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N° 2931 du Canard Enchaîné – 29 Décembre 1976

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Un prince qui se tuait à faire des affaires 

La veille de Noël 1976, le député Jean de Broglie tombe sous les balles rue de Lille. Crime crapuleux ou règlement de comptes politique ? Dans la Mare aux Canards, Nicolas Brimo démonte le portrait officiel du « prince » giscardien pour révéler un VRP de l’argent noir, à cheval entre commissions occultes et financements de la majorité. Entre enquêtes, clins d’œil à Giscard et coups de griffe à Chirac, Le Canard transforme ce fait divers sanglant en radiographie féroce des affaires de la Ve République.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
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Un prince, des valises et beaucoup de sueurs froides

Nicolas Brimo tombe, fin décembre 1976, sur l’affaire Jean de Broglie comme un corbeau sur un banquet de notables. Le député d’Eure, ancien secrétaire d’État du général de Gaulle puis de Pompidou, vient d’être abattu rue de Lille, à Paris, la veille de Noël. Officiellement, un simple « règlement de comptes » autour d’affaires privées. Mais pour Le Canard, ce « prince authentique » qui « se tuait à faire des affaires » est surtout un maillon d’une chaîne : celle des finances politiques occultes de la droite au pouvoir.

Sous les ors de la République, une boutique privée

Brimo commence par brosser le portrait savoureux d’un aristocrate de la vieille France, cousin de Rothschild, chasseur de subventions comme d’éléphants, toujours entre un avion pour l’Iran et un cocktail mondain. Le ruban bleu, le château, les terres en Normandie… et, surtout, les « affaires » : sociétés-écrans, opérations financières à l’étranger, intermédiaires un peu louches.

L’article ne se contente pas de ridiculiser le personnage. Il le replace dans un système : celui d’une droite gaulliste-giscardienne qui a fait de quelques élus des VRP de luxe, naviguant entre ministères et conseils d’administration. De Broglie préside la commission des Finances tout en bricolant des montages opaques : de quoi inquiéter sérieusement l’Élysée lorsque le prince se retrouve au sol, criblé de balles.

Quand le crime de droit commun flirte avec le financement politique

Au lendemain du meurtre, explique Brimo, « la panique » s’empare de la bonne société giscardienne. Car il circule depuis longtemps un « gros dossier » sur les activités financières du député. Le patron de la brigade criminelle, Octave Otaviani, jure qu’il n’est pas question d’y toucher. Mais l’idée est là : si l’enquête remonte les tuyaux de l’argent, elle pourrait tomber sur les circuits de financement de la majorité présidentielle.

Le Canard décrit avec gourmandise ce climat de terreur feutrée : avocats qui courent éteindre des incendies, témoins priés de se faire discrets, hauts fonctionnaires soudain frappés d’amnésie. Les encadrés détaillent les sociétés, les montages immobiliers, les fonds venus de l’étranger. Tout n’est pas prouvé, mais tout est vraisemblable, et c’est précisément ce qui fait trembler la « noblesse terrienne » de la Ve République.

Les dessins de Lap enfoncent le clou : deux individus en costume demandent à un troisième « Pour Évreux, s’il vous plaît ? – Changez à Pigalle ! ». On passe du quartier chaud aux coulisses feutrées de la politique, mais on reste dans le même commerce : celui du plaisir, ici financier. Un autre dessin montre Poniatowski qui tient une couronne de fleurs "Les Républicains indépendants en deuil". Un policier lui lance : « J’espère qu’avant de mourir, il a crié “Vive la majorité !” »

Giscard, Chirac et les ombres du gaullisme finissant

Brimo ne s’arrête pas à la biographie scandaleuse d’un seul homme. Il relie l’affaire au paysage de 1976 : Giscard d’Estaing englué dans la crise, Chirac parti fonder le RPR et transformer son camp en machine de guerre électorale, la droite divisée entre modernistes giscardiens et gaullistes revanchards.

Dans ce contexte, la mort d’un homme qui connaît tous les tiroirs-caisses du régime fait figure de cauchemar partagé. L’article évoque les relations de De Broglie avec la banque Vernes, les milieux d’affaires de la Françafrique, les opérations menées avec certains proches du pouvoir. Rien n’est complètement explicité – l’affaire judiciaire sera longue – mais le message est limpide : le financement politique repose sur des hommes comme lui, à la fois notables respectables et passeurs d’argent gris. Quand l’un d’eux tombe, c’est tout l’édifice qui vacille.

De Broglie préfigure une longue série de scandales : caisses noires du RPR, comptes suisses de tel ou tel ministre, valises de billets transitant par l’Afrique. En décembre 1976, Le Canard montre déjà que la Ve République vit sur un système de confusion volontaire entre fortunes privées, contrats publics et caisses des partis.

Un humour noir comme un faire-part

Ce qui frappe, en relisant la page, c’est l’équilibre entre enquête et mauvaise foi assumée. Brimo n’a pas toutes les pièces du puzzle, mais il a ce que la justice n’a pas : la liberté de poser les mauvaises questions. Les intertitres – « Noblesse terrienne », « Part des princes », « Chiracquie » – fonctionnent comme autant de clins d’œil sur la porosité entre l’État, les vieilles familles et la nouvelle bourgeoisie d’affaires.

L’humour noir sert de papier de soie au malaise. On rit de ce « prince qui se tuait à faire des affaires », mais on comprend que derrière la chute de ce personnage se profile une interrogation plus vaste : qui contrôle vraiment l’argent de la politique ? Et combien de morts, au propre ou au figuré, faudra-t-il encore pour que la question soit posée au grand jour ?

Aujourd’hui, lorsqu’un financement occulte refait surface ou qu’un élu se perd dans les paradis fiscaux, on peut relire cette page de 1976 comme un avertissement ancien : la Ve République a toujours eu ses princes entrepreneurs, ses ténors trop proches des coffres, et ses journaux satiriques pour écrire, en marge des faire-parts de décès, la petite phrase qu’on n’ose pas prononcer aux obsèques.