Serge (Maurice Féaudierre)
Signant Serge, Maurice Féaudierre (né le 14 décembre 1901 à Paris, mort le 26 octobre 1992 à Paris) occupe une place à part dans la galaxie des dessinateurs-journalistes : un caricaturiste au style propre, qui ne se coule dans aucune mode graphique de son temps, et dont la curiosité touche à tout. Au Canard enchaîné, il collabore de 1960 à 1962, apportant une signature singulière, nourrie d’un long compagnonnage avec la scène, la presse, et surtout la piste.
Un parcours d’images et de mots
Serge est décrit comme dessinateur et caricaturiste, mais aussi illustrateur, journaliste et chroniqueur, avec un tempérament de jongleur et de manipulateur (au sens artisanal : l’homme qui fabrique, combine, anime). Il expose aux Parlementaires et au Salon de l’Araignée, ce cercle où l’on tisse une œuvre patiemment, fil après fil, loin des effets faciles.
Sa vie privée, elle, se laisse entrevoir par touches administratives très précises : né au 129 avenue de Wagram, il se marie une première fois en 1928 (alors domicilié 28 rue Cardinet), divorce en 1931, puis se remarie en 1936 (à l’époque 73 rue de Prony).
La guerre au Quercy et « le plus petit cirque du monde »
Durant la Seconde Guerre mondiale, Serge passe quatre ans dans un village du Quercy. Il y conçoit une entreprise aussi modeste qu’extraordinaire : le plus petit cirque du monde, composé de peintures et de découpages. On y trouve une piste, des clowns minuscules, des fauves lilliputiens, des acrobates réduits à l’essentiel… et, surtout, une idée fixe : recréer en miniature l’esprit du voyage et de la représentation. L’ensemble, fait de modèles réduits et de portraits des « plus glorieux gens du voyage », est exposé à Paris en 1945.
Historien du cirque, voix de radio, homme-orchestre
Serge devient animateur de radio, au point d’être surnommé « l’Historien du cirque ». Son activité d’auteur s’accompagne d’un trait constant : il dessine avec ses textes, illustre ses propres écrits et travaille volontiers à la première personne. Il signe plusieurs ouvrages, et l’on retient notamment son rôle d’illustrateur pour une Histoire du music-hall (1954). On lui attribue aussi un album intitulé « Mes dessins » (1925), indice d’une vocation ancienne et déjà structurée très tôt.
Figure connue de la vie parisienne, il est associé à des cercles et salons artistiques, et collabore à une quantité de titres de presse. D’après ses propres déclarations, il se serait même essayé à des vies de coulisses et de scène, comme avaleur de sabre, chanteur mondain, dompteur de crocodile ou ventriloque : autant d’avatars possibles qui disent, au minimum, une fascination durable pour l’art du numéro, le vrai et le faux, l’adresse et le récit.
Une silhouette publique : « Master Serge »
Les portraits contemporains insistent sur un personnage : Master Serge, mondain et artiste, avec un goût du jeu et de la conviction. On le décrit comme un phénomène capable de faire passer, dans ses dessins, un talent d’acrobate et d’homme-serpent, non par contorsion gratuite, mais par la certitude qu’il met « en tout ». Un autre regard souligne son apparence de gamin : visage imberbe, minceur, allure de Parisien qui s’amuse, et fait de l’amusement une discipline.
Au Canard enchaîné (1960-1962)
Quand Serge arrive au Canard, il apporte cette double pâte : l’œil du caricaturiste et la mémoire du spectacle vivant. Son dessin, volontairement personnel, refuse l’uniforme des écoles et des recettes. Sa contribution au journal s’inscrit dans une trajectoire plus large, faite de presse, de livres, de radio, et d’un compagnonnage obstiné avec le cirque, cet art où l’on tombe parfois, mais où l’on recommence toujours devant le public.







