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N° 3103 du Canard Enchaîné – 16 Avril 1980

N° 3103 du Canard Enchaîné – 16 Avril 1980

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Prospection au Sahel, huissier à la BFCE

Dans le Canard du 16 avril 1980, les “cousins” Giscard se dédoublent. Au Mali, “ultra-pauvre”, la COGEMA et le BRGM prospectent diamants et minerais: 3 millions en 1979, 13,5 cette année, et la note malienne “généreusement” réglée par le contribuable français. Au même moment, à la BFCE, François Giscard d’Estaing affronte une grève tournante: conférence à Florence et “gueuleton” aux frais de la banque, tandis qu’un huissier vient relever les “meneurs” de réunions syndicales “illégales”. Conclusion du Canard: dommage qu’on n’ait pas envoyé le même huissier chez Bokassa.

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Le coup du cousin Jacques au Mali

Page 3 du Canard du 16 avril 1980: les “cousins” reviennent, mais cette fois en safari bureaucratique, boussole dans une main, budget dans l’autre. Le titre “Experts brillants” est de ceux qui se lisent en clignant d’un œil: brillant, oui, comme un diamant… et comme une idée mal polie qu’on a décidé de vendre quand même. Après les diams de Bokassa et les assignations au tribunal, voici le cousinage exporté au Sahel, avec un Commissariat à l’énergie atomique qui cherche de l’uranium, et une filiale minière française qui se prend pour une agence tous risques.

Le papier commence sur un constat: “ultra-pauvre parmi les pays les plus pauvres du monde”, le Mali cherche à exploiter ses richesses minières supposées. Des Français, des Soviétiques, des Anglais ont prospecté “autrefois, sans trop insister”. Et voilà que le Commissariat à l’énergie atomique, en quête d’uranium, propose au gouvernement malien de faire, en même temps, l’inventaire du cuivre, du diamant, de l’étain et de l’or. Le Mali répond positivement, à une condition: la prospection ne porterait que sur les kimberlites, ces roches où se forment les diamants. C’est là que le Canard glisse son couteau dans le velours: le Commissariat a pour directeur financier “un expert en la matière”, “un certain Jacques Giscard d’Estaing, cousin de l’autre”.

La parentèle, au Canard, n’est jamais loin des filières.

COGEMA au Mali: trois millions pour commencer, et la note pour finir

Le montage décrit est un échantillon de la France technocratique d’époque, celle qui parle “organisme public” et finit en addition: l’État malien, la COGEMA (filiale minière du Commissariat) et le Bureau de Recherches Géologiques et Minières. Le Canard chiffre: 3 millions de francs “lourds en 1979”, et 13,5 millions cette année. Et surtout, “la part des dépenses imputées à l’État malien” est “généreusement prise en charge par les contribuables français”.

Là, l’ironie n’est pas une blague: elle vise le réflexe paternaliste et la mécanique de l’aide. On prospecte “pour” le Mali, mais on facture “à” la France, et au passage on installe une présence stratégique sur des ressources clefs.

Un “syndicat diamant”: quand la diversification sent la chasse et le safari

La meilleure trouvaille de l’article, c’est ce “syndicat diamant” constitué, auquel participent des organismes français, dont le Fonds d’aide et de coopération. Et quand des “juristes irrespectueux” remarquent que la passion pour les diamants n’entre pas dans l’objet social de la COGEMA, la direction du Fonds répond que cette compagnie “amorce une certaine diversification de ses activités”.

La phrase est splendide: “encore un peu”, ajoute le Canard, “et l’on retrouvera le Commissariat actionnaire de réserves de chasse et de sociétés organisatrices de safaris.” Il n’extrapole pas vraiment: il pousse au bout la logique des mots officiels. Si tout est “diversification”, alors tout est possible, même le tourisme cynégétique sur fonds publics.

Le coup du cousin François

En parallèle, le papier bascule sur l’autre cousin, François Giscard d’Estaing, déjà familier du lecteur: le patron de la Banque française du commerce extérieur (BFCE), qui, “on le sait”, a des “diamants” dans le passif médiatique. Ici, il a autre chose dans le présent: “depuis trois semaines, une grève tournante” paralyse l’activité de ce “distingué établissement bancaire”. Et le Canard raconte la réaction managériale comme une scène d’opérette.

Florence, conférence “archéologique”, et “personnalités” invitées

Vendredi dernier, “pour se changer les idées”, le cousin François va donner à Florence une conférence “sur un sujet archéologique”, devant un parterre de “personnalités”. Lesdites personnalités ont été invitées “aux frais de la banque”, et “bon appétit Messieurs-dames”, à “une gueuleton” dans les salons de l’Institut français de l’endroit.

La satire vise l’écart: pendant que les salariés font grève, le patron part conférencer à l’étranger aux frais de la maison, et régale un petit monde. Le Canard ne dit pas “scandale”: il dit “archéologique”. Comme si l’on allait fouiller dans les ruines… d’un sens des priorités.

Huissier contre grévistes: réunions “illégales” et chasse aux meneurs

Pendant ce temps, les employés en grève reçoivent la visite d’un huissier, “venu tout exprès”, pour constater l’organisation de “réunions syndicales illégales” et relever “l’identité des meneurs”. On est en 1980, et le papier rappelle un réflexe patronal très classique: quand on ne veut pas entendre les revendications, on fait compter les chaises et on relever les noms.

Et le Canard clôt sur une pique qui renvoie, bien sûr, à Bokassa: “Dommage que le cousin du Président, si à cheval sur ses grands chevaux juridiques, ait oublié d’envoyer un huissier constater tout ce qu’il y avait d’illégal chez son cher et généreux ‘parent’ impérial Bokassa!”

Le bouclage est parfait: d’un côté, on traque les “réunions illégales” de salariés français; de l’autre, on a longtemps trouvé très fréquentable un empereur aux pratiques nettement plus… hors-code. Le droit, dans cette chronique, apparaît comme un projecteur orientable: aveuglant sur les grévistes, tamisé sur les cousins, et très discret sur les “parents” encombrants.