N° 3115 du Canard Enchaîné – 9 Juillet 1980
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Broglie: nouvelles révélations
Dans le Canard du 9 juillet 1980, Claude Angeli révèle “encore un document caché à la justice” dans l’affaire de Broglie, cette fois autour d’écoutes téléphoniques et de leurs préparatifs. Le journal publie un “CONFIDENTIEL” (daté du 25 décembre 1976) et sa transcription: preuve qu’on a surveillé, noté, écouté… sans tout verser au dossier. Angeli raconte aussi la déposition de l’inspecteur Michel Roux devant deux députés: “l’antigang devait empêcher le meurtre”. Le scandale n’est pas seulement le crime, c’est l’enquête tenue à la laisse.
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Des écoutes dans l’affaire de Broglie : Encore un document caché à la justice
Claude Angeli revient, une fois de plus, sur cette impression tenace qui colle à l’affaire de Broglie comme un timbre sur une convocation: ce n’est pas seulement un dossier criminel, c’est un dossier administrativement “géré”. Le meurtre de Jean de Broglie, le 24 décembre 1976, n’a jamais cessé d’être entouré d’un brouillard d’État. Et, en juillet 1980, Angeli raconte que le brouillard ne vient pas du hasard mais de la main qui tourne le robinet.
Le titre cogne: “Encore un document caché à la justice”. Et le surtitre précise l’angle: des écoutes. Autrement dit: non seulement on a su, on a surveillé, on a noté… mais on n’a pas tout donné au juge. Angeli ne plaide pas l’oubli. Il pointe une rétention.
Un “confidentiel” de plus… et la police des polices qui regarde ailleurs
Le papier s’ouvre sur un constat rageur: dans cette histoire, “les principaux responsables de la police” n’ont pas seulement caché l’existence d’un rapport sur un projet d’assassinat, ils ont aussi “dissimulé” des écoutes téléphoniques, ou des préparatifs d’écoutes, portant sur “les conversations entre deux tueurs présumés”.
Angeli insiste sur le mécanisme: rien ne “dissimule” tout seul. Il faut des chefs, des tampons, des silences. Et quand les chefs sont pris la main dans la paperasse, que répondent-ils? “Rien, ou presque.” Pas de démenti solide, pas d’explication valable, “pas la moindre réplique intelligente”. D’où cette phrase qui fait tout le sel du Canard: dans un pays “tant soit peu démocratique”, ces patrons de police devraient être “condamnés d’urgence” pour dissimulation. Mais la France, au fil des “affaires”, a pris l’habitude d’empiler les scandales sans sortir le balai.
L’ironie est d’autant plus venimeuse que le journal élargit le tableau: les affaires “succèdent aux affaires” et les lois “jonglent” avec une Présidence. Entre diamants, “raisons d’État”, morts troubles, et dossiers “oubliés”, Angeli dessine un décor: un pouvoir qui prétend protéger la justice en l’empêchant de travailler.
Le “document” : une conversation datée, et une étrange tranquillité
Le Canard publie un fac-similé “CONFIDENTIEL” et, pour aider le lecteur, en donne la transcription. Le document est daté (25 décembre 1976, “à 10 h 50”, dit le papier) soit environ vingt-quatre heures après l’assassinat de de Broglie. On y lit une conversation où l’on devine la nervosité, des questions, des allusions… et cette impression que les acteurs savent déjà qu’ils parlent dans un théâtre surveillé.
Angeli ne fait pas de roman: il montre l’objet. Le plus accablant n’est pas la conversation seule, mais le fait qu’elle soit brandie aujourd’hui comme une preuve de plus que l’on a écouté ou voulu écouter, et que tout cela n’a pas été versé à temps au dossier.
Le dessin de Kerleroux, à gauche, résume à sa manière la situation: un chef appelle et gronde l’inspecteur Roux, quelque chose comme: “Dites pas n’importe quoi, hein!” Quand la vérité remonte, on ne la contredit pas, on la réprimande.
L’inspecteur Roux devant deux députés : l’antigang devait empêcher le meurtre
Le second étage du papier est presque pire, parce qu’il sort du “document” pour entrer dans la responsabilité. Angeli raconte la déposition de l’inspecteur Michel Roux devant deux députés (UDF et RPR), dans le cadre d’une commission parlementaire chargée d’examiner le fonctionnement des services de police. Et le titre du bloc est sans fioriture: “L’antigang devait empêcher le meurtre.”
Autrement dit: il y avait une possibilité d’action, un dispositif, une surveillance, une chaîne hiérarchique. Le meurtre n’était pas une météorite.
Angeli déroule alors une galerie de services et de chefs: brigade antigang, “police des polices”, chefs de la PJ, hiérarchie qui se renvoie les papiers. Il rappelle aussi que la question de fond, dans l’affaire de Broglie, n’est pas seulement “qui a tiré”, mais qui savait quoi, quand, et pourquoi cela n’a pas été stoppé. Si l’antigang “devait” empêcher, comment se fait-il qu’il n’ait pas empêché? Et si l’on a consigné, écouté, surveillé, comment se fait-il que les pièces n’aient pas été livrées à la justice?
Le Canard ajoute des noms, comme autant de clous: Michel Poniatowski, alors ministre de l’Intérieur, apparaît en filigrane; des responsables policiers sont listés; le juge d’instruction, lui, travaille avec ce qu’on lui donne… et l’on comprend que c’est précisément là que l’on peut tuer deux fois: une fois l’homme, une fois l’enquête.
Le vrai scandale : une justice nourrie au compte-gouttes
Angeli ne se contente pas d’accuser la police d’avoir mal fait. Il accuse l’appareil d’avoir fabriqué une enquête incomplète. D’où cette impression de dossier “révélations par tranches”: aujourd’hui un rapport, demain une écoute, après-demain un “confidentiel” de plus. La justice avance, mais derrière elle quelqu’un tient la laisse.
Le petit dessin de Vazquez de Sola (en bas à droite) fait rire jaune: Ponia tenant Peyrefitte contre son cœur, déclare “J’ai confiance en la justice de mon pays.”
En 1980, cela parle aussi du moment politique: l’ère Giscard traîne derrière elle une série d’“affaires” (diamants, micros, Broglie, Boulin…) qui usent la confiance publique. Angeli, lui, ne moralise pas: il montre la mécanique. Et dans cette mécanique, le document caché est plus qu’un oubli: c’est une méthode.





