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Les crayons du Canard

Maurice Henry

1907 - 1984

Sa participation au Volatile : 1938 à 1952

Maurice Henry 

Vu par lui-même

Le Petit Journal, 11 février 1937

Maurice Henry (1907-1984), le surréaliste au trait trop sage pour des idées si peu sages

Identité, dates et “palette” de métiers

Maurice Henry naît le 29 décembre 1907 à Cambrai et meurt à Milan à l’automne 1984 (dans la nuit du 21 au 22 octobre, selon les notices parues alors). Poète, journaliste, reporter, critique, décorateur, dialoguiste, photographe, scénariste, réalisateur, peintre, parfois bédéiste, il touche à tout, mais s’impose surtout comme dessinateur humoriste, avec une veine volontiers sombre, inquiétante, bâtie sur le décalage entre un trait “classique” et une idée qui fait trébucher la réalité.

Des débuts d’écriture au surréalisme “de combat”

Formé entre Cambrai, Lille, Rennes puis Paris (où il passe par la faculté de droit), il entre jeune dans le journalisme et la critique. À la fin des années 1920, il travaille notamment dans des rédactions et à l’agence Havas, tout en publiant textes et dessins.

Au tournant des années 1930, il fréquente des cercles d’avant-garde, puis rejoint l’orbite surréaliste. Il participe activement aux expositions du mouvement entre 1932 et 1951 et se fait connaître comme un inventeur d’images mentales: un monde où l’on passe, du merveilleux à l’horrible, avec une logique de rêve qui finit en piège.

Le dessin de presse comme “métier”, le Canard comme escale

À partir de 1937, il gagne sa vie principalement avec le dessin de presse et expose au salon “Satire”. Il collabore à de nombreux titres, dont Le Canard enchaîné.

On retiendra surtout sa présence au Canard en deux temps:

  • Avant-guerre : collaboration attestée de 1938 à 1940.
  • Après-guerre : retours repérables en 1951-1952.

Et c’est là que le Canard, dans son hommage du 24 octobre 1984, offre une pirouette involontairement révélatrice: il écrit que “ce surréaliste avait collaboré au Canard avant la guerre et nous rendait visite de loin en loin”, autrement dit… il évoque l’“avant-guerre” sans s’embarrasser des dates, et laisse dans le flou ce qui fut aussi un retour après 1945. Le journal, d’un coup de plume, transforme une collaboration documentée en simple apparition de fantôme poli.

Militantisme, signatures, lignes de fuite

Il adhère brièvement au Parti communiste (cellule “Livre-Papier”) et milite à l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires avant de s’en éloigner rapidement. Il signe aussi, en 1935, le manifeste du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Sa trajectoire politique ressemble à son humour: une série d’embranchements, puis une sortie par la porte dérobée, sans renier l’élan initial.

Cinéma, radio, livres: les “gagmen” et les autres machines à rêver

Pendant les années 1940, il travaille pour le cinéma comme gagman et scénariste (avec un compagnon de route comme Artür Harfaux au sein des “Gagmen associés”), et participe à des adaptations et scénarios, dont des univers populaires (les Pieds-Nickelés reviennent souvent dans son orbitre), tout en continuant à publier des dessins.

Il écrit également pour la radio, y compris des émissions destinées aux enfants. Après-guerre, il développe aussi des personnages et récits en images (Fortuné Paleron, Friquet), et multiplie les formes: collages, papiers froissés, masques, parodies de BD, cartes postales.

Côté livres, il illustre et dialogue avec des auteurs très divers (O. Henry, Alphonse Allais, Oscar Wilde, Jean Dutourd, Luc Étienne, Jean Diwo, etc.) et publie de nombreux recueils.

Une esthétique: l’absurde au cordeau

Le Monde, au moment de sa mort, insiste sur ce paradoxe central: un trait net, presque “sage”, et des inventions qui jettent la panique dans la bienséance du monde. Bruno Frappat parle d’une “fraîcheur féroce”, rappelant que l’artiste se disait volontiers “humoriste noir”, non par pose, mais parce qu’il exprimait des angoisses anciennes.

Henry construit un univers “dangereux voire angoissant”, où la blague est parfois une porte qui se referme.

Après 1968: la peinture, l’Italie, la reconnaissance

À partir de 1968, il se consacre presque exclusivement à la peinture (sans cesser d’exister comme “réservoir” d’images pour la presse et les expositions). Il reçoit plusieurs distinctions, dont un prix lié à l’humour noir (années 1970) et le Grand Prix national des arts graphiques (début des années 1980). Il est membre de l’Académie Charles-Cros.

Le Canard, lui, se contente de saluer le “rêveur” et cite l’un de ses ouvrages, Voyages du rêveur, avant de conclure: “Alors, bon voyage, rêveur…” Une sortie de scène minimaliste pour un homme qui, toute sa vie, aura fabriqué des sorties de route.

 

Sources et références

  • Le Maitron, notice “HENRY Maurice”.
  • Wikipédia, article “Maurice Henry”.
  • Le Monde, 23 octobre 1984, brève nécrologique “Mort du graphiste Maurice Henry”.
  • Le Monde, 24 octobre 1984, Bruno Frappat, “La mort du graphiste Maurice Henry: Fraîcheur féroce”.
  • Catherine Saint-Martin, Dico Solo, entrée “HENRY Maurice”, p 315.
  • Le Canard enchaîné, 24 octobre 1984, brève d’hommage “Maurice Henry”.