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N° 3068 du Canard Enchaîné – 15 Août 1979

N° 3068 du Canard Enchaîné – 15 Août 1979

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Sauve-qui-veut

15 août 1979 : Bernard Thomas raconte un gosse cambodgien arrivé au camp de Surin, “un squelette”, soigné par Médecins sans frontières… puis presque laissé mourir: “C’est un Khmer rouge.” Un tueur de treize ans, adolescent de la barbarie. Le médecin refuse de juger: ici, on soigne. Le garçon guérit, rejoue, retrouve une enfance, “mué en homme”. Thomas élargit: enfants errants, gardes qui refoulent, “bouches inutiles”, grandes puissances qui barbouillent l’Histoire et pleurent sur leur cloaque. Le respect de l’homme? “Inconnu au bataillon.” Reste une poignée d’organisations à aider, surtout quand les marchands d’armes prospèrent.

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15 août 1979 : “Sauve-qui-veut”, ou l’humanitaire au bord du gouffre

Un enfant, un camp, et la morale qui vacille

Bernard Thomas ouvre “Sauve-qui-veut” comme on ouvre une plaie: sans précaution, sans préambule, au ras du réel. Un gosse arrive au camp de Surin, en Thaïlande, “à bout de souffle”, un jeune Cambodgien, “treize ans peut-être”, “un squelette, de la peau dessus”, avec “un regard d’angoisse”. On le soigne: perfusion, quinine, corticoïdes. Et l’on ajoute “un geste affectueux en plus”, parce que le texte dit aussi cela: l’humanité, parfois, tient dans un geste minuscule, quand tout le reste est gigantesquement détraqué.

Puis Thomas fait basculer la scène: le médecin découvre que les infirmières thaïlandaises laissent son malade crever. Il s’interpose, se met en colère. Elles finissent par lâcher l’explication, brutale, presque automatique: “C’est un Khmer rouge.” Un tueur. Il a “tué trente-cinq personnes”, “mis des encoches avec son couteau”. Le Canard ne cherche pas à faire joli: il pose la question qui brûle, celle du tri moral, celle de la justice dans un camp de réfugiés. On soigne qui? On laisse mourir qui? Et avec quel droit?

Thomas, lui, ne fait pas du tribunal. Il montre l’impasse. Dans les routes du Cambodge, des “hordes d’enfants moribonds”, “dépouillés”, sans maison, sans parents, “affamés”, “sans larmes”. Ils franchissent parfois la frontière thaïlandaise “en quête d’une poignée de riz”; et quand ils ne tombent pas sur une mission médicale, les gardes les refoulent: “trop de réfugiés déjà, trop de bouches inutiles à nourrir dans ce pays en équilibre fragile”. Le vocabulaire est glaçant parce qu’il est vraisemblable: bouches, inutiles, équilibre. La misère devient comptabilité.

La barbarie en adolescent : “âge moyen, 19 à 15 ans”

Thomas place ensuite le cœur noir de son texte là où il fait le plus mal: cette violence n’est pas seulement un système, elle est aussi une génération. Les Khmers rouges, “à peine plus âgés qu’eux”, guettent, tirent “par rafales”, “font des concours entre eux”. “Âge moyen: 19 à 15 ans.” Phrase terrible, parce qu’elle écrase l’adolescence dans la mécanique de mort. Le rescapé, lui, était “l’un d’eux”.

Et pourtant, le récit refuse le confort de la condamnation simple. Le médecin soigne. Il a “bien du mal” à faire admettre à ses aides qu’ici, au camp, ils ne sont pas “juges du bien et du mal”. Leur boulot est de soigner, de soulager. Le tueur rouge guérit. Quinze jours plus tard, il a “oublié” qu’il fut “un engin de mort”. Il reprend des jeux “plus pacifiques”, traîne une ficelle au bout de laquelle pend un petit chien sculpté. Il retrouve, “découvert”, son enfance. Et Thomas lâche une phrase qui serre la gorge: “Guéri de la frénésie farouche où il barbotait. Mué en homme.” Le médecin frissonne encore en racontant l’anecdote.

C’est là que le titre “Sauve-qui-veut” prend tout son sens: sauver quelqu’un, c’est parfois sauver un monstre. Ou sauver ce qui reste d’humain derrière le monstre. Et accepter de se salir les mains, sans prétendre les blanchir.

Le rire acide du Canard : idéologies, discours, et “grandes puissances”

Au milieu de cette détresse, Bernard Thomas pique, comme il sait le faire, avec une ironie qui n’est pas drôle mais nécessaire. “Communiste? Réviso? Capitalo? Impérialiste? Qu’est-ce que tout ça veut dire?” Il renvoie les étiquettes à leur ridicule, et la rhétorique au néant, quand un enfant crève à la frontière pour une poignée de riz. “Qui ose avoir raison dans ce charnier?” demande-t-il, comme on crache une vérité. Il ridiculise le “sens de l’Histoire” et la “révolution” brandis comme des drapeaux sur des “culs-de-sac sanglants”. Le Canard, ici, n’est pas moqueur: il est furieux.

Et il élargit: les “grandes puissances” barbouillent l’Histoire “avec le sang des autres”, puis contemplent “vaguement écœurées” le cloaque qu’elles ont créé. Les discours, les conférences, les divisions blindées, les porte-avions… et le “respect de l’homme”? “Inconnu au bataillon!” Le seul endroit où il survit, c’est “dans un camp du bout du monde”, quand un médecin choisit de sauver un “petit Khmer rouge”. L’accusation est rude: le plus humain n’est pas l’État, c’est la main qui perfuse.

Thomas ajoute une comparaison qui évite la posture: à Managua, au Nicaragua, “au plus fort de la boucherie”, l’hôpital de Médecins sans frontières pansait des tueurs de la garde nationale “au lit voisin des sandinistes”. Ce n’est “pas grand-chose”, dit-il, mais ce n’est déjà “pas si mal”. Ce n’est pas une attitude politique: c’est “de la plus haute”, car elle rend “à l’homme sa dignité” au lieu de se cramponner aux idéologies.

Une adresse, et un dernier crochet : “le premier marchand d’armes du monde”

La fin est sèche, presque pratique: il y a des groupes, par le monde, Médecins sans frontières, Amnesty International, Greenpeace, Terre des Hommes, “plusieurs autres”, qui donnent “le goût d’espérer”. “Une poignée. Il faut les aider.” Et la dernière phrase, qui sonne comme une pancarte plantée dans la boue: “Surtout quand on sait qui est le premier marchand d’armes du monde par tête de pipe.” Le Canard ne nomme pas, mais tout le monde comprend le sous-entendu: l’hypocrisie n’est pas seulement internationale, elle est domestique, statistique, confortable.