Les crayons du Canard

Bernard Grambert , dit Grambert

1908 - 1958

Sa participation au Volatile : 1956 à 1958

Grambert 

par lui-même

Dico Solo, Catherine Saint-Martin – Té.Arte

Grambert (Bernard Grambert, 1908-1958), le géant placide au crayon explosif

Bernard Grambert naît à Constanza (Roumanie) en 1908 et meurt à Paris en 1958. Il compte parmi les caricaturistes majeurs de son temps, souvent cité, avec Cabrol, comme l’un des plus importants du siècle. Chez lui, la ressemblance n’est pas un simple coup de filet: elle est exacte, mais surtout révélatrice. Son dessin ne se contente pas d’aligner des signes reconnaissables; il met au jour une personnalité, une biographie en raccourci, une psychologie, un physique, et tout cela apparaît dans sa complexité sous un trait qui semble tranquille… jusqu’à l’instant où il mord.

La ressemblance, rendue par masses: un style qui dévoile

Grambert “pique” la ressemblance, et la rend le plus souvent par de larges aplats gris, sans trait de contour. Cette économie de lignes ne simplifie pas: elle condense. Le personnage ne sort pas d’une recette graphique; il émerge comme une évidence. L’ensemble est “plus que signifiant”: il est révélateur. Le dessin devient une radiographie d’attitudes, une lecture de tempérament.

Un portrait l’a dit mieux qu’un discours, avec une alerte de brasserie:

« Si vous apercevez un grand gaillard à l’air paisible, assis dans un coin d’une brasserie et en train de crayonner en vous regardant, fuyez au plus vite. Peut-être est-ce Bernard Grambert et sous une paupière qui semble innocente il cache un œil féroce. Il aura tôt fait de déceler en vous le côté animal, le petit tic qui vous trahit, le muscle qui traduit chez vous ou la douceur, ou l’égoïsme, ou la vanité. » (Max Favalleli, 1942)

Maîtrise, humour, punch

La caricature, chez Grambert, n’est jamais un exercice de style sans conséquence. Elle est tenue par une maîtrise et par un punch remarquables, capables de faire éclater l’esprit dans l’image. Le crayon peut être d’une précision chirurgicale et, pourtant, garder une forme de drôlerie sèche, parfois brutale, souvent irrésistible.

Au Canard enchaîné (1956-1958): les derniers dessins

Grambert collabore au Canard enchaîné de 1956 à 1958. Un hommage publié au journal au début d’octobre 1958 insiste sur ce paradoxe qui lui appartient: une simplicité presque désarmante, et, en dessous, des réserves entières d’humour. On le dit “géant placide”, sage en apparence, riche en esprit, et dont l’intelligence éclate sans effort dans les dessins.

Le journal dévoile l’un des tout derniers qu’il avait faits pour le Canard, représentant Jeanne Moreau (dans La Chatte sur un toit brûlant) et conclut en forme de consigne affectueuse: qu’elle conserve “précieusement” ce témoignage de l’immense talent d’un grand artiste. On sent dans ces lignes une tristesse retenue, une admiration nette, et cette façon propre au Canard de faire l’éloge sans mettre des gants blancs aux mots.

Illustrations, expositions, presse: une carrière dense

Grambert illustre notamment Du poulailler à l’écran de Pierre Pascaud (1945) et Cinéma bouffe de R. M. Arlaud (1945). Il expose aux Humoristes sportifs, à Satire 37, à Humour (1941-42), et participe aussi à Humour quand même. Il couvre le procès Pétain pour Libé-Soir, preuve que son trait n’est pas cantonné au portrait mondain: il sait aussi se frotter à l’histoire immédiate, à ses figures lourdes, à ses ombres, et rendre visibles les tensions d’une époque.

Un ami “merveilleux”, un jugement sûr

Au-delà du dessinateur, plusieurs témoignages dressent le portrait d’un homme estimé, fréquenté, aimé. Un hommage le dit ami merveilleux, qu’on voyait souvent lorsqu’on habitait près l’un de l’autre. On souligne chez lui un jugement très sûr “sur toutes matières”: peinture, musique, littérature, politique, et une probité et une délicatesse rares. Autrement dit: un œil féroce pour les tics, mais une main loyale pour les hommes.

Repère

  • Nom: Bernard Grambert
  • Naissance: 1908, Constanza (Roumanie)
  • Décès: 1958, Paris
  • Spécialité: caricature de ressemblance, révélatrice (aplats gris, peu ou pas de contours)
  • Canard enchaîné: collaboration 1956-1958
  • Travaux: illustration d’ouvrages (Pascaud, Arlaud), expositions (Humoristes sportifs, Satire 37, Humour 41-42), couverture du procès Pétain pour Libé-Soir
  • Dernière période: hommage du Canard, mention d’un dessin de Jeanne Moreau à conserver “précieusement”

Sources et références

hommage du Canard enchaîné (1er octobre 1958) ;
Dico Solo (Catherine Saint-Martin).