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Les crayons du Canard

Lucien Noël , dit Noël Noël

1897 - 1989

Sa participation au Volatile : 1920 à 1921

Lucien Noël 

vu par Pellos

Dico Solo, Catherine Saint-Martin, Té.Arte

Lucien Noël (Noël-Noël), du crayon au couplet, et du couplet à l’écran

Repères

Lucien Édouard Noël, plus connu sous le nom de scène Noël-Noël, naît le 9 août 1897 à Paris et meurt le 4 octobre 1989 à Nice. Caricaturiste, chansonnier, acteur, scénariste et réalisateur, il traverse le XXe siècle comme un artiste à tiroirs: un coup de plume, un coup de piano, un coup de caméra. Sa collaboration au Canard enchaîné se situe entre 1920 et 1921, au moment où sa vocation bifurque du dessin vers la scène.

Une jeunesse parisienne, entre clavier et guichet

Né au 55, rue du Temple (Paris, 4e arrondissement), Lucien Noël grandit dans un cadre familial où l’on connaît le travail régulier, celui qui cadence les semaines. Il est le fils de Charles Célestin Noël (marchand de vins, puis employé à la Banque de France) et de Marie Eugénie Mathieu. Élève du lycée Turgot, il apprend aussi le piano, instrument qui deviendra une clé discrète mais décisive: on peut y accompagner des chansons, s’y fabriquer un rythme, et même s’y construire une présence.

Très tôt, il entre à la Banque de France: employé stagiaire du 23 novembre 1914 au 27 août 1917, il mène cette vie de bureau tout en publiant déjà des caricatures. Il est également signalé comme sociétaire des Humoristes, ce qui situe son dessin dans un écosystème artistique organisé, visible, reconnu.

La guerre, puis le retour au trait… et l’appel du micro

Appelé sous les drapeaux, il sert au 2e groupe d’aviation et est démobilisé en septembre 1919. De retour à la vie civile, il devient d’abord dessinateur industriel, avant de se relancer dans le dessin d’humour pour la presse. C’est là, dans cet entre-deux très parisien (un métier “sérieux” pour payer l’atelier, et la satire pour respirer), qu’il collabore au Canard enchaîné, ainsi qu’à L’Humanité, et qu’il publie aussi dans d’autres titres.

Les éléments biographiques le décrivent alors comme un jeune militant socialiste publiant des dessins humoristiques dans Le Canard, Le Populaire et L’Humanité. Mais, déjà, une autre tentation s’installe: celle de la scène. Il essaie de se produire comme chansonnier dès 1920, et commence à chanter aux Noctambules en avril 1921. Il fréquente aussi les goguettes de la Muse rouge, signe d’une sociabilité artistique et politique où la chanson se fait chronique, et parfois contre-chronique.

Du dessinateur au chansonnier: la métamorphose Noël-Noël

À cette période, Lucien Noël glisse progressivement du crayon au couplet. Il devient chansonnier sous le nom de Luc Noël, en proposant des “tableaux chantants”, avant que le pseudonyme Noël-Noël ne s’impose comme une marque. Son art se nourrit alors d’un matériau qu’il connaît bien: les petits faits, les détails du quotidien, les travers ordinaires. Le dessin lui a appris à saisir vite; la chanson lui permet de dérouler.

Il débute aux Noctambules en s’accompagnant lui-même au piano, passe ensuite à La Pie qui chante, et participe, à partir de 1927, aux revues du théâtre de Dix Heures (notamment Ah ! La bonne heure et C’est l’heure exquise). Il écrit et compose sans relâche: Le Chapeau neuf, L’Enterrement, Souvenir d’enfance, La Soupe à Toto, Les Étrennes… et enregistre en 1931 pour la firme Odeon. Son comique est souvent fait de précision domestique: une scène minuscule, un angle très humain, et cette capacité à faire “tenir” une époque dans une situation.

Le cinéma: Adémaï, puis une carrière d’auteur-acteur

Dès 1930, il amorce une carrière au cinéma avec La Prison en folie. Il enchaîne ensuite, parmi d’autres, Mistigri (1931), Monsieur Albert (1932), L’Innocent (1937, dont il est aussi coscénariste) et Sur le plancher des vaches (1940, dont il est scénariste).

