Arsène Brivot (1898-1977), alias Arvot-Brisène, dessinateur “public” et passeur d’humour
Arsène Brivot (né le 16 février 1898 à Saint-Jean-de-Losne, mort le 31 décembre 1977 à Clermont-Ferrand) fut un artiste complet: peintre, humoriste, graveur sur bois, illustrateur et aquafortiste. Dans la presse comme dans l’édition, il a promené une même silhouette: un trait au service de l’efficacité, une malice sans pose, et une capacité rare à parler à tous sans baisser la barre du goût.
Origines, formation et identités multiples
Originaire de Saint-Jean-de-Losne, Brivot est passé par l’enseignement artistique (notamment à l’Atelier Lucien Simon) et a très tôt fréquenté les réseaux d’expositions et de sociabilités du dessin. Il signe sous plusieurs noms, dont Arvot-Brisène (et variantes), et ses amis le surnomment “Seny”. Cette pluralité de signatures n’est pas un simple jeu de masques: elle accompagne une pratique souple, capable de changer de registre, de ton ou de format selon la commande, le support… ou l’humeur du jour.
Un homme d’ateliers, de salons et de sociétés
Brivot appartient aux milieux structurés du dessin et de l’art: Société des dessinateurs humoristiques, Société des artistes français, et une présence régulière dans les salons où le crayon se mesure au public. Il expose dès l’après-guerre et s’inscrit durablement dans la vie des Humoristes, y compris du côté des Humoristes sportifs.
Son profil d’aquarelliste et d’illustrateur s’affirme aussi dans l’édition: il accompagne des textes et des écrivains variés, et illustre de nombreux ouvrages, passant du portrait-charge à l’illustration littéraire, du trait mordoré du burin à la fluidité de l’encre.
Au “Canard” (1922-1923): une présence brève, bien dans la veine
Brivot collabore à “Le Canard enchaîné” sur une période resserrée, de 1922 à 1923. Ces années sont celles où le journal, déjà installé, continue de consolider son bestiaire graphique: le dessin y doit être immédiatement lisible, mordant sans s’empêtrer, et assez nerveux pour danser avec la légende. Brivot arrive avec un atout reconnu: la maîtrise de la légende et du personnage, ces bonshommes à la silhouette tenue, dont l’expression fait la moitié du travail et la phrase le reste.
Un jugement de l’époque résume bien sa “signature”: un humour dit “public”, assimilable par tout le monde, sans être pour autant plat ou automatique. Chez lui, le sourire vient souvent d’une évidence savamment construite: la figure d’abord, la chute ensuite, et l’ensemble tient comme un petit mécanisme de précision.
Un dessinateur de presse au long cours
Si sa halte au “Canard” est courte, Brivot est, plus largement, un professionnel massif de la presse illustrée, présent dans une constellation de titres humoristiques, généralistes et spécialisés. Il publie notamment dans des journaux et revues où le dessin de commentaire, la caricature et la chronique en images occupent une place centrale, de la presse quotidienne aux hebdomadaires satiriques, des suppléments illustrés aux revues d’humour.
À côté du dessin d’actualité, il pratique aussi le dessin “de société”: travers, petites comédies humaines, ridicules de salon, tics de langage. Sa force est de pouvoir faire exister une scène en quelques lignes, sans surcharger, et de laisser à la légende le soin d’achever la mise en boîte.
Illustrateur d’écrivains et artisan des livres
Parallèlement à la presse, Brivot illustre de nombreux ouvrages. Il accompagne des auteurs de premier plan et contribue à ce grand âge de l’illustration française où un livre se reconnaît aussi à sa page dessinée, à son frontispice, à ses vignettes. Cette activité exige un autre tempo que la caricature: moins de coup de fouet, davantage de tenue, de composition, de respiration. Brivot sait faire les deux, et c’est sans doute ce va-et-vient qui donne à son humour une élégance d’atelier plutôt qu’un simple réflexe de rédaction.
1948-1977: le capitaine du journal “L’Humour”
En 1948, Brivot prend une place singulière: il devient le directeur du journal “L’Humour” et le conduit jusqu’à sa mort (sous ses divers titres). Ce rôle n’est pas seulement administratif. Il y agit comme passeur: il fait revivre certains grands dessinateurs, corrige, conseille, pousse des jeunes, entretient une certaine idée de la tenue du dessin et de la légende. Autrement dit: il ne se contente pas d’être un crayon, il devient aussi un atelier vivant, une petite école informelle du trait et du gag.
Il écrit également de courts textes humoristiques, prolongeant la logique de la légende: aller droit au but, ne pas “expliquer” le rire, et garder à l’ironie son pas de côté.
Style et réputation
On décrit Brivot comme un dessinateur capable de passer d’un style à l’autre, sans dogme graphique, en fonction de l’inspiration du jour. Cette plasticité peut dérouter les collectionneurs de “manières” fixes, mais elle correspond parfaitement à la presse: servir le propos, trouver la bonne silhouette, faire monter la chute, puis disparaître derrière l’efficacité du gag.
Son humour, souvent qualifié de direct et accessible, n’empêche ni la délicatesse ni l’intelligence du raccourci. Le lecteur n’est pas pris à partie: il est invité. Et c’est peut-être là le secret de ces dessinateurs qu’on relit sans effort: ils savent que la meilleure satire n’est pas forcément celle qui crie le plus fort, mais celle qui tombe juste.
Repères
- Naissance: 16 février 1898, Saint-Jean-de-Losne
- Décès: 31 décembre 1977, Clermont-Ferrand
- Activités: peintre, humoriste, graveur sur bois, illustrateur, aquafortiste
- Collaboration au “Canard enchaîné”: 1922-1923
- Direction de “L’Humour”: à partir de 1948, jusqu’à sa mort
- Signatures: notamment Arvot-Brisène (et variantes)






