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N° 2901 du Canard Enchaîné – 2 Juin 1976

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Atomes à vendre

Juin 1976 : la France vient de signer avec Pretoria le contrat Koeberg, première centrale nucléaire exportée par Framatome. Dans « Pas d’apartheid dans les affaires… », Claude-Marie Vadrot démonte ce marché en or avec un régime d’apartheid blanc qui fournit l’uranium, reçoit la centrale… et expédie ses déchets à la Hague. Au passage, Paris courtise aussi l’Iran du Shah pour une « centrale baladeuse » sur la Caspienne. Entre contrats fabuleux, plutonium en bonus et France-poubelle, la « société libérale avancée » de Giscard prouve qu’en matière d’atome, la morale reste strictement optionnelle.

Couac ! propose ses canards de
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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Atomes pour les Blancs, déchets pour les autres

Avec « Pas d’apartheid dans les affaires… », Claude-Marie Vadrot tombe en plein cœur du printemps nucléarisé de Giscard. Nous sommes en juin 1976 : quelques jours plus tôt, la France vient de signer avec l’Afrique du Sud le contrat Koeberg, première centrale exportée par Framatome, pour plusieurs milliards de francs. (aamarchives.org) Au passage, Paris verrouille aussi des contrats d’uranium avec Pretoria et la Namibie, histoire de nourrir le « tout-nucléaire » décidé après le choc pétrolier. (aamarchives.org)

Vadrot prend le titre au pied de la lettre : pas d’apartheid quand il s’agit de vendre des atomes à un régime raciste, et encore moins quand il faut récupérer les déchets. L’égalité, version giscardienne, c’est : même droit aux kilowatts pour les Blancs de Pretoria, même droit à la poubelle radioactive pour les habitants de la Hague et du Cotentin. (Wikipédia)

Le marché noir… et blanc

Le papier commence par la « divine surprise » de ce contrat fabuleux. Les besoins français en combustible fissile sont énormes et la coopération avec un pays assis sur d’immenses réserves d’uranium tombe à pic. Enrobage EDF, flou artistique sur ce que deviendra le plutonium produit : l’important, c’est que « nous ne manquerons jamais d’uranium » si jamais des « progressistes » mettaient la main sur le Niger ou le Gabon.

En clair : mieux vaut s’arrimer à un régime d’apartheid qu’à des États africains susceptibles de renationaliser leurs mines. L’anticommunisme et la peur du tiers-monde servent de vernis moral à une opération très prosaïque : sécuriser le carburant des centrales françaises. Pendant ce temps-là, Pretoria avance aussi son programme militaire, qui débouchera quelques années plus tard sur six bombes complètes. (Archives des armes nucléaires)

Le dessin signé Cardon « Mi-noir, mi-neutron » résume l’équation : un notable blanc trône, confortablement assis, sur une chaise portée par un Africain courbé en deux, avec un petit atome dessiné au pied. L’énergie du futur repose, très concrètement, sur le dos des autres.

Centrale baladeuse et démocraties exemplaires

Vadrot ne s’arrête pas à Pretoria. Il fait un crochet par l’Iran du Shah, autre « démocratie libérale avancée bien connue ». Là aussi, la France discute de contrats de centrales, au bord de la Caspienne si possible, dans un marécage déjà pollué : peu importe le site, « l’Iran, c’est tellement loin que la France est prête à faire n’importe quoi ». Les historiens noteront qu’un vrai contrat sera signé pour la centrale de Darkhovin avant d’être annulé après la révolution de 1979, les équipements revenant en France pour finir à Gravelines. (Wikipédia)

Le motif est toujours le même : exporter le nucléaire comme on fourgue des Mirage ou des AMX-30. Peu d’états d’âme sur le type de régime, pourvu qu’il paie comptant, vote correctement à l’ONU et garantisse quelques tonnes d’uranium.

Noirs et Blancs, France-poubelle

Le cœur de l’article, c’est le grand écart moral. Tandis que la France signe avec les « bons Blancs » d’Afrique du Sud, elle continue de se draper dans la défense des droits de l’homme face aux « rouges ». On explique doctement que ce partenariat atomicocoopératif permettra de tenir à distance l’URSS et Cuba du continent africain. Vadrot pointe l’hypocrisie : derrière les discours sur la lutte contre le communisme, il y a surtout la joie de vendre des centrales lourdes et de sécuriser l’accès au minerai.

Et puis, cerise radioactive sur le gâteau, l’accord comprend la reprise des déchets sud-africains en France. Ils seront retraités à la Hague, gigantesque usine de reprocessing où l’on extrait le plutonium et d’où sortent, avec le MOX, des rejets liquides et gazeux pour l’Atlantique et la Manche. (Wikipédia) « Les gens de la Hague et de la presqu’île du Cotentin vont éclater de joie », grince Vadrot : ça fera un « petit cadeau supplémentaire ».

Le sous-titre mental de la chronique pourrait être : « Atomes à vendre, France-poubelle à domicile ». À Pretoria, on touche les dividendes d’un nucléaire de prestige ; au Cotentin, on récolte les fûts. La seule chose vraiment sans apartheid, dans cette histoire, ce sont les risques : ils voyagent mieux que les visas.

En 1976, l’article a quelque chose de prémonitoire. Il annonce à la fois la centralité de Koeberg, seule centrale nucléaire d’Afrique, importée clé en main par Framatome, (World Nuclear Association) et la montée des contestations autour de la Hague. Vadrot rappelle que derrière les proclamations de « non-prolifération », la France vend de la technologie sensible à un régime isolé et lui offre même le service après-vente de ses déchets. Pas d’apartheid dans les affaires, certes. Mais beaucoup dans la répartition des risques.