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N° 2940 du Canard Enchaîné – 2 Mars 1977

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Du maquereau à la lilloise

Lille, 1977: une campagne municipale où l’affiche se colle… et se protège. Nicolas Brimo raconte la chute d’un petit empire: proxénètes utiles à la PJ, commissaires “au parfum”, préfet sur siège éjectable, et intervention du “prince Ponia” pour que tout reste discret avant le duel Mauroy-Ségard. Un colleur d’affiches trop zélé, Daniel Waroquier, finit par arroser la propagande au 22 long rifle. Deux blessés graves, un dossier au coffre, “la justice sommeille”… et le candidat continue “tranquillement” sa campagne.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
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Du maquereau à la lilloise

Les souteneurs de campagne, ou la morale en vitrine et le reste au coffre

(Le Canard enchaîné, 2 mars 1977, p. 4. Article signé Nicolas Brimo.)

À Lille, en 1977, la campagne municipale a le sens de la décoration: des affiches, des slogans, des couleurs… et, pour les retouches, une main-d’œuvre spécialisée. Nicolas Brimo plante le décor d’entrée avec une poésie de commissariat: un secrétaire d’État en exercice, candidat à la mairie, dont les colleurs d'affiches “se flinguent à coups de carabine”; un préfet de police, ancien patron des Renseignements généraux, qui “sait qu’il ne passera pas le printemps”; et, débarquant de Paris, le directeur adjoint de la PJ en personne, l’“honorable” Honoré Gévaudan, venu non pas sauver la vertu, mais “étouffer le scandale”. Dans cette histoire, la République ne se scandalise jamais de la boue: seulement des éclaboussures.

Brimo a la cruauté précise: “Des commissaires corrompus et discrètement mutés. Des proxénètes autrefois protégés et aujourd’hui inquiets. Des prostituées qui ne savent plus bien quelle patte graisser…” Voilà la boussole civique. Quand même les filles “ne savent plus”, c’est que l’administration a bougé les meubles.

Une “belle catastrophe” nommée Marcello

Tout démarre le 23 octobre, quand Marcello Brigida, “un des meilleurs proxénètes de la place”, se prend une balle de 11,43 dans la tête, en plein centre de Lille. Un fait divers? Non: pour la police judiciaire lilloise, c’est “une belle catastrophe”. Marcello avait “une passion dans la vie”: “balancer” un maximum de gens, amis comme ennemis. Grâce à lui, la vedette de la PJ, le commissaire Janot, était “toujours au parfum”, et le préfet aussi. En échange, les protégées de Marcello pouvaient arpenter le trottoir sans craindre qu’on vienne leur rappeler le Code pénal, cet accessoire qu’on sort selon l’humeur des électeurs.

Le charme du texte, c’est ce renversement: au lieu de la police traquant le milieu, on a le milieu alimentant la police. Et la mort du “fournisseur” fait trembler toute la filière. Lille risquerait presque, ironise Brimo, de ressembler à Lyon 1971, quand commissaires et proxénètes faisaient la pluie et le beau temps. Sauf qu’ici, ajoute-t-il, “personne n’a rompu la consigne du silence”. Et pourtant, “le spectacle est plutôt joyeux”. On imagine la fête: les uns s’affolent, les autres s’activent, et tout le monde chuchote très fort.

Les rois de la balançoire

Brimo ne s’arrête pas aux bars louches: il fait entrer la politique par la porte de service. Le proxénétisme, dit-il, est une “juste lutte contre le crime”… surtout quand il s’agit d’“aider” la PJ. Marcello et ses acolytes prennent des “précautions supplémentaires”: l’un des “bons amis” aurait dû “prêter” sa fille mineure à un député de la majorité (la phrase tombe comme un pavé, sans grimace, et ça glace). Une tenancière aurait “mouillé” un autre député en le faisant intervenir auprès de la Sécurité sociale pour lui éviter de payer ses cotisations. Et, bouquet final, les messieurs étaient “toujours prêts à coller des affiches” pour les candidats parachutés par le pouvoir dans la région.

