N° 2916 du Canard Enchaîné – 15 Septembre 1976
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Les loopings du père Marcel
Affaire Vathaire : un comptable s’évapore, huit millions disparaissent, des mercenaires rôdent et, au bout de la piste, on retrouve Marcel Dassault… et l’ombre de Chirac. Dans sa Mare aux Canards du 15 septembre 1976, le journal démonte l’empire du marchand d’avions : cadeaux fiscaux, filiales vidées, caisses noires et barbouzes en vadrouille. Entre les dessins de Lap et les dossiers explosifs, c’est toute une époque qui apparaît, où la lutte contre la fraude s’arrête à la porte des très grands.
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Le dossier Vathaire ou quand le marchand d’avions largue aussi le fisc
Un comptable qui s’évapore
Au départ, c’est « juste » l’histoire d’un directeur-comptable trop bavard, Hervé de Vathaire, qui disparaît avec plusieurs millions et un coffre-fort de secrets. Le Canard se jette dans la brèche : dans ses notes, l’employé modèle décrit une maison Dassault qui vit en état de fraude permanente, entre conseils fiscaux fournis par des hauts fonctionnaires complaisants, comptes personnels mélangés à ceux des sociétés et appauvrissement méthodique des filiales cotées pour gaver les holdings privées du patron. Lap, au dessin, résume : « Ma feuille d’impôts, voilà ce que j’en fais ! »
Dassault, l’État et le fisc : ménage à trois
Le Canard montre comment la Cinquième a choyé le constructeur de Mirage : sociétés « contrôlées » par l’État mais jamais vraiment vérifiées, avantages fiscaux, et un Marcel qui, à 84 ans, continue de jouer à la Bourse avec ses propres titres. La question n’est pas seulement la fraude : c’est la confusion totale entre fortune privée et biens sociaux, dans un secteur – l’armement – abreuvé d’argent public. Quand le dossier parle de « plusieurs milliards » économisés au fisc, on comprend que la justice marche sur des œufs… et que les contrôleurs fiscaux, eux, marchent au pas.
Les barbouzes autour de la caisse noire
La série « Enquête en rase-mottes » ajoute une couche noire : autour de Vathaire gravitent le baroudeur Jean Kay, des colonels spécialistes des sales coups en Afrique, des anciens de l’O.A.S. et toute une petite faune d’extrême droite. Certains disparaissent opportunément, d’autres se taisent. Le Canard souligne que même la police belge a l’air plus curieuse que la française. Huit millions de francs se sont volatilisés, mais c’est surtout la piste des financements politiques et des opérations clandestines qui affole l’Élysée. Là encore, les avions Dassault ne servent pas qu’à voler dans le ciel.
Chirac, « gâteau » de la maison Marcel
Au milieu de ce fumet de kérosène et de billets suisses, la Mare rappelle les liens anciens entre la famille Chirac et le constructeur : le père de Jacques, déjà, travaillait chez Potez ; le jeune Chirac, conseiller à Matignon puis chargé de suivre des ventes d’armes, a bénéficié de la générosité du « mécène ». Campagnes gaullistes financées, coup de pouce en Corrèze : Dassault sait investir dans ses « protégés ». Voir aujourd’hui le nom de Château-Chirac apparaître dans le dossier Vathaire donne une idée des ramifications : ce n’est plus seulement une affaire de comptable, mais de système politique.
Une fortune « plus que bizarre »
Au bout du parcours, Le Canard pose la question qui fâche : comment un empire aussi subventionné et aussi opaque peut-il rester hors de portée du droit commun ? La fortune de Dassault, « plus que bizarre », tient autant à l’habileté industrielle qu’à un traitement de faveur continu. En détaillant les non-dits de Vathaire, les morts opportunes et les silences policiers, Le Canard démonte la légende du vieil industriel paternaliste pour en faire un symbole de la France des années Giscard : moderniste en vitrine, mais peu pressée d’ouvrir ses comptes.
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