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N° 2265 du Canard Enchaîné – 18 Mars 1964

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34,00 

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Des sous …Carlos ! 

T’empiètes sur le Mexique ! – Viva el Macho ! Viva mexica ! Viva el Presidente sous-developez Mateos ! – La mare aux canards : Un homme stable – La Cour, par André Ribaud – Bordeaux : Le vin de la colère – Cinéma : LE SILENCE d’Ingmar Bergman avec Ingrid Thulin – « Mon voyage vers l’extrême-gaucho » (carnet de bord del Macho) par Gabriel Macé, …

Couac ! propose ses canards de
3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

La Cour

Dans sa chronique La Cour du 18 mars 1964, André Ribaud fait ce qu’il réussit le mieux : transformer une actualité très présidentielle en petite comédie de palais, où le protocole devient une caricature et la géopolitique une affaire de rubans, de panache et de frayeurs d’antichambre. Ici, le “Roi” n’est autre que Charles de Gaulle, et l’on comprend dès la première image à quel point Ribaud tient sa cible par le col de l’hermine : “le Roi monta à Orly dans sa céleste calèche” et s’envola vers le pays des Mexicas. L’avion présidentiel est rebaptisé carrosse, le voyage officiel devient “conquête”, et l’on voit déjà le ressort comique : quand la République s’écrit en majuscules, le Canard la rabat au rang de couronne en carton.

Ribaud installe ensuite un miroir historique qui vaut mise en garde : Napoléon III et le “mirage mexicain”. Il rappelle ce moment où l’Empire français crut pouvoir planter son drapeau au Mexique, au nom d’une influence “bienfaisante”, de débouchés commerciaux et d’une grande politique latine. L’effet est double. D’un côté, l’allusion flatte le goût gaullien pour l’histoire et les “grands desseins”. De l’autre, elle pique : le dernier grand dessein mexicain de la France s’est terminé en fiasco. Sans accuser De Gaulle de rejouer l’expédition, Ribaud suggère qu’une certaine tentation française demeure : confondre grandeur et grandiloquence, stratégie et roman national.

Mais la chronique n’est pas seulement un tableau d’idées, c’est un art de la scène. Ribaud rappelle au passage que la “céleste calèche” n’a pas de portée illimitée : pour atteindre le Mexique, il faut des étapes, des relais, des conditions, et ces conditions ont été “agencées dans les fabriques des messieurs de Washington”. En deux lignes, la mythologie gaullienne de l’indépendance se cogne à la logistique et aux infrastructures du monde réel. Même le Roi a besoin de pistes, d’autorisations, d’un ciel organisé par d’autres. La souveraineté, parfois, commence par une escale.

Puis vient l’épisode algérien, raconté comme une cérémonie d’Ancien Régime : un entretien secret avec Ahmed Ben Bella, décrit comme un “dey”, et un “sacre” que certaines gazettes croient voir dans l’accolade présidentielle. Là encore, Ribaud vise juste : la France a quitté l’Algérie, mais le rituel de puissance reste, et l’Élysée continue de distribuer gestes et signes comme si le centre du monde passait encore par ses couloirs. Le Canard n’a pas besoin de s’indigner : il suffit de changer les mots (“dey”, “sacre”, “prince barbaresque”) pour faire apparaître l’ombre de l’empire sous le vernis diplomatique.

Le plus beau renversement arrive pourtant avec la “clameur endeuillée” du 15 mars. Pendant que le Roi s’envole vers de lointains Mexicas, la France vote, et la Cour tremble. Ribaud met en scène une petite panique d’appareil : des chevau-légers en déroute, des sénéchaux défaits, une cohorte qui “pleure” et “tremble” à l’idée que le Roi parte… et ne revienne pas. Derrière le style, on lit une idée très politique : la Ve République est solide en apparence, mais ceux qui vivent à l’ombre du chef restent dépendants de sa présence, de ses retours, de ses victoires symboliques. Quand les urnes toussent, la Cour s’inquiète.

Cette chronique résume parfaitement l’approche du Canard : refuser le langage du communiqué, dégonfler le prestige par le vocabulaire, et ramener les “grands gestes” à leur mécanique humaine. De Gaulle n’est pas nié, il est rendu lisible, parfois risible, par un jeu de perspectives où l’histoire sert de miroir et où la politique intérieure s’entend dans les couloirs du palais. Un texte court, mais plein de ressorts, qui rappelle que derrière les voyages d’État il y a toujours, quelque part, une Cour qui calcule, qui tremble… et qui compte les bulletins.