Paul Bour (1884-1959), caricaturiste au trait politique
Paul Bour (1884-1959) est un dessinateur et caricaturiste français, à la fois humoriste et clairement « politique », dont le parcours épouse les métamorphoses de la presse illustrée de la Belle Époque à l’après-guerre. Avant 1914, il se signale comme un dessinateur de gauche, maniant la charge comme une arme de débat plus que comme un simple accessoire de divertissement.
Des débuts dans la grande tradition satirique
Il débute comme dessinateur en 1908. Très tôt, il publie notamment dans L’Assiette au beurre (numéros 467, 551, 571 et 594), revue emblématique des audaces graphiques et des colères sociales du début du XXe siècle. Son nom s’installe ensuite dans un réseau de titres où l’humour, la caricature et l’illustration dialoguent avec l’actualité politique et les mœurs.
Au Canard enchaîné (1916-1920) : l’âge des dessins qui piquent
Paul Bour entre au Canard enchaîné en 1916 et y collabore dans la période fondatrice où l’hebdomadaire forge sa manière : satire, irrévérence, et lecture politique du temps présent. Les répertoires bibliographiques le repèrent notamment au Canard sur les années 1918-1919, ce qui confirme une présence effective au cœur de la fin de guerre et de l’immédiat après-guerre, lorsque la caricature sert à la fois de défouloir public et de contre-enquête populaire.
Son itinéraire est souvent présenté comme typique d’une évolution fréquente chez les dessinateurs de presse : partir des journaux satiriques, d’humour ou d’échos, puis glisser vers des titres plus politiques, sans négliger la collaboration à la « grande presse d’information ». Bour incarne bien ce passage : une plume graphique qui sait amuser, mais n’oublie pas de désigner, d’accuser, de contredire.
Un artiste prolifique, exposé, illustrateur
Les notices disponibles insistent sur une carrière très prolifique. Bour expose également au Salon de l’Araignée et chez les Humoristes, lieux où l’on vient autant pour le dessin “de presse” que pour la personnalité graphique, le style, la patte reconnaissable. Il est aussi mentionné comme illustrant Bernard Gervaise, signe qu’il ne se limite pas au commentaire de l’actualité : il accompagne aussi des textes, des univers, des récits.
Les années 1920-1930 : bibliophilie et presse jeunesse
Dans les années 1920, Paul Bour illustre des ouvrages de bibliophilie pour Henri Paul Jonquières, pratique qui suppose un autre tempo que le journal : composition, élégance de la page, image pensée pour durer et non pour être remplacée dès la semaine suivante.
Dans les années 1930, il collabore à Mon camarade, « illustré de la jeunesse » dirigé par Georges Sadoul. Ce déplacement vers la presse destinée aux plus jeunes ne dit pas forcément un adoucissement : il peut aussi traduire l’idée qu’on forme des regards, qu’on éduque des imaginaires, et que le dessin est un langage complet, du pamphlet à la pédagogie.
Occupation, disparition, retour
Une mention biographique, plus sombre, rappelle qu’il travaille dans la presse collaborationniste au début de l’Occupation, puis disparaît et reprend à la Libération. La formule est brève, presque sèche : elle suggère une trajectoire heurtée, des années où la signature se fait lourde à porter, où certains s’éclipsent, puis réapparaissent dans le paysage recomposé de l’après-guerre.
Repères et échos
- 1884-1959 : dates de vie.
- 1908 : débuts dans la presse, dont L’Assiette au beurre (n° 467, 551, 571, 594).
- 1916-1920 : collaboration au Canard enchaîné.
- Années 1920 : illustrations de bibliophilie (Henri Paul Jonquières).
- Années 1930 : collaboration à Mon camarade (dir. Georges Sadoul).
- Expositions : Salon de l’Araignée, Humoristes.
Presse : un spectre très large (répertoire de publications)
Les répertoires lui attribuent une présence dans un vaste ensemble de titres, témoignant d’une activité au long cours et de déplacements constants entre satire, presse illustrée et journaux d’opinion :
Le Blaireau (1908-09) ; Le Rire (1908-52) ; Le Pêle-Mêle (1909) ; L’Assiette au Beurre (1910-12) ; L’Illustré National (1911) ; Le Sourire (1911-24) ; Les Hommes du Jour (1911-33) ; Le Petit Parisien (1911-41) ; Nos Loisirs (1912) ; L’Indiscret (1913) ; Pages Folles (1913-14) ; Le Journal (1914) ; Le Pays de France (1914-19) ; Le Matin (1916) ; Le Journal du Peuple (1916-29) ; Les On-Dit (1917) ; Le Canard Enchaîné (1916-20) ; Le Journal Amusant (1919) ; Le Merle Blanc (1919-38) ; L’Humanité (1920-23) ; Le Peuple, L’Internationale (1922) ; L’Intransigeant (1923) ; Excelsior Dimanche (1923-24) ; Dimanche-Illustré (1924-27) ; L’Œuvre (1924-41) ; Le Progrès Civique (1926) ; Le Populaire (1927) ; Ric et Rac (1929-40) ; Almanach des Gourmands (1931) ; Marianne (1932) ; Cadet Rousselle (1934) ; L’Auto (1937-38) ; Le Merle (1939) ; Paris Toujours, Je Suis Partout (1941) ; L’Atelier (1941-43) ; Les Lettres Françaises (1946-48) ; Paysage (1947) ; Aux Écoutes (1948-58) ; Pan (1949) ; Le Reconstructeur du Nord et de l’Est, Le Petit Journal, Scaramouche, L’Appel, La Lanterne.
Un portrait peint : la trace dans l’autre art
Enfin, un écho supplémentaire le relie au monde des peintres : le critique d’art Georges Turpin cite un Portrait de Paul Bour réalisé par le peintre Maurice Asselin, signe que Bour n’est pas seulement un nom au bas des dessins, mais une figure repérable, assez installée pour passer du papier journal à la toile, et du trait satirique au regard d’atelier.





