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N° 3077 du Canard Enchaîné – 17 Octobre 1979

N° 3077 du Canard Enchaîné – 17 Octobre 1979

19,00 

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Giscarat, vedette du petit écrin

Giscard, Bokassa, et un petit caillou qui fait de grands ronds dans la mare : le 17 octobre 1979, Le Canard enchaîné pousse l’affaire des diamants dans ses “suites” les plus toxiques. Ribaud met l’Élysée au défi de la télé-transparence ; la “Mare aux diams” transforme la rumeur en inventaire des silences ; Angeli suit la piste des archives qu’on s’empresse de faire disparaître ; Serge Richard ausculte une presse “malade” de prudence. Un numéro où l’indignation officielle tient lieu d’explication. Et où le carat devient politique.

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Giscarat, vedette du petit écrin : quand la pierre fait tousser la Ve

Le numéro du 17 octobre 1979 ressemble à une vitrine de joaillier après passage d’une brigade “anti-gang” en gants blancs : ça brille, ça cliquette, ça jure que tout est “réglo”, et ça laisse surtout des traces de doigts partout. Une semaine après le grand coup de clairon du 10 octobre (“Giscard empochait…”), le Canard pousse l’affaire dans ses retranchements, et c’est la République qui se découvre un tic nerveux : démentir, démentir encore, puis s’indigner qu’on ait osé demander des comptes.

La télé, ce confessionnal à néons

André Ribaud plante le décor comme un plateau de variétés : “Giscarat, vedette du petit écrin”, avec la question-bandeau qui pique là où ça fait mal : Va-t-il s’expliquer à la télévision ? La formule est moins une invitation qu’un constat d’époque. Sous Giscard, la politique se rêve “moderne” et médiatique ; quand ça dérape, elle revient au réflexe le plus ancien : parler au pays, donc au poste… mais sans jamais répondre aux questions qui fâchent.

Ribaud résume bien le paradoxe : on nous sert de la transparence en vitrine (les grands mots, les beaux principes), mais quand il s’agit d’un cadeau très concret, très taillé, très caraté, la réponse se fait brumeuse, “mise au point”, petite musique de couloir. Et lorsque le chef de l’État est sommé de dire simplement “oui” ou “non” (ai-je reçu ? ai-je gardé ? ai-je rendu ?), la machine présidentielle se cabre comme si on lui demandait le code secret de la dissuasion.

Le plus savoureux, c’est la dramaturgie de l’innocence offensée. La une prend l’allure d’un feuilleton où l’Élysée cherche moins à éclairer qu’à reprendre la lumière : à peine la question posée, voilà l’indignation qui arrive avant l’explication, comme un parapluie ouvert dans le salon.

“Dernière minute” : l’art d’innocenter par pirouette

Le Canard glisse, avec un sourire en coin, le bandeau “Dernière minute” : “Giscard innocenté”, “Les diamants étaient faux”, “L’Élysée porte plainte”. On est au cœur de la mécanique de défense : transformer l’objet (des pierres, un cadeau, un geste) en procès d’intention contre ceux qui enquêtent. Puis, si possible, déplacer la question du terrain moral au terrain technique : “faux diamants”, donc affaire close… circulez, il n’y a rien à voir, et surtout rien à demander.

Sauf que la pirouette ne répond pas à ce que le Canard martèle depuis le début : ce n’est pas seulement l’authenticité gemmologique qui gêne, c’est la scène entière. Le cadeau, la proximité, le non-dit, la façon dont l’État se comporte quand on l’interroge sur un présent venu d’un “cher parent” encombrant, Jean-Bedel Bokassa. Le “faux” devient une feuille de vigne jetée sur une question de mœurs politiques : qu’est-ce qu’un président peut accepter, conserver, “oublier” ? Et qu’est-ce qu’il doit au public quand l’acceptation d’un cadeau se confond avec une relation d’influence ?

La Mare aux Diams : le vaudeville en fragments

Une mare, des remous, et beaucoup de moustaches

En page 2, la “Mare aux Diams” joue l’orchestre de fosse : des rubriques, des épingles, des répliques qui claquent. L’affaire devient un petit monde autonome, avec ses personnages, ses postures, ses paniques. On y croise la chasse au “comploteur”, l’air soupçonneux de ceux qui ne supportent pas qu’un scandale puisse être… un scandale, sans main étrangère ni grand marionnettiste.

Le Canard insiste sur un point : l’embarras du pouvoir appelle presque mécaniquement une explication par l’ombre. Si ça fait mal, c’est forcément qu’on nous veut du mal. Ainsi, l’attaque contre Giscard devient “attaque contre la France”. Vieille rengaine, mais toujours efficace : elle permet d’esquiver la question (“qu’a-t-il fait ?”) en la remplaçant par une autre (“pour qui roule-t-on ?”).

