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N° 2990 du Canard Enchaîné – 15 Février 1978

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Giscard et Guiringaud sur le gril (15 février 1978, Claude Angeli)
Des diplomates se mettent à table

15 février 1978. Claude Angeli met Giscard et Guiringaud “sur le gril”: au Quai d’Orsay, des diplomates se mettent à table et décrivent un petit racket électoral nourri par procurations, inscriptions et… valises diplomatiques. Le témoin Claude Chayet parle, relancé par l’Élysée via l’ambassadeur du Gabon. Vazquez de Sola résume: Guiringaud en pagne portant l’urne, Giscard affublé d’un “Valy la triche” se demandant “ce que ferait Nixon”. Et l’ombre de Foccart, avec Delauney et Bongo, plane sur cette cuisine d’élection.

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Giscard et Guiringaud sur le gril (15 février 1978, Claude Angeli)
Des diplomates se mettent à table

Quand le Quai d’Orsay fait l’urne… et que l’Élysée surveille la cuisson

Claude Angeli raconte une scène qu’on imagine d’abord impossible: des diplomates qui lâchent la langue, et pas seulement pour commander l’addition. À force de “quatre relances venant directement de l’Élysée”, l’ambassadeur du Gabon se charge de faire parler un témoin gênant, Claude Chayet. L’homme “tient le langage”, dit Angeli, c’est-à-dire qu’il se met soudain à dire tout haut ce que d’autres, au Quai, ruminent depuis des mois: les “interventions de la Présidence” en faveur d’un petit racket électoral. Rien que ça.

Le cœur de l’affaire, c’est une mécanique bien française: un service discret, planqué dans l’administration (la Direction des conventions administratives et consulaires), et une fraude “par le détournement”. Pas besoin d’imprimer de faux bulletins, ni de braquer un bureau de vote. On “obéit aux ordres” et on fait passer ça par les tuyaux de la maison. Les diplomates, eux, découvrent qu’on leur demande moins de représenter la France que de tenir la caisse et l’urne, au choix.

Et Vazquez de Sola résume le tableau mieux qu’un éditorial: Guiringaud en pagne, l’urne sur la tête, comme un porteur de scrutin. On a vu des ministres porter des valises; là, c’est le vote qui fait bagage.

“Élections législatives urgent”: les valises diplomatiques ont changé d’étiquette

Angeli glisse un détail délicieux: le racket continue, les inscriptions sur les listes s’empilent, les procurations arrivent “par gros paquets”, et tout cela transite “grâce aux valises diplomatiques”. La diplomatie, jadis, transportait des secrets d’État; en 1978, elle transporte du “vote” en service express. Et, ajoute-t-il, quelque chose a changé: les grandes enveloppes qui portaient jadis la mention “Élections législatives urgent” se font plus discrètes. Comme si l’encre elle-même avait compris qu’elle écrivait trop fort.

C’est là que le papier devient savoureux: au Quai d’Orsay, “l’état-major” commence à regarder Guiringaud comme un boulet qu’on traîne en smoking. Certains vont jusqu’à lui reprocher d’avoir “terni l’image de l’aristocratique maison”. Voilà une morale d’hôtel particulier: ce n’est pas la combine qui choque d’abord, c’est la tache sur le tapis.

Angeli évoque aussi les hommes de l’ombre et les mauvaises influences, les conseillers, les directeurs, les techniciens de la combine. On reconnaît des noms qui sentent le cabinet ministériel et les couloirs où l’on parle bas: Jacques Andreani, Régis de Belenet… et cette idée fixe de “suivre la collecte des votes” comme on suivrait une recette de cuisine: un peu de procurations, une pincée d’inscriptions, et surtout ne pas trop remuer quand ça commence à coller.

“Ministre en sursis”: Guiringaud, Watergate à la française, et le problème Nixon

Le plus acide, c’est la comparaison qui traîne: “un peu le Watergate”, disent certains diplomates. L’expression est tentante, parce qu’elle contient le mode d’emploi et le scandale en un seul mot. Mais Angeli ne s’embarrasse pas d’un grand drame américain: il montre une version française, plus feutrée, plus bureaucratique, plus “on s’arrangera”.

Et voilà Giscard, croqué en haut à droite par Vazquez de Sola, avec l’étiquette au derrière: “Valy la triche”, et cette phrase qui claque: “Qu’est-ce que ferait Nixon à ma place ?” Le gag est splendide parce qu’il est double: on invoque Nixon comme modèle de conduite… et l’on oublie l’issue du film. À force de se demander ce que ferait Nixon, on risque de finir comme Nixon, mais avec davantage de tampons administratifs.

Angeli souligne d’ailleurs que, dans ce jeu, Giscard ne parle “pas encore”, ou pas comme il faudrait. Donc, techniquement, il n’a “pas encore menti”. C’est une nuance de juriste: on attend l’aveu, ou la phrase de trop.

L’homme de la bande à Foccart: Delauney, Bongo et l’ambassadeur d’élection

Le papier s’élargit ensuite vers la vraie scène, celle où la République française aime jouer en extérieur: l’Afrique. Angeli présente Maurice Delauney, ambassadeur au Gabon, “petit, sec, agressif”, diplomate de tradition, mais surtout vieux routier d’une certaine boutique, “de la bande à Foccart” et de ce qu’il en reste. Un homme qui connaît “tous les coups tordus pratiqués en Afrique au nom de la France”. Et qui, accessoirement, sert de relais quand il s’agit d’arranger une histoire embarrassante.

On y croise Omar Bongo, qui téléphone pour protéger l’ami Delauney, et qui, selon Angeli, se voit déjà choisir “l’ambassadeur de France” en cas de coup d’État, celui qui appuiera sur le bouton “dans le premier quart d’heure”. C’est à la fois grotesque et glaçant: la souveraineté en conversation téléphonique, la diplomatie en manette.

Delauney, pour Bongo comme pour Giscard, devient “un ambassadeur d’élection”. C’est la formule qui pique juste: non pas ambassadeur de France, mais ambassadeur de majorité. Et Guiringaud, lui, se retrouve sur le gril, parce que la cuisine est trop visible.

La Ve République en costume d’arbitre… et les diplomates en lanceurs d’alerte

Dans le fond, Angeli raconte la même inquiétude que le Canard martèle depuis des semaines: une majorité qui, à l’approche des législatives, confond l’État avec sa permanence électorale. La nouveauté, ici, c’est le décor: non plus un ministère de l’Intérieur et des consignes de vote, mais le Quai d’Orsay, avec ses phares, ses valises, ses ambassades, et ce réflexe ancien de “raison d’État” qui sert de cache-misère à des opérations beaucoup plus terre à terre.

Et comme souvent chez Angeli, la satire n’a pas besoin d’en rajouter: il lui suffit de montrer des diplomates forcés de “serrer les rangs” après avoir commencé à parler, et un pouvoir qui s’agite surtout quand l’affaire menace de sortir du cercle des initiés. Le scandale n’est pas seulement ce qui se fait; c’est ce qui se dit.