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N° 3047 du Canard Enchaîné – 21 Mars 1979

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19,00 

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Le giscardien tel qu’on le parle

À l’Élysée, on ne gouverne plus: on “rend compte”. Ribaud dissèque le “giscardien”, cette langue de cour qui transforme la Vᵉ République en salon Empire, avec Anne-Aymone en vice-reine et les candidatures familiales en “affaires d’État”. Page 2, retour du réel: Raymond Barre se fait siffler au Parc des Princes, et Henri Giscard d’Estaing se retrouve ballotté à Marchenoir. Dynastie froissée, blason terni, caméras discrètes. Deux textes, une même leçon: quand le pouvoir joue au château, l’urne devient le caillou dans le soulier.

Couac ! propose ses canards de
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Quand la Vᵉ se prend pour Versailles

Il y a des semaines où la politique ressemble à une salle de bal: on n’y débat plus, on y fait des révérences. L’article signé André Ribaud, « Le giscardien tel qu’on le parle », attrape au vol cette maladie de langage qui trahit une maladie de régime: sous Giscard, le vocabulaire s’empèse, la République se poudroie, et le pouvoir se raconte à lui-même qu’il est “moderne” tout en rêvant d’étiquette.

Le symptôme le plus drôle (donc le plus inquiétant), c’est ce petit glissement du protocole vers la domesticité: un vice-président étranger “tient informé” un État; mais à l’Élysée, on “rend compte”. Le verbe sent la hiérarchie à l’ancienne, le grand escalier, le “mon cher” qui tombe comme un décret. Ribaud en fait un sketch de grammaire politique: la France ne gouverne pas, elle reçoit; elle ne décide pas, elle se fait raconter. Et quand le pouvoir parle comme un maître, il finit par croire qu’il en est un.

Anne-Aymone, les gendres et les “affaires d’État”

Le papier insiste, sans s’excuser, sur ce que la cour giscardienne met en vitrine: la famille. Madame Anne-Aymone Giscard d’Estaing traitée en vice-reine, les candidatures du fils et du gendre regardées comme des dossiers nationaux, la “portée” des mariages commentée comme un remaniement… Tout cela fabrique une impression simple: la République se donne des airs héréditaires, et l’on s’habitue doucement à confondre patronyme et programme.

L’ironie de Ribaud tient dans cette idée: on ne restaure pas la monarchie à coups de sabre, mais à coups de petites phrases, de “privilèges” insinués, de complicités médiatiques et de protocole mal digéré. Comme si l’Élysée testait des rideaux plus lourds pour voir si le pays ne trouverait pas ça “plus chic”.

Marchenoir, ou l’instant où le blason se froisse

La page 2, avec « Deux sondages grandeur nature : Raymond-le-Hué et Riton-le-Ballotté », apporte le correctif que l’étiquette déteste: le bruit du peuple. Pas le peuple de carte postale, celui qu’on salue en province, mais celui qui siffle au stade et qui compte les bulletins.

Raymond Barre, venu au Parc des Princes pour France-Écosse, se prend une bordée de sifflets. Le papier le traduit en pourcentage avec une cruauté comptable: “90% de mécontents”. Et l’on admire le détail venimeux: la télévision n’a “rien su, rien vu”, on a caché ce moment d’unanimité nationale. La popularité, quand elle devient bruyante, se gère comme une fuite de gaz: on ouvre les fenêtres… mais on ferme les caméras.

Et puis il y a Marchenoir (Loir-et-Cher), où Giscard se présente sous le prénom de son fils, Henri. Là, le “sondage” est plus petit mais plus humiliant: un conseiller général sortant, “Riton”, élu d’habitude au premier tour, et voilà “Riton-Valy” qui plafonne à 41,84% et se fait balloter. La dynastie trébuche sur une marche de canton. Le dessin enfonce le clou: “En ballottage! Vous ternissez notre blason, mon fils.” Tout est dit: la politique réduite à une affaire d’écusson, de transmission, de honte familiale. On ne perd pas une élection, on froisse l’argenterie.

La satire comme baromètre de régime

Ces deux textes se répondent comme deux faces d’une même pièce. D’un côté, le pouvoir s’invente une langue de cour, se donne des manières, “monarchise” le moindre fait divers protocolaire. De l’autre, la réalité s’entête: elle siffle, elle vote, elle ballotte. Et Le Canard, fidèle à sa vocation de casseur de porcelaines, montre que le ridicule n’est pas un accident de communication: c’est un style de gouvernement quand le sommet confond prestige et légitimité.

En mars 1979, la Vᵉ n’est pas renversée: elle est moquée, ce qui est parfois plus durable. Car la moquerie laisse une trace précise: elle nomme. Anne-Aymone, Valéry, Henri, Raymond Barre… et cette idée, au fond, que la République ne meurt pas forcément d’un coup d’État. Elle peut aussi s’user à force de se prendre pour “Sa Majesté”, jusqu’à découvrir qu’un canton suffit à lui rappeler son état civil.