N° 1729 du Canard Enchaîné – 9 Décembre 1953
N° 1729 du Canard Enchaîné – 9 Décembre 1953
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Vont-ils bruler Unamuno ? par Morvan Lebesque
Unamuno face à la censure franquiste
En décembre 1953, Morvan Lebesque signe l’un de ses textes les plus poignants : un hommage à Miguel de Unamuno, philosophe espagnol que le régime franquiste tente encore de réduire au silence… dix-sept ans après sa mort. Entre cérémonies universitaires expurgées, théâtre censuré et interdits absurdes, Lebesque démonte la mécanique d’une Espagne où l’Église officielle sert de bâillon politique. Un texte magnifique, brûlant, où l’auteur rappelle que bâillonner les morts, c’est d’abord vouloir étrangler la liberté des vivants.
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L’Espagne franquiste au banc des accusés
Avec Vont-ils brûler Unamuno ?, Morvan Lebesque signe l’un de ses textes les plus âpres et les plus vibrants de l’année 1953. Le Canard y met à nu les ressorts d’une Espagne franquiste qui, près de vingt ans après la guerre civile, continue d’étouffer ses propres génies. Miguel de Unamuno, philosophe, écrivain, recteur de l’Université de Salamanque, mort en 1936, reste en 1953 une figure suspecte : trop libre, trop universel, trop chrétien pour les phalangistes, trop humaniste pour les thuriféraires du Caudillo.
Lebesque, qui connaît l’Espagne, ne supporte pas ce qu’il appelle une “théocratie” : un pays où l’Église officielle sert de paravent au pouvoir politique pour étouffer la pensée. L’éloge d’Unamuno a été soigneusement effacé des cérémonies universitaires de Salamanque ; son nom est devenu tabou. L’auteur ne se contente pas d’exposer les faits : il raconte comment un simple spectacle de théâtre où le nom d’Unamuno figurait à l’affiche a suffi à déclencher une censure furieuses des autorités madrilènes, prêtes à interdire une pièce plutôt qu’à tolérer une apparition posthume du philosophe. Le cardinal-archevêque de Madrid — Lebesque le vise directement — agit comme un maître inquisitorial plutôt qu’un guide spirituel.
Un portrait sans complaisance de l’intolérance
Lebesque construit son papier comme une réquisitoire, mais un réquisitoire ardent, grave, presque douloureux. Il ne s’agit pas pour lui de moquer l’Espagne ; il s’agit d’y défendre l’idée d’un humanisme qui ne devrait jamais être livré à la censure ecclésiale ou policière. Il rappelle que d’autres pays ne sont pas exempts de bigoteries politiques : au Canada, George Sand et Balzac sont bannis ; ailleurs, des cardinaux protègent leurs pouvoirs temporels sous prétexte de défendre la foi.
Dans ce tableau sombre, l’Espagne franquiste apparaît comme l’exemple le plus désespérant : une nation où le clergé gras et puissant peut interdire la célébration d’un homme qui, pourtant, incarne le meilleur de l’esprit espagnol. Lebesque fait de cette affaire une parabole : quand une société en vient à bâillonner les morts, c’est qu’elle a cessé de croire à la liberté des vivants.
Unamuno, témoin gênant d’une liberté confisquée
Le texte culmine dans une méditation sur la liberté et l’héritage spirituel du penseur basque. Lebesque cite les paroles d’Unamuno comme un testament : « Si nous mourons, faisons que ce soit une injustice. » La phrase, belle et terrible, devient dans la plume du journaliste un appel à refuser la résignation, la peur et le silence.
L’Espagne de 1953 n’est pas seulement accusée de censure : elle est accusée de trahison envers ce qui fait sa grandeur — la pensée libre, l’orgueil de l’homme, la ferveur de la langue.
Le papier se referme comme un acte de fidélité à Unamuno : « Le reste est silence », mais un silence habité, un silence qui proteste, un silence qui attend qu’un pays retrouve sa voix.
- Au cinéma: Stalag 17 Billy Wilder





