Enzo Manfredini (Modène, 1887 – Rome, 1922), dessinateur italien “parisien d’adoption”
Enzo Manfredini est un dessinateur, caricaturiste et lithographe italien, particulièrement remarqué durant la Première Guerre mondiale. Installé à Paris à partir du début des années 1910, il y mène l’essentiel de sa vie d’artiste, avant de revenir en Italie, malade, où il meurt à Rome en 1922. Il est notamment collaborateur du Canard enchaîné en 1916, au cœur des années de guerre, et devient membre des Humoristes, signe d’une reconnaissance réelle dans le milieu de l’illustration satirique.
NB : les notices ne concordent pas toujours sur certains détails biographiques (par exemple l’année de naissance, parfois donnée 1887, parfois 1889). Les éléments ci-dessous s’appuient sur la notice du “Dico Solo” (Catherine Saint-Martin) et sur les informations biographiques (Wikipédia).
De Modène à Paris : une installation précoce et une carrière de presse
Né à Modène, Manfredini se forme en Italie (notamment à Turin, selon la notice biographique transmise), puis arrive à Paris vers 1911. Il s’y établit durablement, ouvrant un studio graphique (souvent présenté comme l’“Atelier Manfredini”) et travaillant aussi pour la publicité (réclame, affiche). Il fréquente un temps les milieux futuristes, mais s’en éloigne rapidement.
Très vite, la presse illustrée parisienne l’absorbe : son trait plaît, son regard singulier accroche, et il publie de façon régulière dans de nombreux titres satiriques et illustrés. La notice du “Dico Solo” insiste sur un dessin vivant, enjoué et drôle, parfois caustique, riche en personnages “bien campés” et en mises en scène recherchées. Elle souligne aussi sa pratique de lithographies magnifiquement mises en couleurs.
1914-1918 : la guerre, l’engagement, et un trait affûté
Quand la guerre éclate, Manfredini choisit de s’engager aux côtés des soldats français : il est volontaire dès août 1914 (brancardier, selon les éléments fournis). Il est gravement blessé près de Reims à la fin de 1914 et en garde des séquelles. Malgré cela, il poursuit ses collaborations et produit une œuvre abondante, mêlant, d’après la notice biographique, causticité et tendresse, avec un trait net et précis salué à l’époque (notamment par André Salmon en 1917).
Manfredini et Le Canard enchaîné (1916)
On signale explicitement sa présence dans l’écosystème de la presse satirique qui gravite autour de la Grande Guerre, et sa collaboration au Canard enchaîné en 1916. Cette date le situe dans une période où le journal, nourrit sa verve d’un mélange de rire noir, d’observation quotidienne et de satire du temps de guerre. Manfredini y apporte un dessin déjà “fait”, immédiatement lisible, construit pour la page imprimée, avec ce sens du personnage planté en quelques lignes, et de la scène qui raconte avant même la légende.
Principales collaborations de presse : un carnet de bal (presque) hebdomadaire
Manfredini publie dans de très nombreux journaux et magazines illustrés. On le retrouve notamment dans :
- Le Sourire (dès 1911)
- Le Courrier français (dès 1911)
- Pages folles (env. 1911-1914)
- Le Rire (env. 1911-1919)
- L’Indiscret (env. 1912-1913)
- Le Pêle-Mêle (env. 1912-1915)
- Fantasio (env. 1913-1916)
- Le Journal (env. 1914-1916)
- Le Pays de France (env. 1914-1917)
- Pages de Gloire (1915)
- La Baïonnette (pendant la guerre, avec des dessins réputés parmi ses plus marquants)
- Le Régiment (env. 1915-1916)
- Excelsior (env. 1916)
- Le Carnet de la Semaine (env. 1916-1917)
- Je sais tout (env. 1917)
- Almanach Vermot (env. 1917)
- et, côté italien, divers titres mentionnés (presse et périodiques satiriques).
Cette liste donne la mesure : Manfredini circule entre humour mondain, satire de l’actualité, presse illustrée et production de guerre, avec une vraie capacité d’adaptation, sans dilution de son identité graphique.
Œuvre, livres, et reconnaissance
Outre la presse, Manfredini réalise des albums de lithographies et des recueils de dessins. Les éléments fournis mentionnent notamment un album de “Dessins et légendes 1914-18”, et un volume de “mémoires dessinés” publié en 1918. Il illustre également des ouvrages, et se trouve très lié à Gaston de Pawlowski, dont il aura illustré plusieurs recueils.
Il est élu membre des Humoristes, reconnaissance importante dans le paysage artistique de l’époque, et la notice du “Dico Solo” insiste sur la qualité plastique de son travail, notamment dans la couleur lithographiée.
Dernières années
Fragilisé par ses blessures de guerre, Manfredini revient en Italie et s’installe à Rome, en maison de santé, où il meurt en mars 1922. Son parcours, court mais dense, laisse l’image d’un artiste étranger devenu parisien de papier, enrôlé dans la guerre, et resté fidèle à une forme d’élégance satirique : un trait propre, une scène bien réglée, et la petite torsion qui fait rire tout en piquant.
Manfredini est l’un de ces collaborateurs “passerelles” qui relient le Canard aux grandes fabriques d’images de 14-18. Sa contribution de 1916 s’inscrit dans une constellation de titres satiriques et illustrés où l’on apprend à rire en temps de guerre, non pas pour oublier, mais pour tenir.






