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Les crayons du Canard

Valère Sorokine , dit Soro

1914 - 1981

Sa participation au Volatile : 1944 à 1951

Soro 

par lui-même

Dico Solo, Catherine Saint-Martin – Té.Arte

Olaf (Valère) Sorokine, dit Soro

Soro (Olaf, Valère Sorokine), qui signe aussi OL. SORO, naît en Russie au tournant des années 1910 (les notices divergent sur le lieu et l’année), et meurt à Paris le 30 juin 1981. Dessinateur d’humour et d’actualité, il aura longtemps promené sa silhouette de « myope à grosses lunettes » (souvent auto-caricaturée), avant de préférer, à la Libération, l’écriture « auto-illustrée » aux simples légendes posées sous un trait.

De l’exil russe aux ateliers parisiens

Issu d’une famille de grande bourgeoisie russe, Soro quitte la Russie à la fin de l’enfance, dans le sillage de la révolution. Avec sa mère, il traverse l’Asie au cours d’un long périple, puis passe par Varsovie. Envoyé ensuite étudier en France, il fréquente un lycée à Vendôme, avant de gagner Paris. Là, il se rapproche du milieu artistique de Montparnasse.

Ce détour par les bancs d’école ne le mène pas vers la carrière « rangée » qu’on lui imagine: il se dit heureux de tourner le dos à un avenir d’administrateur colonial auquel sa mère le destinait. Très tôt, il s’installe dans une vie où les journaux et les bistrots font cause commune, « mettant le vin blanc à l’honneur » et ne dissociant plus l’encre du comptoir.

Premiers dessins, presse d’avant-guerre et salons

Sans ressources, il tente sa chance par l’image. Ses premiers dessins paraissent dans la presse au milieu des années 1930, et il collabore alors à divers titres (notamment Marianne, puis La Flèche, L’Ordre, Vendredi, etc.). Il expose à deux reprises au salon Satire (1936-1937), ce qui l’inscrit dans une génération où l’on se bat autant pour la place du dessin dans le journal que pour la dignité du dessin tout court.

Captivité, Sud, « jeunesse » et salons de guerre

La guerre le rattrape: fait prisonnier en 1940 puis libéré, il se fixe dans le Sud, à Marseille puis à Lyon, et publie « çà et là » selon les possibilités du moment. Il participe aux salons Humour 41 et Humour 42, et, durant la guerre, devient aussi bédéiste dans des journaux pour la jeunesse, tout en poursuivant un travail de conteur et de chroniqueur-illustrateur. Après l’invasion de la zone libre, il se replie dans l’Indre.

Le Canard enchaîné (1944-1951): le dessin, et l’après-dessin

À la Libération, Soro reparaît en pleine lumière médiatique: correspondant de guerre en 1944-1945, il est sollicité par de nombreux titres (dont L’Aube, Franc-Tireur, La Bataille, Carrefour…), et collabore « bien sûr » au Canard enchaîné. On retiendra cette présence au journal dans les années 1944-1951 (avec une continuité particulièrement marquée à la Libération, puis un retour en 1951).

Son rapport au métier dit beaucoup de son tempérament: il explique avoir découvert, un jour où il rédige un papier de cinquante lignes, que c’était « beaucoup plus facile » que d’inventer une légende d’une seule ligne et d’y ajouter un dessin. Conclusion: il continue. À la Libération, il produit ainsi largement de l’écrit auto-illustré, forme hybride où la phrase n’est pas un simple prétexte, mais une pièce de mécanique humoristique à part entière.

Dans cette veine, il co-signe en 1952 « Les Robinsons de Bandol » avec Yvan Audouard et Marcel E. Grancher, signe d’un humour qui se partage volontiers, comme une table de café, tant qu’on laisse au trait le droit de répondre.

Une poétique de la concision: caricature = journalisme

Dans un entretien publié en 1947, Soro revendique une parenté directe entre caricature et journalisme: même arbre, mêmes exigences, « concision, netteté, simplicité ». Il défend aussi le dépouillement du trait moderne, nourri autant par les contraintes techniques de reproduction que par une tendance générale des arts à l’épure. Il insiste: cette « simplicité » cache, en réalité, « un gros travail ».

Il y glisse un détail savoureux et très concret: son premier dessin publié, en 1933, lui est payé 75 francs, dans Gringoire (avec un « horresco referens… » qui vaut petite grimace rétrospective). Depuis, dit-il, il cherche à améliorer son coup de crayon, tout en aspirant à écrire de « vrais bouquins »: il a des idées, un éditeur même, mais redoute que son « défaut de courage » n’empêche ces projets de voir le jour. L’article, taquin, souhaite simplement que cette hésitation ne prive pas les lecteurs de ses personnages aux yeux immenses.

Un tempérament: placidité, ironie, sensibilité cachée

Les portraits de contemporains soulignent chez lui une allure lente et placide, un « front de philosophe » sous une toison, des lunettes respectables, et une facilité à se retrouver, sans effort, « à la page des dessins d’humour ». D’autres, tout aussi proches, notent une causticité qui serait celle « de beaucoup de tendres »: un sensible qui se méfie de sa propre sensibilité, la cache, et la transforme en ironie.

Dans ses auto-représentations, Soro apparaît presque comme un personnage récurrent de sa propre œuvre: myope, grosses lunettes, cheveux frisés, manière de rappeler que l’auteur n’est jamais loin, même quand il feint l’effacement.

Au-delà des journaux: affiches, livres, radio, long cours

Outre la presse d’actualité, Soro travaille pour l’illustration et la publicité: il réalise des affiches et des pavés de presse (notamment pour la Loterie nationale). Il illustre aussi des auteurs, parmi lesquels Claude Seignolle et Jacques Sternberg. Il compose des bandes dessinées et, plus largement, des textes humoristiques.

Après la guerre, il mène une longue carrière dans la presse populaire, en particulier à France-Dimanche. Fait notable, il meurt sans avoir demandé la nationalité française, comme si l’exil s’était transformé en domicile sans devenir, administrativement, un « retour ».

Repères

  • Années 1912/1914 : naissance en Russie.
  • Fin de l’enfance : exil, traversée, passage par Varsovie; études en France (Vendôme puis Paris).
  • Milieu des années 1930 : premiers dessins publiés; collaborations à divers titres; salons Satire (1936-1937).
  • 1940-1944 : captivité puis libération; Marseille, Lyon; dessins épars; Humour 41-42; repli dans l’Indre.
  • 1944-1946 : correspondant de guerre; forte activité dans la presse de la Libération; collaboration au Canard enchaîné.
  • 1951 : retour de collaboration au Canard.
  • 1952 : co-signature des « Robinsons de Bandol » (avec Yvan Audouard et Marcel E. Grancher).
  • 30 juin 1981 : décès à Paris.

Sources et références

  • Notice biographique du Maitron: SOROKINE Valère dit SORO.
  • Catherine Saint-Martin, Dico Solo, entrée « Soro », p 611.
  • Gavroche, numéro du 1er mai 1947, entretien/portrait de Soro.

Soro en attente 

vu par lui-même

Gavroche, 1er mai 1947