N° 1737 du Canard Enchaîné – 3 Février 1954
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Bas les pattes devant Jean Vilar ! Le Canard monte au front
En février 1954, Morvan Lebesque signe l’un de ses plus vibrants réquisitoires : une défense ardente de Jean Vilar, directeur du TNP, contre une réduction de subvention aussi mesquine que révélatrice. En dénonçant la médiocrité des Pouvoirs, Lebesque rappelle comment Vilar a révolutionné le théâtre français, libéré la dramaturgie, rendu le beau au public. Une chronique qui n’épargne ni les fonctionnaires, ni la lâcheté politique, et qui célèbre l’un des rares “grands architectes” de la scène. Un texte incandescent, à relire comme un manifeste culturel.
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Bas les pattes devant Jean Vilar !
Un coup de sabre contre la médiocrité officielle
Avec cette chronique du 3 février 1954, Morvan Lebesque livre l’un de ses textes les plus offensifs — et, paradoxalement, les plus justes. Sous un titre qui claque comme une sommation, Bas les pattes devant Jean Vilar !, il transforme une réduction de subvention en emblème national de la médiocrité administrative. Et derrière l’anecdote, c’est tout un diagnostic sur l’état culturel de la IVᵉ République qui s’exprime. Lebesque n’adoucit rien : la France étouffe sous ses “Pouvoirs” — exactement comme son théâtre étoufferait sans des hommes comme Vilar.
Jean Vilar, architecte du théâtre populaire
L’un des grands mérites de l’article est de faire entendre à quel point Jean Vilar, alors directeur du TNP, est devenu en quelques années une figure structurante du paysage culturel. Lebesque le compare à Le Corbusier : comparaison audacieuse mais pas exagérée. Vilar, avec une discipline de fer, a réinventé le théâtre populaire, en s’appuyant sur des maîtres comme Appia, Copeau ou Dullin mais aussi en refusant le faux brillant, les décors inutiles, le faux théâtre “de surface”. Il a rendu à la scène la couleur, la lumière, la parole limpide, la sincérité. Et surtout : il a rendu le théâtre au public.
Dans un pays où, note Lebesque, “le goût et le sens du beau” se sont parfois transmis avec autant d’importance que le pain, le public a reconnu Vilar. C’est là que se joue la dramaturgie profonde de l’article : Vilar plaît, donc on le punit.
Un budget contre l’intelligence
Le “Budget des Beaux-Arts”, personnage abstrait et pourtant très réel, devient sous la plume de Lebesque une figure allégorique de la bêtise. Car Lebesque explique sans détours que la France, pays de subventions, préfère arroser l’Opéra et la Comédie-Française — c’est-à-dire le prestige figé — plutôt que le TNP, pourtant trois fois moins cher et trois fois plus vivant.
Il faut “rogner”, dit-on ? Ce ne seront ni les Bureaux, ni les Comités, ni les Offices, ni l’alcool (qui “remplit les hôpitaux”), mais le TNP. Pourquoi ? Parce que le fonctionnaire en place “n’aime pas Vilar” et que cette aversion sert d’aiguillage à toute la politique culturelle. Lebesque n’enrobe rien : c’est la victoire de la rancœur bureaucratique sur la vision artistique.
Une véritable révolution culturelle
Lebesque détaille ensuite la réforme profonde menée par Vilar : nouvelle dramaturgie, nouveau rapport au spectateur, acteurs choisis pour leur vérité, textes rendus lumineux, scène nettoyée de tout faux-semblant. Une réforme sans machines, sans “mensonges”, sans superstructure : une révolution humble, artisanale, mais totale. La seule, selon Lebesque, qui ait un sens dans une démocratie : rendre le beau accessible à tous.
On comprend alors que le texte dépasse son objet immédiat. Il devient une réflexion sur le rôle de l’État, sur la création, sur le courage, sur la nécessité de soutenir les pionniers plutôt que les gestionnaires. Et c’est aussi un appel politique : “Bas les pattes devant Jean Vilar !”, car ce n’est pas seulement un artiste qu’on attaque, mais une idée du peuple, de la culture, de la République.
Un style tranchant, une colère impeccable
Lebesque ne cède jamais à la fadeur. Il parle clair. Il cite, compare, nomme les maîtres (Gémier, Dullin, Antoine), raille les “Bouvils du samedi soir”, se moque des ministres qui pérorent. Il met la médiocrité à nu. Et il rappelle une vérité essentielle : l’État n’a pas à étouffer les artistes courageux au nom du confort des médiocres.
Le texte est un plaidoyer qui tient autant du pamphlet que du manifeste. Et s’il semble passionné, c’est qu’il s’agit, pour Lebesque, d’une question d’intérêt public : Vilar n’est pas qu’un artiste, il est une chance. Le perdre, dit-il, serait perdre beaucoup plus que douze millions.
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