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Les crayons du Canard

Roger Desjouis , dit Desjo-Re, Kb2, Kb²

1904 - 1987

Sa participation au Volatile : 1937 à 1965

Kb² (R.E. Desjouis), « formule » du dessin d’humour

Kb² est le pseudonyme adopté par R.E. Desjouis, qui signe de son nom jusqu’en 1935 avant de devenir, sous cette signature énigmatique, l’un des crayons réguliers du Canard enchaîné jusqu’en 1965. Né « dans la première décade du XXe siècle », on le dit fils d’une personnalité « occupant de hautes fonctions ». Le reste de sa trajectoire se lit comme un inventaire à la Prévert, mais tenu au cordeau par une obsession: rester libre.

Du compas d’architecte au crayon indépendant

Desjouis achève des études d’architecte en 1929, puis enchaîne les métiers avec une vitesse qui ressemble moins à l’inconstance qu’à une quête d’air. Il est successivement (et parfois tout cela dans une même vie, sans changer de stylo): représentant (il est même question de machines « à découper le jambon », et, selon ses propres mots, de balances automatiques), directeur d’une salle de cinéma d’avant-garde, garçon de café, et enfin photomonteur de magazines. Dans l’entretien de 1947, il ajoute encore à la liste le monteur photographe et l’inspecteur des sites, avant de conclure, presque soulagé, qu’il est arrivé à « ce maniement du crayon » qui lui convient parce qu’il le laisse indépendant.

Cette indépendance n’a rien d’un confort: Kb² souligne aussi l’envers du métier, « de très fatigants efforts » et la contrainte de travailler pour des rédacteurs en chef qui, parfois, « ignorent le public ». Une servitude, dit-il, rare mais bien réelle.

Pourquoi « Kb² » ? Une signature qui a l’air d’une équation

Son pseudonyme amuse autant qu’il intrigue: « K » comme le potassium, « K…abale », et ce « ² » qui donne au tout une allure de formule. Kb² coupe court: il n’est “ni chimiste ni alchimiste”. L’important n’est pas la science, mais la formule au sens d’une manière: se fabriquer une identité graphique et mentale, compacte, reconnaissable, transportable.

Une autre piste circule: le “Kb”, qui renverrait au sommet Kb, « second toit du monde après l’Everest ». L’hypothèse est avancée comme une question, et dit bien le personnage: un pseudonyme qui marche, au propre comme au figuré.

La rencontre décisive avec W.N. Grove

Kb² se lance dans le dessin humoristique après une rencontre avec W.N. Grove. Dans l’entretien de 1947, il se montre d’ailleurs d’une fidélité sans détour: parmi les dessinateurs qu’il estime (Bellus, Monier, Aldebert, Vija, Laforge, Effel…), sa plus grande admiration va à Grove, « à qui deux générations de dessinateurs doivent presque tout », un « chercheur » qui « se renouvelle sans cesse ». Et il conclut avec un slogan qui résume une filiation: « Grove for ever! »

Prosper (1937) et l’art du “plus éphémère”

Kb² est présenté comme le recordman du strip le plus éphémère de la presse avec Prosper, en 1937. L’expression est savoureuse: elle suggère un gag qui surgit, claque, disparaît… et laisse quand même une trace, précisément parce qu’il a vécu peu. Un feu bref, mais bien photographié par la mémoire des lecteurs.

Au Canard enchaîné (1937/1938-1965): un crayon qui ne lâche pas la presse

Kb² « ne quitte plus la presse » et s’inscrit durablement au Canard, où sa collaboration est donnée de 1938 à 1965 (avec, en amont, l’année 1937 associée à Prosper). Son parcours au journal s’insère dans une galaxie de dessinateurs qui, à la même époque, inventent des manières nouvelles: simplifier, condenser, frapper juste, et ne pas réduire le dessin à l’ornement.

Dans l’entretien de 1947, Kb² rappelle d’ailleurs qu’il ne considère pas la caricature comme un simple “numéro” décoratif: même s’il parle d’« art mineur », il insiste sur sa puissance, notamment pour exprimer des convictions politiques. Le dessinateur n’est pas, à ses yeux, un “rigolo” qu’on convoque pour faire joli en marge d’un texte: il revendique une place d’auteur.

Un dessinateur marcheur: tourisme pédestre, auto-stop, auberges et chalets

Le portrait a des semelles: Kb² est un fervent du tourisme pédestre et de l’auto-stop. Il réalise « la plupart de ses dessins » non pas dans le confort d’un atelier, mais dans des chalets de montagne ou des auberges de jeunesse. On imagine le carnet ouvert sur une table de bois, le trait pressé par le départ du prochain car, et cette idée fixe: ne pas s’installer, donc rester disponible au monde.

Dans l’entretien, on apprend aussi que sa jeune femme l’appelle simplement “Kb”. Le carré, dans “Kb²”, ne vit peut-être que sur la page imprimée.

Expositions, autres journaux, autres terrains

Kb² expose à Satire 37. Il publie dans une longue liste de titres, souvent au cœur de la grande presse illustrée et des journaux d’humour de l’entre-deux-guerres, puis de l’après-guerre. Il est aussi indiqué comme auteur de scénarios pour Les Pieds Nickelés dans les années soixante-dix.

Un vœu inattendu: commenter le football

L’entretien de 1947 glisse une note surprenante: Kb² exprime le souhait de devenir un jour reporter technique de football. Le journaliste qui l’interroge s’en amuse: « que de cordes à son arc », ou plutôt « à son violon d’Ingres ». Le vœu dit pourtant quelque chose de cohérent: un dessinateur qui aime la marche, les déplacements, le plein air, et qui rêve de couvrir le mouvement, le jeu, la tactique. Là encore: sortir du bureau, rester au contact.


Dessinateur français, né à Carry-le-Rouet (B.-du-R.). Auteur de fresques au coloris moelleux et frais. Son pinceau, d’une grande délicatesse de touche, se complait trop souvent dans les sujets licencieux. Membre de l’Institut, il a contribué à l’établissement de la nomenclature chimique. On lui doit la détermination de la composition de l’acide tartrique par la fameuse formule : SNCF/SO4 H² = H² O racine de SFIO sur RATP.

Source: Il n’est bon bec que de canard, Extrait de la Vie des Hommes Illustres, décembre 1954

Sources et références

  • Catherine Saint-Martin, Dico Solo, notice « KB² / R.E. Desjouis »
  • Entretien / article sur KB² dans Gavroche, 8 mai 1947

Bibliographie

  • Ric et Rac (1929 & 1936-40)
  • À la Page (1930-32)
  • Marius
  • Jeudi
  • Dimanche Illustré (1931)
  • Marianne (1936-37)
  • Vendredi (1936-38)
  • Junior (1937)
  • L’Auto (1937-39)
  • L’Os à Moelle
  • L’Épatant (1938-39)
  • Le Canard enchaîné (1938-65)
  • Le Merle (1939)
  • Almanach Vermot (1939-41 & 1955-56)
  • J Magazine
  • Franc-Tireur
  • Regards
  • Clartés (1945)
  • Gavroche (1945-46)
  • Action (1945-47)
  • Fantasia (1947)
  • L’Équipe
  • Samedi-Soir
  • Almanach Ouvrier Paysan (1949)
  • France-Football (1950)
  • La Presse (1953-55)
  • Paris Humour (1954)
  • Ici Paris (1954)
  • Aux Écoutes (1954-56)

Kb² tel qu'il croit être vu par ses lecteurs 

Gavroche, 8 mai 1947