N° 2907 du Canard Enchaîné – 14 Juillet 1976
N° 2907 du Canard Enchaîné – 14 Juillet 1976
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S.O.S. Premier ministre à la mer !
14 juillet 1976, grande revue navale en Méditerranée : porte-avions, Mirage, Zitrone à fond les manettes. Dans « S.O.S. Premier ministre à la mer ! », André Ribaud regarde ailleurs : vers Jacques Chirac, raide sur le pont, ignoré par un Giscard glacé. En quelques plans télévisés, le Canard lit la rupture qui vient : un président qui ne jette plus un regard à son Premier ministre, un chef de gouvernement déjà « torpillé, coulé » dans les conversations de couloir. Entre charade militaire et « noix d’honneur » pour Bigeard, ce 14-Juillet ressemble surtout à la fête d’adieu de Chirac à Matignon.
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Un défilé, un porte-avions… et un noyé politique
Avec « S.O.S. Premier ministre à la mer ! », André Ribaud transforme le 14-Juillet 1976 en long plan-séquence comique où l’on voit moins les Mirage et les paras que le naufrage en direct de Jacques Chirac, Premier ministre de Giscard. Sous les trompettes militaires, la chronique raconte une histoire d’iceberg présidentiel et de passager déjà noté pour la prochaine évacuation.
Un 14-Juillet en super-production
Depuis deux ans, Giscard s’efforce de moderniser le cérémonial militaire : plus de gadgets, plus d’images, plus de télé. En 1976, année de sécheresse et de malaise social, on pousse le curseur. Défilé classique sur les Champs-Élysées, mais aussi « yachting super-show » sur la Méditerranée, avec porte-avions, escadres et démonstrations d’hélicos. L’armée a besoin d’un « coup de pompe », écrit Ribaud, et la télévision est priée d’arroser l’opinion.
Léon Zitrone officie comme grand prêtre cathodique. Le Canard se régale de son commentaire en pilotage automatique, « genre de fla-fla » qui n’épargne aucun détail de la grande parade flottante. Pourtant, malgré la voix tonitruante et les panégyriques de rigueur, il se passe autre chose à l’écran : un petit mélodrame muet entre le président et son chef de gouvernement.
Chirac, la mer et le malaise
Ribaud zoome sur Chirac. On le voit sur le pont du porte-avions, jumelles en main, silhouette tendue. Officiellement, il scrute l’horizon militaire ; en réalité, il surveille l’horizon politique. Autour de lui, les amiraux jouent aux figurants, Giscard parade, impeccable. Mais ce que retient le chroniqueur, c’est l’absence totale de regard entre les deux têtes de l’exécutif.
« Que dit le président ? De quoi parle-t-il ? » On sent un Chirac nerveux, comme un officier qui n’aurait pas reçu les ordres de mission. Giscard, lui, « ne daigne pas accorder le moindre regard à son Premier ministre ». Dans la mise en scène télévisée, le message est limpide : le capitaine du navire n’a plus besoin de son second.
Le lendemain, rapporte Ribaud, antichambres, salles de rédaction et couloirs ministériels ne bruissent que d’une seule question : « Avez-vous vu Chirac ? » Quelques minutes de télévision suffisent à accréditer toutes les rumeurs qui circulent depuis des semaines : Giscard n’a plus confiance, il tient Chirac à distance, il le « bat froid » chaque fois que l’occasion se présente.
On sait ce qui suivra : fin août 1976, Chirac démissionnera de Matignon et se muera en chef d’une droite gaulliste d’opposition. L’article du 14 juillet, lui, capte l’instant où la rupture cesse d’être un bruit de couloir pour devenir une évidence visible à l’écran.
Noyade en direct et charade militaire
Ribaud pousse la métaphore maritime jusqu’au bout : dans l’esprit du président, Chirac est déjà « débarqué, torpillé, coulé ». Le S.O.S. du titre n’est pas un appel au secours, c’est le code de fin de transmission. On raconte déjà qu’il « ne passera pas l’été » ; en tout cas, conclut le papier, « il semble avoir mal passé la revue ».
La page est encadrée par deux autres pièces au vitriol. D’un côté, une « noix d’honneur du Canard » décernée au général Bigeard et au ministre Yvon Bourges, qui se rengorgent en expliquant que la France serait tout à fait capable de mener une opération commando « à la Entebbe » pour récupérer Mme Claustre, otage tchadienne dont la libération traîne depuis des années. Le Canard souligne le contraste entre le triomphalisme guerrier et la réalité calamiteuse de la diplomatie française en Afrique.
De l’autre, une « charade du 14 juillet » mélange Bourges, Bigeard, Michel Guy et la grosse artillerie « à boulets à boulets ». Manière de rappeler que derrière la mise en scène martiale, il y a un pouvoir qui joue avec ses figurants militaires comme avec ses ministres : on les installe, on les exhibe, on les remplace.
Sous le feu d’artifice giscardien, donc, Ribaud montre une chose simple : ce 14-Juillet-là n’est pas seulement une fête nationale, c’est aussi la répétition générale du divorce Giscard/Chirac. La mer est calme, les hélicos ronronnent, Zitrone s’enflamme, mais un homme, sur le pont, a déjà un pied hors du navire.





