Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

N° 3010 du Canard Enchaîné – 5 Juillet 1978

N° 3010 du Canard Enchaîné – 5 Juillet 1978

19,00 

En stock

Quand la banane ramène sa fraise

Une “crise intérieure du régime” qui sent le rhum, le sucre… et l’import-export. Dans les Antilles de 1978, Paul Dijoud, secrétaire d’État aux DOM-TOM, se retrouve pris dans la “guerre de la banane”: békés, compagnies fruitières, élus locaux et Élysée s’écharpent pour le contrôle du marché. Nicolas Brimo démonte un système de quotas, de réseaux et de passe-droits où l’État arbitre surtout les intérêts déjà puissants. Dessin de Vazquez de Sola: dessous du régime à ne pas trop fouiller.

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

En stock

Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Quand la banane ramène sa fraise, elle ne vient pas avec un panier de fruits mais avec une liasse de lettres, de passe-droits et de petites haines bien mûries au soleil. Le papier de Nicolas Brimo raconte une “crise intérieure du régime” qui, vue des Antilles, ressemble surtout à une querelle de boutique entre puissants… avec, au milieu, un sous-ministre des DOM-TOM (Paul Dijoud) transformé en peau de banane officielle.

Une crise de régime… au goût de rhum et d’import-export

Le déclencheur est délicieux, au sens Canard du terme : un député giscardien de Martinique écrit à l’Élysée pour dénoncer Paul Dijoud, et un hebdo local de la majorité (“Carib-Hebdo”) s’en mêle, “preuves” à l’appui. Dans le décor, on reconnaît les trois divinités locales que Brimo épingle: le sucre, le rhum, la banane, et leur clergé social, les “békés”, vieux notables et nouveaux gestionnaires d’un système où l’économie ressemble à une forteresse privée posée sur des terres publiques.

Le dessin de Cardon résume l’affaire mieux qu’un rapport parlementaire : une banane-grenade, goupille prête à sauter. “La guerre de la banane”, ce n’est pas une bataille de cageots, c’est une lutte de contrôle. Qui achète, qui transporte, qui conditionne, qui fixe les prix, qui distribue les quotas, qui obtient les licences. Bref : qui tient la chaîne, tient les îles.

Le “béké-racket” ou l’art d’être minoritaire et majoritaire à la fois

Brimo décrit un monde où l’on jure défendre “le petit planteur” tout en organisant sa dépendance. L’importation de “banane-dollar” (venue d’Amérique centrale) devient l’arme parfaite : on agite la menace extérieure pour verrouiller l’intérieur. Les békés, eux, “jonglent avec les devises” et font du marché une mécanique à double fond : quand ça gagne, c’est le talent; quand ça perd, c’est la fatalité tropicale.

C’est là que la satire mord: l’administration est censée arbitrer, mais elle ressemble à un guichet où l’on tamponne surtout les intérêts déjà bien introduits. On parle “organisations professionnelles”, “associations”, “comités”, “chambres”… autant de sigles qui, dans la bouche du Canard, font le bruit d’un trousseau de clés. La banane n’est pas seulement un fruit : c’est une serrure.

Marcel contre Marseille: petite terre, gros réseau

Au milieu, Brimo place un duel symbolique : le “petit planteur antillais” contre la grosse compagnie fruitière marseillaise. Le petit est présenté comme celui qui “travaille durement”; le grand comme celui qui facture, s’adosse, négocie. Et quand le pouvoir parisien s’en mêle, ce n’est pas pour moraliser le jeu, c’est pour choisir une table… ou sauver la nappe.

On sent bien ce que Brimo vise: la “crise” n’est pas une querelle idéologique, c’est une crise de partage. Une dispute de famille dans laquelle la République joue les médiateurs, mais avec la main dans le plat de fruits.

Dijoud ensablé: quand le sable vient de l’intérieur

Le passage le plus acide est celui où le ministre est “ensablé” par son propre camp. Non seulement Dijoud se retrouve attaqué par des intérêts locaux, mais il découvre aussi la règle d’or de la majorité: on soutient l’État tant qu’il sert, et on le siffle dès qu’il dérange. Le député Victor Sablé, par exemple, refuse de “couvrir” Dijoud et dénonce ses projets. L’Élysée, lui, observe ce cirque avec le calme d’un orchestre qui a déjà prévu la sortie de secours.

Le dessin de la grande silhouette-banane en jupe, lâchant “Faut mieux pas trop fouiller dans les dessous du régime”, dit tout : il y a des dessous, et ils ne sentent pas la crème solaire. Dans ces dossiers, l’exotisme sert de rideau. On le tire quand ça chauffe, et derrière il y a la même vieille plomberie: clientèles, réseaux, petits arrangements, gros silences.

Une affaire locale, un mécanisme très national

Remettre ça “dans le contexte”, c’est se souvenir qu’en 1978 la France giscardienne adore les modernités de vitrine (gestion, efficacité, communication) mais gouverne encore beaucoup à l’ancienne: par équilibres, notables, relais, et compromis entre amis. Les DOM-TOM, eux, concentrent tout: héritage colonial, dépendance économique, tensions sociales, et tentation permanente de traiter des enjeux explosifs comme de simples problèmes de logistique.

Le Canard, évidemment, refuse la carte postale. Brimo montre que la “banane” n’a rien d’innocent: elle est un test de vérité pour l’État. Et le test est raté, ou plutôt “arrangé”: l’État n’est pas arbitre, il est invité. À force de ménager tout le monde, il finit par protéger surtout ceux qui ont déjà des gants.

Conclusion: la banane, miroir biseauté du pouvoir

Ce que raconte ce papier, au fond, c’est une République qui prétend gouverner mais passe son temps à négocier avec les gouvernés les mieux armés… en avocats, en journaux, en réseaux, en “preuves”. La banane “ramène sa fraise” parce qu’elle sait où est la cuisine. Et pendant que Paris s’étonne de la querelle, les Antilles, elles, reconnaissent simplement la recette.