N° 3050 du Canard Enchaîné – 11 Avril 1979
N° 3050 du Canard Enchaîné – 11 Avril 1979
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Au PS… pas de programme commun
À Metz, en 1979, le PS ne débat pas : il s’étrangle avec méthode. Dans « PS : Vipère au poing », La Mare aux Canards raconte une gauche occupée à “viser” Rocard, Mauroy et Chevènement, pendant que Mitterrand ajuste ses alliances avec le CERES comme on règle une majorité au millimètre. Lap résume l’humeur d’un dessin : « La rose au coin (de l’Élysée) ». Et la chute “Pierret lunaire” achève le tableau : au congrès, les pourcentages pèsent plus lourd que les principes.
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Une rose, des épines, et le congrès comme taille-haie
En ce 11 avril 1979, La Mare aux Canards plante le décor sans fioritures : au PS, la botanique n’est pas une science douce. Le titre, « PS : Vipère au poing », dit tout ce que la direction voudrait taire : une gauche qui, au moment même où elle devrait refaire ses forces après la défaite législative de 1978, s’entraîne surtout à l’escrime interne. Le papier raconte le congrès de Metz comme un concours de vertu où chacun arrive avec sa morale en bandoulière… et son couteau dans la manche.
L’entrée en matière est vacharde à dessein : François Mitterrand, dans un “climat de philanthropie ambiante”, expliquerait la conjoncture “au moyen violent”. Et la Mare déroule : le premier secrétaire “vise” Michel Rocard, Pierre Mauroy, “genre Chevènement”, sans oublier “un certain François Mitterrand” que “certains, prétendent, est là pour l’amour vache”. Tout est dans la formule : l’unité, au PS, relève moins du ciment que du dressage. 🪓
Le CERES, l’aiguillon utile… et l’alibi commode
Le morceau le plus parlant, c’est la mécanique d’alliance décrite entre Mitterrand et le CERES de Jean-Pierre Chevènement. Le texte insiste sur l’“accord partiel”, sur l’art de “contrôler quelques quatre-vingts fédérations”, et sur ce que cela “rendrait plus facile” : faire revenir dans le rang un courant un peu trop remuant. On est loin des grandes envolées programmatiques ; c’est du réglage de majorité, à la clé de 12.
Et la satire vise juste parce qu’elle est précise : la Mare parle de motions, de congrès, d’appareils, de fédérations. Elle montre un parti où le mot “ligne” ne sert pas à tracer une direction, mais à faire la queue pour des postes. Le petit encadré “La noix d’honneur” (décrochée par “L’Huma” pour un titre “Toujours à droite”) résume la scène : la gauche se surveille à gauche… en gardant un œil jaloux sur le centre du plateau.
Rocard, Mauroy, Mitterrand : le triangle des politesses venimeuses
La Mare se paie aussi le théâtre des susceptibilités. Les “rocardiens” qui se disent “inacceptables” avec Mitterrand, puis “respirent” quand “le drame” retombe, c’est l’élégance d’un duel où l’on salue avant de cracher. Et quand Mitterrand lance à Rocard une phrase du type “je n’ai pas dit le fond de ma pensée” (façon : j’en ai encore en réserve), le papier note que Rocard “digère mal”. On entend les couverts tinter : à Metz, on sert du compromis, mais c’est une cuisine à reflux.
Le texte pousse la cruauté jusqu’au mimétisme : “Plagiats de combat”, “individualisme”, “cruel dilemme”… La Mare accuse les acteurs de se copier jusque dans les indignations, et de brandir la morale comme une pancarte de manifestation… tenue bien haut pour cacher les combines.
“La rose au coin (de l’Élysée)” : la tentation du stop
Le dessin de Lap, avec cette rose associée à un panneau d’interdiction, fait office de sous-titre muet : à force de rêver de 1981, le PS ressemble à une interdiction aux autres que Mitterrand, de stationner au coin de l'Elysée. La Mare n’a pas besoin d’écrire “obsession présidentielle” : elle la montre. Et elle rappelle que, dans ce parti, l’anti-Élysée peut parfois être… un avant-goût d’Élysée.
Le gag final : Christian Pierret en orbite
La chute, “Pierret lunaire”, est une petite lame bien affûtée. Christian Pierret, dissident du CERES, à “3,24 %”, que tout le monde cajolait “pour courir le micro” et faire joli, puis qu’on oublie dès que l’arithmétique redevient sérieuse. Mauroy n’ira pas à Mitterrand ? Alors on “change”, et les “Pierret” racontent qu’on leur a “servi la soupe”. Le papier conclut en retournant la logique : au PS, “les traîtres sont les ennemis des ennemis”… et inversement. C’est propre, c’est net, et ça sent la naphtaline de congrès : on a beau renouveler les motions, la garde-robe des rancunes reste la même.





