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N° 2896 du Canard Enchaîné – 28 Avril 1976

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L’Élysée, maison du retour écœurant

Printemps 1976 : en conférence de presse, Giscard croit faire chic en comparant les chefs de la gauche à Pieter Decorbus, personnage de « La Maison du retour écœurant » de Mac Orlan. Mauvaise pioche. Gabriel Macé rappelle que Mac Orlan fut l’un des premiers collaborateurs du Canard, auteur de « La Clique du Café Brebis » en 1918, et que son boxeur-arbitre Decorbus conviendrait bien mieux à un Chirac ou à un Poniatowski qu’à Mitterrand. En détournant l’écrivain, le président signe un vrai « Mic-Mac Orlan ». Le Canard exige des excuses… et renvoie la citation à l’envoyeur.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

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Cette présentation est déclinée en 2 options :

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L’Élysée joue au professeur de lettres

Avec « L’Élysée, maison du retour écœurant », publié en dernière page du 28 avril 1976, Gabriel Macé signe un petit texte sec comme une gifle, mais entièrement bâti sur de la littérature. Le point de départ est une conférence de presse de Giscard où le président, soucieux de paraître cultivé, croit malin de comparer les leaders de la gauche à un personnage de Mac Orlan, Pieter Decorbus, tiré du roman « La Maison du retour écœurant ».

De Gaulle et Pompidou citaient déjà les grands auteurs pour donner du lustre à leurs humeurs politiques. Giscard poursuit la tradition, mais en tordant la référence. Là où ses prédécesseurs choisissaient des citations précises, le président s’offre une allusion fumeuse pour stigmatiser « l’attitude des leaders de la gauche ». Résultat : il se fait reprendre publiquement par… Le Canard, qui connaît son Mac Orlan sur le bout des pattes.

Mac Orlan, ex de la maison

C’est le premier rappel à l’ordre de Macé : Mac Orlan ne tombe pas du ciel de la culture présidentielle, c’est « notre » Mac Orlan. L’écrivain fut « un des premiers collaborateurs » du journal. Le Canard enchaîné du 20 février 1918 ouvrait un feuilleton « La Clique du Café Brebis », signé du futur auteur du « Quai des brumes » - Le feuilleton débutait en réalité dans l'édition du 30 janvier 1918 -

Autrement dit, quand Giscard va chercher Mac Orlan pour tacler la gauche, il marche sur les plates-bandes historiques du Canard. Et surtout, en convoquant ce personnage pour parler de « retour écœurant », il associe indirectement le journal à sa charge contre l’opposition. « C’est proprement abusif », tranche Macé.

Mic-Mac Orlan

Macé ne se contente pas de défendre la mémoire maison : il démonte la référence. D’abord en rappelant que la moindre des choses, quand on se pique de littérature, est de « faire des citations exactes et appropriées ». Là, le président mélange tout, fait un « Mic-Mac Orlan » plutôt qu’un Mac Orlan.

Ensuite, il rappelle qui est Pieter Decorbus dans le fameux roman de boxe de Mac Orlan, où le match oppose Pieter Decorbus à Paul Choux. Decorbus, à la fois boxeur et arbitre, arrête le combat dès que son adversaire lui colle une mandale. Transposé en politique, explique Macé, le rôle conviendrait bien mieux à un Chirac ou à un Poniatowski, hommes de pouvoir qui tiennent à la fois les gants et le sifflet, qu’à Mitterrand ou Marchais. Le boomerang est parfait : en citant Mac Orlan, Giscard choisit une métaphore qui renvoie d’abord à sa propre majorité.

Le boomerang littéraire

Toute la chute du billet repose sur ce retournement. Macé imagine un Mac Orlan chargé d’illustrer la vie politique de 1976 : il aurait sans doute dessiné Pieter Decorbus avec les traits d’un chef de gouvernement UDR, stoppant le match dès qu’un adversaire de gauche marque un point.

Surtout, l’auteur se moque de la prétention élyséenne à récupérer un écrivain pour faire chic. « Nous sommes bien placés, au “Canard”, pour protester », insiste-t-il. Parce que Mac Orlan est un ancien de la maison, mais aussi parce que l’usage qu’en fait Giscard est « maladroit, long et inutile, mais frauduleux ». On ne se contente plus de discuter un jugement politique : on accuse le chef de l’État d’escroquerie intellectuelle.

À la fin, Macé réclame tranquillement des excuses. On sait bien qu’elles ne viendront pas. Mais le message est clair : le terrain de la culture n’est pas réservé aux présidents en mal d’érudition. La presse satirique a aussi mémoire, bibliographie et droit de réponse.

En quelques colonnes, l’article raconte un moment typique de la Ve République giscardienne : un président qui veut se donner des airs de lettré tout en cognant sur l’opposition, et un hebdo qui lui rappelle que les écrivains ne sont pas des accessoires décoratifs pour conférences de presse. À trop jouer avec Mac Orlan, Giscard vient de découvrir le « retour écœurant »… de sa propre citation.