N° 2884 du Canard Enchaîné – 4 Février 1976
N° 2884 du Canard Enchaîné – 4 Février 1976
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Giscard, flouze et barbouzes, par Bernard Thomas
Piscine bourrée de crocodiles, pieuvre en haut-de-forme et banquiers très comme-il-faut : en février 1976, Bernard Thomas vide le bassin de la famille Saint-Phalle. Derrière la respectable Société Bancaire et Financière surgissent dégrèvements fiscaux miraculés, valises de billets, comptes suisses et voyages en Rhodésie ou au Nigeria. Au-dessus de l’eau, on distingue les silhouettes d’Alexandre de Marenches, du S.D.E.C.E. et de Valéry Giscard d’Estaing, rebaptisé « parrain Giscard ». Sous le titre « Giscard, flouze et barbouzes », Le Canard enchaîné raconte un Watergate à la française, où la justice est priée de nager à contre-courant.
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Giscard, flouze et barbouzes : le roman noir de la banque Saint-Phalle
Un feuilleton politico-financier en plein septennat Giscard
Février 1976 : Valéry Giscard d’Estaing est à l’Élysée depuis moins de deux ans, Watergate hante encore les rédactions, la crise pétrolière a fait exploser le chômage, et les finances françaises pataugent. Dans ce décor, Bernard Thomas poursuit dans Le Canard enchaîné (4 février 1976, p. 4) son feuilleton « Derrière l’affaire Saint-Phalle », rebaptisé ce jour-là « Giscard, flouze et barbouzes ».
La « sainte famille » Saint-Phalle, banquiers chics et très cathos, a joué avec l’argent des clients avant de se retrouver « la main dans le sac et vides ». Problème : Jean-Vincent de Saint-Phalle est apparenté à Alexandre de Marenches, patron du S.D.E.C.E., et le président Giscard, « Valy », a failli épouser une des filles de la maison. Autrement dit, le dossier sent la proximité de l’État très haut placé.
Le miracle du dossier qui revient
Dans ce « chapitre 3 », Thomas raconte le retour miraculeux du dossier sur le bureau du juge Leclercq, après avoir été aspiré vers les hauteurs administratives. Le Canard publie le rapport des experts-comptables et surtout la petite phrase que la banque ne fanfaronne pas trop : un dégrèvement fiscal de 759 841 francs accordé par le directeur départemental des impôts, « un aimable cadeau de la direction des impôts à la S.B.F., dont le patron tient à se glorifier ».
Le journal joue du fac-similé et de la maquette comme d’un scalpel : carte de visite de Selman Selvi, président de la Société Bancaire et Financière, encadré moqueur du Canard, puis rappel que cette somme constituera un joli profit pour l’exercice 1975. Pendant que le contribuable lambda serre la ceinture, la banque familiale Saint-Phalle, elle, touche le jackpot fiscal.
Cloaque financier et pieuvre française
Les sous-titres résument le ton : « Passez la monnaie ! », « Le cloaque », « Mal blanchis ». Thomas détaille la mécanique : des valises de billets qui font l’aller-retour entre la S.B.F. et la Banque de France, un coffre où les coupures « sortantes » et « rentrantes » semblent identiques, des opérations si opaques que même les caissiers s’interrogent.
Plus on avance, plus le décor prend des airs de polar international. L’argent vient de Suisse, d’une « Banque pour le Commerce Suisse Israélien » qui contrôle la S.B.F. de la rue Marbeuf. Le ministère des Finances enquête-t-il ? « Si discrète que personne n’en a entendu parler », ricane Thomas. On découvre au passage des comptes ouverts après un séjour en Rhodésie, d’autres liés au Nigeria, des restitutions « discrètes » d’aides françaises. D’où la question en rafale : que pensent le président de la République, Marenches et le S.D.E.C.E. de ces mouvements de fonds qui ressemblent furieusement à du financement politique ou à du trafic d’armes masqué ?
Le dessin de la « PIEUVRE… France » résume la thèse : tentacules bancaires, services secrets, françafrique et haute administration se nouent dans un même enchevêtrement.
« Mal blanchis » et Water-bourbier
Dans « Mal blanchis », Thomas ajoute une couche : le chauffeur de maître de Saint-Phalle travaillait aussi pour Samy Flatto, personnage clé du scandale de la compagnie d’assurances « La Paternelle ». Le même nom revient dès qu’il s’agit de gros sous et de caisses électorales. Impossible, dans ces conditions, d’« agir sans la bénédiction de gens très bien placés ».
Enfin vient le bouquet final : « Water-bourbier ». Clin d’œil transparent à Watergate, mais version hexagonale et boueuse. Thomas rappelle que tous ces événements se déroulent à la fin du règne Pompidou, alors que la maladie du président ouvrait déjà l’horizon des prochaines présidentielles. Et il cite cette raison sociale lunaire, « le commerce de toutes marchandises », qui couvre les sociétés de Jean-Vincent de Saint-Phalle et Selman Selvi. De quoi vendre des stylos, mais aussi bien d’autres choses moins avouables.
Conclusion au vitriol : Giscard, « le parrain », aurait donné l’ordre au S.D.E.C.E. de ne plus couvrir ce petit monde. Anne-Aymone aurait dû en être « bien fâchée », ironise Thomas, tant l’affaire éclabousse la belle société. Valy espère sauver la face, « on peut toujours rêver ». Et le Canard termine par la vraie question : la justice ira-t-elle jusqu’au bout ?
En 1976, ce feuilleton place déjà le septennat Giscard sous le signe d’un mélange explosif : banques familiales, fisc complaisant, barbouzes d’État et diplomatie parallèle. Un Watergate à la française, mais plus marécageux encore.





