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N° 2942 du Canard Enchaîné – 16 Mars 1977

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Paris – HLM & L’échappée-belle à Nice

Mars 1977: municipales, manœuvres et magouilles. À Nice, Nicolas Brimo raconte l’après-évasion d’Albert Spaggiari: autorisations qui traînent, réseaux qui protègent, passeports “débloqués” par coup de fil, et Jacques Médecin au centre d’un drôle de ballet. À Paris, l’Office HLM respire: “le fromage est sauvé”, les “gros rats” du RPR reprennent place, marchés publics et fenêtres semblent déjà promis aux bons carnets d’adresses. Deux villes, une même mécanique: l’entre-soi en campagne, et la morale priée d’attendre dehors.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Du “Médecin marron” aux sonnettes de l’Office

Municipales 1977: la République des combines au ras du trottoir

(Le Canard enchaîné, 16 mars 1977, p. 3, “La Mare aux canards”. Un papier signé Nicolas Brimo, l’autre non signé.)

À une semaine d’intervalle, la mare du Canard barbote dans deux bassins municipaux où l’eau n’est pas chlorée mais “arrangée”: Nice, avec l’ombre portée du casse de la Société générale et l’évasion spectaculaire d’Albert Spaggiari; Paris, avec les HLM comme vache à lait et les futurs trayeurs déjà la serviette autour du cou. On est en mars 1977, en plein second tour des municipales: les affiches se collent, les promesses se beurrent, et les dossiers se déplacent tout seuls, comme par télépathie administrative.

Nice: Spaggiari saute, les poulets s’asseyent

Nicolas Brimo attaque fort avec son “jeu-concours” niçois: obtiendra-t-on de Paris l’autorisation d’arrêter Spaggiari… avant le second tour? Rien que la question donne la température: à Nice, “le milieu conduit toujours à la politique”, et la politique rend la politesse au milieu. Au centre du tableau, Jacques Médecin, “maire… et sous-secrétaire d’État”, qui aurait eu l’occasion “de mettre une petite claque” dans son équipe, mais “dans ce qui passe pourtant pour un fief de droite”, la claque se perd dans le vent marin.

Brimo aligne les noms comme un relevé d’identité: Fernand Icart (qui juge “trop qui-vive” l’attitude des RPR et des chiraquiens), Gérard Rang (suspect, “militant d’extrême droite”), Michel Falconi (proche du cabinet), Martine Wolf (avocate), et même Jacques Peyrat, “vieille connaissance” de Médecin, côté “Union des anciens combattants d’Algérie”. Ça défile comme une distribution de gala… sauf que la salle est un commissariat.

Le trait de Brimo est délicieux quand il note que la voix de Spaggiari a “cruellement fait défaut” à Monsieur le maire, au niveau de “la simple arithmétique électorale”. Un bandit peut donc devenir un argument de campagne, au même titre qu’un rond-point fleuri: on ne vote plus pour un programme, on vote pour l’ambiance, et l’ambiance inclut les évasions par la fenêtre du juge Bouazis. Le dessin de Lap enfonce le clou: “Quand je l’ai vu sauter… j’ai entendu crier: ‘Y a-t-il un Médecin dans la rue?’” À Nice, le serment d’Hippocrate se prête au maintien de l’ordre… surtout quand l’ordre, c’est de ne pas trop remuer.

Et puis il y a le détail final, celui qui ne fait pas rire mais qui fait tout comprendre: le “coup de piston” pour obtenir un passeport en “procédure d’urgence”, via “un membre du cabinet”, policier retraité, qui appelle l’Intérieur à Paris pour “faire débloquer la demande”. Brimo conclut en forme de pancarte à l’entrée des mairies: “Truands, un bon conseil: soignez vos relations dans les mairies.” Voilà. Tout est dit, et c’est précisément ça qui gêne.

Paris-HLM: le fromage est sauvé, les rats reviennent

Changement de décor, même plomberie. Dans “Ceux qui sonnent à l’Office”, la phrase d’ouverture a l’odeur d’un frigo de pouvoir: “Le fromage est sauvé.” Avec Chirac à l’Hôtel de Ville (ou presque), “les gros rats du RPR”, de la Malène, de Préaumont, Tiberi (promis à la présidence de l’Office), “vont se remettre à table avec un appétit décuplé”. Le texte ne feint même pas l’indignation: il décrit le mécanisme, calmement, comme on explique une recette de gratin.

L’Office HLM, “vache à lait”, fonctionne aux “gens sûrs” et aux “passe-passe”. Exemple: “une dame Palmer”, administrateur “bombardée” par le préfet, qui s’enferme le mardi pour éplucher les dossiers des “mal-logés”; le jeudi, la commission “n’a plus qu’à entériner” des choix “sans critères politiques”. C’est “l’efficacité”. Comprendre: la paperasse sert de rideau, et derrière, ça distribue.

Le papier déroule ensuite les connexions: Henri Souques, “grand chef des liaisons avec les entreprises”, dont un proche parent dirige le bureau qui “étudie” les marchés. “Hasard”, bien sûr. Et ce “hasard” a même un tiroir secret: des sociétés auraient versé des “ristournes” aux caisses électorales RPR, pratique “abandonnée” après qu’une entreprise écartée est allée “pleurnicher au ministère des Finances”. Même la combine a ses règles de prudence: ne pas faire de vagues, ne pas casser les vitres, juste changer les fenêtres.

Le meilleur passage, c’est la petite devinette finale: qui décroche “le dernier gros marché de fenêtres” pour les HLM de Paris? Réponse: “aux menuiseries de Meymac, un bled de Corrèze.” Sous-entendu à peine voilé: la géographie des marchés publics suit parfois les routes du parti, plus sûrement que les itinéraires de bus.

Deux villes, un même art de gouverner: l’entre-soi

Nice s’occupe des autorisations d’arrêter, Paris des autorisations d’attribuer. Dans les deux cas, la municipalité est présentée comme une caisse de résonance: on y entend les sonnettes des amis, les coups de fil “discrets”, les dossiers qui s’allègent, les silences qui pèsent. Et le contexte de 1977 rend la chose plus savoureuse: on vote, on se place, on se promet des présidences, on se couvre, on s’échange des services. La République locale devient un sport de contact, où l’on marque des points avec des passeports, des fenêtres, et parfois un bandit sautant par une fenêtre de juge.

Ce que le Canard épingle, au fond, c’est l’idée que la “gestion” municipale se fait souvent comme une réception mondaine: on invite les amis, on garde la musique pas trop forte, et si quelqu’un insiste pour parler morale, on lui sert un plateau de dossiers. À Nice, ça s’appelle “Médecin marron”. À Paris, ça s’appelle “Office”. Dans les deux cas, le contribuable paie l’addition et on lui dit “merci d’avance”.