Voilà le cœur de l’article: la corruption n’est pas une affaire à part, c’est un mode de circulation. On ne paye pas seulement en billets. On paye en services, en protections, en silences, en petites humiliations acceptées. Et quand l’élection approche, tout ce petit monde devient très patriote: il “colle” pour la République, au sens littéral.

Le commissaire arrosé, la justice au somnifère

Après l’enterrement de Marcello, “tout l’édifice menace de s’écrouler”. Les résultats de la PJ baissent, “d’autres flics, honnêtes”, commencent à flancher. Un certain Georges Coti est interpellé le 4 décembre; on remonte des dossiers, et l’inspection générale découvre des merveilles: un commissaire de PJ qui fournit sa caution à un truand qu’un juge voulait incarcérer; le même commissaire qui “protège” un proxénète; mieux encore, qui intervient pour faire nommer gérant d’un bar du centre-ville un ami impliqué dans une affaire de proxénétisme. Brimo appelle ça “commissaire arrosé”: ça sent le zinc, l’arrangement, et la tournée générale servie avec l’argent des autres.

Et là, panique au sommet: “le prince Ponia” réagit. Poniatowski envoie Gévaudan à Lille, qui file chez le procureur Guilmain. On discute “entre gens sérieux”, et Brimo résume l’échange comme un contrat de nettoyage: une épuration “rapide mais discrète” de la PJ lilloise, le départ du préfet Eugène Camata “dans un délai décent”, et, en retour, le parquet s’engage à ne pas ouvrir d’information contre un commissaire de la PJ pour “assistance à proxénétisme”. Le Canard adore ces phrases où l’État se félicite de sa rigueur en commençant par ranger la poussière sous le tapis.

Pourquoi tant de délicatesse? Parce que les élections municipales approchent, et qu’à Lille, face au maire socialiste Pierre Mauroy, se présente le secrétaire d’État aux PTT: Norbert Ségard. Une affaire mêlant proxénètes et colleurs d’affiches “ne lui faciliterait pas la tâche”. Alors on obtient que “toute l’affaire reste secrète”. La justice, ici, n’est pas aveugle: elle voit très bien… et elle ferme les yeux avec méthode.

La glissade finale: les affiches criblées, le dossier au coffre

Janvier arrive: Gévaudan “commence à tenir ses promesses”, on réorganise, on mutile, on mute. Le commissaire Janot se retrouve au fichier central, à Paris. Les proxénètes locaux découvrent le charme de l’ennui: leurs ennuis “ne font que débuter”.

Puis surgit l’excellent détail canardier, celui qui transforme la boue en feu d’artifice: parmi les inquiets, il y a Daniel Waroquier, présenté comme “un des meilleurs colleurs d’affiches de la majorité et du secrétaire d’État”. Au-dessus de sa tête plane une inculpation pour proxénétisme, “un détail que la police et Ségard se garderont bien de révéler à la presse”. Waroquier, zélé propagandiste, avait évité “tout désagrément”. Mais le vent tourne: pressé, vexé, il apprend qu’il n’a plus “l’honneur” d’être le colleur attitré. Il se fâche. Et le 11 février, il ouvre le feu au 22 long rifle sur les nouvelles affiches de Ségard, dans le quartier même du sous-ministre. Bilan: deux blessés graves, aux activités aussi “douteuses que les siennes”, commente Brimo, qui n’a pas besoin d’en rajouter.

Et après? “Depuis, la justice sommeille.” Aucun policier corrompu n’a été inculpé; le dossier dort “dans son coffre-fort”; “seuls quelques pots cassés” paient. Pendant ce temps, le secrétaire d’État “continue tranquillement sa campagne”. Le titre de l’article prend tout son sens: il y a des souteneurs de trottoir, et des souteneurs de campagne. Les seconds portent parfois cravate, et leur mac est le silence.