Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

N° 3011 du Canard Enchaîné – 12 Juillet 1978

N° 3011 du Canard Enchaîné – 12 Juillet 1978

19,00 

En stock

Fraudes sur les prix, à Rungis

À Rungis, les prix font la valse et la justice remet ses chaussures “à plus tard”. Claude Roire raconte comment, malgré une antenne de la Concurrence et des Prix, les grossistes continuent leurs “variations climatiques”… surtout très humaines. La visite de Barre ne corrige rien: elle renvoie les affaires “mesquines”. Cerise sur le cageot: la nomination d’André Blanc, ex-CII et Manufrance, réjouit le patronat. Et l’ancien traqueur des fraudeurs, Claude Villain, part à Bruxelles: il connaîtra les prix de neuf pays, sans les contrôler. Tout le monde est content.

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

En stock

Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

La passoire de Rungis, ou l’État en mode “passant, j’ai vu de la lumière”

À Rungis, on ne vend pas seulement des fruits et des légumes. On vend aussi des écarts, des arrangements, des petites gymnastiques tarifaires qui font pousser les prix plus vite que les salades sous serre. Dans l’article de Claude Roire, l’affaire est annoncée comme une correctionnelle imminente: une dizaine de grossistes devraient “passer” avant la fin juin pour fraudes diverses. Mais voilà que Raymond Barre fait sa visite, et le résultat de ce passage ministériel, c’est… le renvoi “à plus tard” des affaires “mesquines”. À Rungis, la justice a parfois le calendrier des primeurs: elle arrive quand c’est déjà passé.

Le Canard se régale de ce contraste: d’un côté, une machine administrative qui promet des contrôles; de l’autre, un marché où l’on “fait valser” les prix au rythme des saisons, des humeurs, et de ce que Roire appelle, avec une tendresse venimeuse, la “grosse légume” et ses cousins “beurre-œufs-fromages”. Autrement dit: on a beau installer des antennes, nommer des inspecteurs, écrire des circulaires, si l’on traite une passoire comme un récipient étanche, on finit trempé… mais très officiellement.

La police des prix: beaucoup de zèle, peu d’effet

Pendant un an et demi, les inspecteurs de la Concurrence et des Prix “ont donc travaillé pour rien”. Voilà une phrase qui, dans un pays friand de commissions, ressemble à un blasphème. Pourtant Roire précise: il y a bien une antenne à Rungis, avec “sept ou huit fonctionnaires”. Le problème n’est pas l’existence du contrôle, c’est sa vocation: on leur demande de vérifier que les grossistes “ne se font pas des vacheries entre eux”. Magnifique ambition: l’État renonce à protéger le consommateur pour se contenter d’arbitrer les chamailleries entre tricheurs, comme un proviseur fatigué surveillant une cour de récréation où tout le monde revend la même bille.

Au passage, le texte éclaire une bascule de l’époque: la fin progressive d’un certain contrôle des prix, et la montée d’une doctrine plus “libérale” où le marché est réputé s’autoréguler, à condition qu’on ne le contrarie pas trop avec des procès et des amendes. Le Canard traduit: “laissez faire, et surtout laissez passer”, ce qui tombe bien, puisque la passoire est déjà sur la table.

Les gros légumes adorent les petits changements de têtes

Roire croque ensuite un morceau savoureux: la nomination d’un certain André Blanc à la direction chargée de la “concurrence et de la consommation”. Dans les milieux patronaux, on applaudit: “Enfin! un qui connaît le secteur privé et ses problèmes”, disent Les Échos. Comprendre: enfin un qui sait où regarder pour ne rien voir, et comment appeler ça “réforme”.

Et là, l’auteur sort l’album des références, façon Canard: André Blanc, ex-directeur financier de la CII (pompe à crédits publics du Plan Calcul), et encore pédégère de Manufrance quand l’entreprise arrive au bord de la faillite. Le portrait est brossé au vitriol doux: la compétence “n’a donc pas de prix”. Elle n’en a pas, en effet, puisque ce sont les contribuables qui règlent l’addition, et qu’on a pris l’habitude d’appeler ça “modernisation”.

On est en 1978: la France vit au rythme des arbitrages Barre, de l’inflation, des tensions sur le pouvoir d’achat, et des promesses de rigueur rationnelle. Rungis devient alors un symbole parfait: le lieu où la rigueur se dissout dans la sauce du commerce, où la morale publique s’épluche et finit en salade.

De profundis: enterrement du contrôle, couronne de Bruxelles

La chute est particulièrement bien huilée: l’expert “dangereux dirigiste” Claude Villain, giscardien bon teint, nuque rasée “façon technocrate rétro”, croyait à son boulot de “traqueur en chef des fraudeurs”. Mauvaise pioche: il quitte son poste en râlant que Barre est un liquidateur et que le service des prix est “quasiment mort”. Et Roire conclut en ricanant: Dieu merci, Villain ne pleurera pas longtemps. Il est “bombardé” à Bruxelles, direction Agriculture, Marché commun. Il connaîtra les prix agricoles dans neuf pays… mais ne les contrôlera plus. “Tout le monde est content.”

Voilà le vrai gag, noir et net: on ne supprime pas les gens, on supprime leur mission. On recycle les contrôleurs en experts internationaux, on enterre l’outil en chantant “concurrence”, et on s’étonne ensuite que les prix fassent de la danse contemporaine. À Rungis, on ne fraude pas “contre” l’État: on fraude “avec” sa philosophie du moment.

Au fond, l’article raconte un basculement: le contrôle des prix, déjà fragile, devient une politesse administrative. La fraude, elle, reste une discipline sportive. Et le consommateur, ce figurant indispensable, est prié d’applaudir l’efficacité du système, à condition de ne pas regarder l’addition.