le devoir d’en contrôler la qualité. Or il sait très bien que certains négociants achètent, au prix de la piquette, une « infâme et dangereuse chimie » vendue comme vin. Mais ces grands négociants sont aussi, rappelle le Canard, de « grands bailleurs de fonds des campagnes électorales ».

Résultat : on ferme les yeux. Aux vignerons de « se débrouiller » pour bloquer ou casser les camions-citernes, quitte à se retrouver poursuivis; au contribuable de payer les dégâts; à l’État d’organiser cette partie de cache-cache en priant « Bacchus qu’il n’y ait pas trop de dégâts ». Jusqu’au jour où la comédie tourne au tragique.

Bonnet, Fourcade et la prime à l’émeute

La caricature qui accompagne le texte résume tout : Christian Bonnet, ministre de l’Agriculture, tient une couronne mortuaire; à côté de lui, un collègue se penche vers une mallette « Christian Bonnet » et demande : « En tant que ministre de l’Agriculture, me permettez-vous de vous accompagner à l’enterrement du C.R.S.? » La mort du policier devient décor de communication pour un gouvernement qui a laissé la situation exploser.

Ribaud vise aussi Jean-Pierre Fourcade, ministre des Finances, ancien ministre des Prix, qui accorde un passe-droit à un négociant afin de calmer la colère vigneronne, puis tonne qu’il faut « mettre rapidement sous les verrous les émeutiers ». Le Canard renverse la question : et « les ministres dont le comportement est une provocation et une prime à l’émeute, où est-ce qu’il faut les mettre? »

L’Europe bouc émissaire, la farce puis le sang

Dernier étage de la fusée : l’hypocrisie européenne. Depuis l’entrée du vin dans le Marché commun, les gouvernements français répètent au Midi le même refrain : « Ah! si cela ne dépendait que de la France, vous seriez entièrement satisfaits… mais maintenant, ce sont les technocrates de l’Europe qui décident. »

Ribaud démonte ce numéro: tout ce qui va mal est imputé à Bruxelles; tout ce qui va « un peu moins mal » est revendiqué par Paris et « le Bonnet de service ». La formule est cruelle, mais l’addition est claire : laissez-faire envers les négociants, lâcheté envers les viticulteurs, cynisme envers l’opinion. « La farce. Et puis, le 3 mars, le sang. Deux morts. »

Le titre « Le gros rouge sang » referme le cercle : le gros rouge qui tache n’est plus seulement celui qu’on boit, c’est celui qui dégueule sur la route de Montredon.