La brocante à Giscard : l’inventaire, cette poésie

Le journal s’amuse aussi à recenser la ribambelle des cadeaux, des listes, des souvenirs, des “menus présents” qui, mis bout à bout, dessinent moins une anecdote qu’un système : la politique comme grand échange de politesses intéressées, où le protocole sert de papier cadeau. La satire est simple : si l’on veut croire que tout cela n’est que folklore, alors il faut accepter la conséquence logique, grotesque : la République transformée en vide-grenier diplomatique, où l’on brade la dignité au prix du carat.

La cote Barre et la tentation du “ça ira”

La page 2 élargit l’horizon : le scandale des diamants n’arrive pas dans le vide. Il s’inscrit dans une fin de décennie où l’exécutif bataille sur tous les fronts, y compris celui de la crédibilité économique (la “cote Barre” et ses fragilités, moquées au passage). Le Canard suggère, sans peser lourdement, que les crises se répondent : quand la confiance se fissure, tout devient affaire de “tenir”, de “maîtriser”, de “communiquer”. D’où le réflexe télévisuel, d’où la nervosité, d’où la tentation de faire passer l’indignation avant les réponses.

Angeli : la chasse aux archives, ou la panique administrative

Le scandale a une deuxième vie : celle du papier

Claude Angeli poursuit la veine la plus inquiétante du dossier : non seulement il y a les cadeaux, mais il y a ce qui peut en attester. Après la chute de Bokassa, voilà que l’enjeu se déplace : le pouvoir ne se contente plus de commenter l’histoire, il cherche à contrôler ses preuves. Angeli décrit cette “chasse aux archives” comme un épisode à part entière : on ne court plus derrière des ravisseurs, on court derrière des documents.

Le titre même du numéro (“Giscard et ses diamants (suites)”) prend alors un sens très littéral : ce qui suit, ce n’est pas seulement le récit, c’est la gestion de crise. Une affaire d’État se mesure aussi à la vitesse à laquelle l’État tente d’organiser l’oubli, ou au moins de le rendre imprenable.

Le grand sport : démentir avant de vérifier

Ce que la page 3 met en lumière, c’est une méthode. D’abord, la réaction automatique : démentis en cascade, indignation, posture d’innocence. Ensuite, la contre-attaque : plainte, procès d’intention, renversement moral (“vous nous calomniez”). Enfin, si l’affaire insiste, la manœuvre matérielle : on s’intéresse aux “archives”, aux pièces, aux traces. L’État se comporte alors comme s’il avait peur non du scandale, mais de sa documentation.

Le Canard ne dit pas seulement “il y a eu des diamants”. Il dit : regardez comment le pouvoir gère une question simple. Et c’est cette gestion qui devient, au fil des pages, la véritable matière politique du dossier.

Serge Richard : une presse malade… surtout de ses silences

La pierre qui pèse sur les rédactions

En page 4, Serge Richard élargit encore la focale : l’affaire n’est pas seulement une affaire d’Élysée, c’est une affaire de presse. Le Canard se retrouve presque seul à tenir la torche, pendant que beaucoup préfèrent regarder ailleurs, ou attendre que ça passe. D’où ce diagnostic : une presse “malade de la pierre”, non pas fascinée par le diamant comme bijou, mais paralysée par ce qu’il représente, les réseaux, les connivences, la peur d’être “anti-France”, ou simplement le confort de ne pas déranger.

Et là, le Canard met les mains dans le cambouis moral : si l’information recule précisément quand elle devrait avancer, alors ce n’est plus seulement le pouvoir qui se protège, c’est le contre-pouvoir qui se dérobe.

Le scandale comme test de démocratie

Richard suggère une idée qui traverse tout le numéro : une démocratie ne se juge pas à ses discours sur la transparence, mais à sa capacité à supporter une question précise. “Qui ? quoi ? quand ?” Trois cailloux lancés dans la mare, et toute une époque se met à faire des ronds, des ronds, des ronds… en espérant qu’on confondra l’agitation avec une réponse.

Au fond : une affaire de style… et de régime

Ce 17 octobre 1979, Le Canard ne “rajoute” pas un épisode : il montre le mécanisme entier. Le cadeau devient symbole, non parce qu’il serait la seule faute possible, mais parce qu’il révèle une manière de gouverner : le rapport au secret, au prestige, aux amitiés “africaines”, et à la presse. On comprend aussi pourquoi l’affaire fera date : elle touche à une zone où la Ve République aime se croire intouchable, la confusion entre représentation et propriété, entre fonction et personne, entre l’État et “les amis de l’État”.

Et la satire, ici, n’est pas un vernis : c’est l’outil de dissection. Ribaud observe l’Élysée comme un studio télé ; Angeli suit les papiers comme on suit une piste ; la “Mare” disperse les éclats pour montrer que l’onde de choc est partout ; Richard rappelle que le silence est aussi un acte. Dans cette orchestration, le diamant n’est plus une pierre : c’est une question qui coupe. Et le plus gênant, pour ceux qui aimeraient refermer l’écrin, c’est qu’elle coupe très net.