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N° 3092 du Canard Enchaîné – 30 Janvier 1980

N° 3092 du Canard Enchaîné – 30 Janvier 1980

19,00 

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Diamants, Cour de sûreté et galons en papier

Dans le Canard du 30 janvier 1980, “l’affaire des diams” vire à la farce d’État: Christian Bonnet parle de “complot international” et menace la Cour de sûreté, tandis que le journal réplique qu’il s’agit surtout d’une “conspiration du silence” bien française, avec pressions sur la télévision. En contrepoint, “Élève Officier Riton” transforme le scandale en scène de caserne: un aspirant trop bavard évoque les cadeaux de Bokassa et les “diams” que “papa” garderait, entre G.L.A.M. et Brégançon. Deux textes, une même morale: le patriotisme sert parfois de vitrine à bijoux.

Couac ! propose ses canards de
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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L’affaire des diams : quand le “complot international” sert de boîte à bijoux

Page 8 du Canard du 30 janvier 1980, on a droit à un double numéro de prestidigitation: d’un côté, l’“Affaire des diams” convertie en affaire d’État, avec clairons, Cour de sûreté et grands mots (“patrie”, “Anti-France”, “complot”); de l’autre, une petite saynète d’école militaire, “Élève Officier Riton”, où l’on voit comment un fils bien né apprend à marcher au pas… dans les traces du père, quitte à trébucher sur quelques pierres précieuses.

“Voilà le Canard traître à la patrie !” : Bonnet cherche un complot, il trouve du silence

Le premier papier part d’une menace à peine voilée: “c’est devant la Cour de sûreté de l’État que ‘Le Canard’ devra comparaître”. Pourquoi? Parce que Paris-Match (1-2) a rendu publiques des accusations de M. Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur, selon lesquelles “l’affaire des cadeaux de Bokassa” ferait partie d’un “vaste complot international” destiné à “déstabiliser l’Afrique noire” en “ébranlant d’abord son meilleur soutien, la France”.

Le ressort satirique est limpide: plus le scandale sent le diamant, plus on lui colle une odeur de géopolitique. À lire Bonnet, on ne parlerait pas d’un président embarrassé par des présents de Bokassa, mais d’un thriller planétaire où Le Canard comploterait, au choix, avec la C.I.A., le K.G.B., l’I.S., ou la “Diamond House”. Le journal feint de prendre la chose au sérieux pour mieux montrer l’absurdité de la posture: pendant que Bonnet brandit l’épouvantail d’une “Anti-France”, Le Canard dit poursuivre “discrètement son enquête”.

Et il enfonce le clou avec une pièce qui dépasse les frontières françaises: une “question écrite” d’un député belge, M. Gendebien, à la Commission des Communautés européennes (12 novembre 1979), sur les “cadeaux reçus par des membres de la Commission”: règles déontologiques, liste éventuelle des cadeaux et valeur, cadeaux reçus puis remis à des institutions… En somme: dès qu’on parle moralisation et cadeaux, la question devient européenne. Ce que Bonnet appelle “complot international”, le Canard l’appelle… une conséquence logique: quand un chef d’État se prend les pieds dans une affaire de présents, ce n’est pas seulement la moquette de l’Élysée qui gondole, c’est l’image du pays.

La chute du papier vise directement la manœuvre: “Comme quoi Giscard s’occupe personnellement de déjouer le complot de l’‘Anti-France’.” Et le journal ajoute que ses “pressions” n’auraient “aucun effet sur les télévisions européennes”, mais seulement sur “la télévision française”, où il “trouve assez de carpettes pour obéir à ses ordres”. La formule est brutale et très Canard: l’“Affaire des diams”, dit-il, n’est pas un complot extérieur, mais “une conspiration du silence”, “d’ordre intérieur”. Et grâce à quoi, le marché du diamant ne sera pas “déstabilisé”. Traduction: on peut bien s’écharper sur la patrie, l’essentiel est que le commerce, lui, continue à briller.

“Élève Officier Riton” : cours de réserve, galons et diamants de papa

Le second texte, signé sur le mode de la farce, joue la pédagogie à la trique. “Pauvre Riton!” Quand il convoque les journalistes de province (La Nouvelle République, Ouest-France, etc.) à l’occasion de sa promotion au grade d’aspirant, à la sortie de son stage à l’école de cavalerie de Saumur, il aurait dû se souvenir de “l’obligation de réserve” à laquelle sont soumis “même les généraux”.

Clément de rappel: l’auteur cite “l’animal Sanguinetti”, mis “aux arrêts” jadis pour un article dans Le Monde sans autorisation du ministre. D’où la question qui claque comme un rapport: “Combien de pains ça lui fera? 4 dont 2?” On est dans le vocabulaire de chambrée, celui des punitions comptées, des sanctions arithmétiques, du galon qui se gagne… et se perd.

Mais “Riton” ne fait pas que parler: il bavarde. Il raconte qu’il a “profité des cadeaux offerts à son père”. Puis, se croyant malin, il précise: “Non on n’a jamais dit ça. Mais si papa garde les diams pour lui tout seul, on n’y peut rien.” Là, le papier fait glisser le scandale de l’Élysée vers la table familiale: les diamants deviennent un problème de partage, presque une querelle de fratrie. Sauf que l’enjeu est public, et que la blague souligne l’indécence.

Puis vient le passage le plus venimeux, parce qu’il est trop plausible: “Simplement je suis le fils d’un homme qui dirige un État et qui mène une politique dont je partage les objectifs et les moyens.” Les moyens? “Des avions du G.L.A.M., sans doute, pour les week-ends à Brégançon?” Le Canard n’a pas besoin d’inventer, il pointe l’évidence du privilège: la République au service, l’avion comme taxi, les galons comme héritage.

Et soudain, retournement final: “Ce qu’il y a de positif avec ces journaux, conclut-il, c’est qu’ils obligent les responsables à surveiller leur comportement.” L’aspirant, sans le vouloir, fait l’éloge de ce qu’il devait combattre. Le journal s’amuse: “De quoi, de quoi, mon lieutenant? C’est quasiment un éloge du ‘Canard’, ça!” Et la dernière pique tombe: “Il aspire à quoi l’aspirant? Va se faire repasser! 16 dont 8!” Punition maximale, repassage compris: à Saumur, on apprend la tenue; au Canard, on repasse les impostures.