N° 3026 du Canard Enchaîné – 25 Octobre 1978
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Du sport avec Jean-Paul II
25 octobre 1978 : une semaine après l’élection de Jean-Paul II, La Mare aux canards transforme le Vatican en stade. Tours de scrutin comme tours de piste, favoris italiens en plein essoufflement, rumeurs en coulisses et promesses de “cure de rajeunissement” pour la Curie. Derrière l’humour sportif, le Canard rappelle l’essentiel : un pape, c’est aussi un organigramme… et des comptes. Entre goupillon et picaillons, la fumée blanche n’efface ni les clans, ni les dossiers bancaires. Match retour à Rome.
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Du sport avec Jean-Paul II : le Vatican en survêtement, la Curie en garde à vue
Dans ce billet de La Mare aux canards (25 octobre 1978), le Vatican est traité comme un club omnisports, avec vestiaires, règlements intérieurs, et surtout ce qu’il faut de combines pour que le score final ressemble à la volonté du Ciel sans trop heurter les actionnaires de la Terre. Une semaine après l’élection de Jean-Paul II, le Canard fait ce qu’il sait faire de mieux : il regarde la fumée blanche non comme un miracle, mais comme un résultat. Et qui dit résultat dit forcément : votes, blocs, alliances, rancunes, et petites phrases qui se prennent pour des psaumes.
L’idée directrice est simple et vacharde : puisque l’Église vient de se choisir un pape “robuste”, autant le présenter comme un athlète, un type qui nage, boxe, grimpe, encaisse. Ce n’est pas tant pour se moquer de Jean-Paul II que pour souligner l’état du terrain : après la mort de Paul VI, puis le règne-éclair de Jean-Paul Ier, la machine romaine a besoin d’un titulaire qui tienne le choc… et d’une Curie qui accepte de changer de banc sans jeter des chaises.
Un conclave, c’est surtout des tours de piste
L’article s’amuse d’abord du feuilleton des “tours” et du “mystère” entretenu autour du nombre exact de scrutins. On devine la scène : des cardinaux qui jurent qu’ils ne font pas de politique, tout en comptant les voix comme des entraîneurs à l’oreille collée au chrono. Le Canard évoque un “combat” entre clans, et c’est là que la blague est la plus sérieuse : les blocs existent, qu’on les appelle “tendances”, “sensibilités” ou “souffle de l’Esprit”.
Au passage, le papier pique les pronostiqueurs de service, ces gens qui annoncent toujours l’outsider après coup, et qui se retrouvent “outsiderés” quand la réalité choisit un Polonais. C’est une façon de rappeler que le Vatican, en 1978, est au croisement de deux obsessions : l’équilibre interne (Curie, diocèses, vieux réseaux) et la scène mondiale (guerre froide, Europe de l’Est, diplomatie). On élit un pape, certes, mais on réorganise aussi une stratégie.
“Siri scié” : quand le favori finit en sciure de sacristie
La séquence “Siri scié” est un petit chef-d’œuvre de cruauté sportive. Siri, cardinal italien donné favori, devient dans le récit un coureur qui mène un moment… puis qui s’essouffle, coincé dans le peloton. La satire vise moins l’homme que la mécanique des favoris : on les gonfle, on les annonce, on les bénit à l’avance, puis on les regarde tomber sans même leur tendre une gourde. Le Canard suggère que l’Italie, habituée à “l’hégémonie”, se fait rappeler que la planète catholique ne tourne pas uniquement autour du Tibre.
Et c’est là que le sport sert de métaphore politique : l’élection d’un Polonais n’est pas seulement une surprise folklorique, c’est une délocalisation du centre de gravité. Rome reste Rome, mais l’affiche change. Et quand l’affiche change, les figurants grincent.
“Vatican dira-t-on” : le micro-trottoir des anges et des lignes téléphoniques
Le petit encadré “Vatican dira-t-on” joue la rumeur comme un bulletin météo. Il y aurait eu, dit-on, une conversation posthume avec Jean-Paul Ier… et la Curie parlerait mal de Jésus-Christ. Le Canard n’a pas besoin d’y croire : il lui suffit de montrer le mécanisme. Dans un univers qui se prétend vertical (Dieu, le pape, le reste), la réalité est très horizontale : couloirs, coups de fil, indiscrétions. C’est de la politique classique, avec simplement plus de latin au générique.
Savoir nager, monter, rajeunir : la papauté version test d’effort
Le texte déroule ensuite une série d’épreuves comme dans un triathlon ecclésiastique. “Savoir nager” : Jean-Paul II aurait une piscine au Vatican, ou pas, et cela devient un sujet, parce qu’il faut bien transformer une anecdote en symbole. “Un cardinal monte” : Wojtyła grimpe dans le scrutin et, par ricochet, certains descendent, souvent sans élégance. “Cure de rajeunissement” : la Curie, elle, s’inquiète du remaniement à venir, et le papier pointe le cœur du vrai suspense : qui garde les clés, qui perd le trousseau, qui se fait muter au fond du couloir.
Là, le Canard est fidèle à sa ligne : le spirituel ne l’intéresse qu’à travers ses effets matériels. Un pape, c’est aussi un organigramme, des nominations, des hommes, des rivalités. Et l’Église, qui prêche l’éternité, se retrouve à gérer l’instantané comme n’importe quelle administration pressée.
Goupillon et picaillons : l’eau bénite, c’est bien… mais les comptes, c’est mieux
La chute “Goupillon et picaillons” remet tout le monde à l’heure exacte : celle du portefeuille. Le Canard rappelle que la “robustesse” du nouveau pape est une chose, mais que les finances du Vatican, elles, ont parfois le souffle court. L’allusion aux histoires de banques, de magouilles, de dossiers qui collent aux doigts, montre où la satire veut planter son drapeau : la sainteté n’empêche pas la comptabilité, et la transparence n’est pas toujours une vertu théologale.
Au fond, ce billet fait de Jean-Paul II un personnage de caricature sportive, mais pour mieux moquer le système qui l’entoure : une institution qui parle d’âme, pense en blocs, se défend en réseaux, et finit par compter ses points comme au championnat. Le Canard, lui, ne s’agenouille pas : il chronomètre. Et il note, en marge : “attention, le match ne fait que commencer”.