Une étape décisive survient quand Paul Colline lui confie le rôle d’Adémaï (Adémaï Joseph), personnage de petit paysan à la fois naïf et malin, embarqué dans des mésaventures à répétition. Noël-Noël l’incarne dans Adémaï aviateur (1934), Adémaï au Moyen Âge (1935) et Adémaï bandit d’honneur (1943). Le dernier film de la série avec lui dans le rôle principal est tourné dans la région de Saint-Paul-de-Vence, dans un contexte de guerre et de zone d’occupation italienne, avec Gilles Grangier à la réalisation. Un quatrième volet, Adémaï au poteau-frontière (1949), sera tourné sans lui, le personnage étant alors incarné par Paul Colline.

Cette trajectoire d’auteur-interprète correspond bien au portrait qu’on fait de lui: un artiste “touche à tout” qui passe du dessin à la légende, du couplet au cinéma, et qui semble vouloir additionner les arts plutôt que choisir un seul territoire.

Scène, radio, Occupation: une carrière qui continue malgré les interdits

Devenu vedette, il se produit plus rarement sur scène, mais, avec l’appui de son imprésario Émile Audiffred, il passe à l’ABC chaque fin d’année à partir de 1934. D’octobre 1938 jusqu’à la guerre, il anime aussi une émission sur Radio-Cité aux côtés de Saint-Granier.

Il continue de se produire pendant l’Occupation (notamment à l’ABC, à L’Européen, au théâtre de Dix heures, à L’Étoile), avant d’être interdit par les nazis après avoir chanté Vaches de boches. Cet épisode rappelle que, chez Noël-Noël, l’humour n’est pas qu’une mécanique de divertissement: il peut devenir un geste qui expose.

Après-guerre: rôles marquants, reconnaissance, réalisation

En 1945, il tient le rôle de Clément Matthieu dans La Cage aux rossignols, tout en participant au scénario et aux dialogues. Ce film inspirera plus tard une reprise devenue célèbre, Les Choristes (2004).

Son rôle le plus marquant reste souvent celui du Père tranquille (1946): un Français moyen, apparemment absorbé par ses orchidées, mais en réalité chef d’un réseau de Résistance. Le film lui permet de quitter un moment le strict registre comique. Il y revient néanmoins très vite, notamment avec Les Casse-pieds (1948), qui lui vaut le prix Louis-Delluc.

Il réalise ensuite La Vie chantée (1950), film-vitrine où il interprète plusieurs de ses succès (parmi lesquels Les Polonais, Le Maladroit, Les Départs, Mariage mondain, Le Rasoir du coiffeur). Il signe également des scénarios et continue à jouer, notamment dans À pied, à cheval et en voiture (1957), puis À pied, à cheval et en Spoutnik (1958, dont il est scénariste). Il apparaît encore dans Messieurs les ronds-de-cuir (1959) et dans Les Vieux de la vieille, où il partage l’affiche avec Jean Gabin et Pierre Fresnay, composant un personnage mêlant malice et tendresse.

Retour à l’écriture: télévision et jeunesse

Sans quitter totalement l’invention, il tente encore une aventure tardive: en 1971, il coécrit et coréalise avec Jean Dréville la mini-série Le Voyageur des siècles, diffusée sur la première chaîne de l’ORTF, dont l’intrigue s’inspire d’une machine à remonter le temps. Il en tirera ensuite une adaptation romanesque destinée à la jeunesse, dans la Bibliothèque verte.

Vie privée, mariages, dernières années

Lucien Noël épouse en premières noces, le 27 mars 1920, Berthe Marie Geneviève Cornet, employée de banque; puis, en secondes noces, le 3 décembre 1930, Isabelle Jeanne Julie Rosa Lavallée. Il s’éloigne progressivement des plateaux et finit par mener une vieillesse paisible à Nice, où il meurt en 1989. Sa sépulture se trouve dans le cimetière d’Ambernac (Charente), commune où il avait acheté le château de Praisnaud, lié aux origines de son épouse.

Le Canard enchaîné, 1920-1921: une collaboration charnière

Sa présence au Canard enchaîné (1920-1921) correspond à un moment de bascule: l’ancien employé de banque et dessinateur de presse devient progressivement un homme de scène, puis un auteur-acteur de cinéma. Cette période n’est pas un simple “avant”: c’est un atelier. Le dessin y aiguise le sens du raccourci, de la silhouette, du personnage. Et l’on retrouve, plus tard, dans ses chansons et ses rôles, la même science du trait efficace: une observation rapide, une humanité immédiate, et cette capacité à faire rire sans gonfler la voix.

Sources et références

  • Notice biographique (Wikipédia) consacrée à Noël-Noël (Lucien Édouard Noël).
  • Notice (Le Maitron) sur Lucien Noël (militant socialiste, dessinateur, chansonnier).
  • Dico Solo, notice Noël Noël / Lucien Noël (Catherine Saint-Martin) p 471.