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N° 2908 du Canard Enchaîné – 21 Juillet 1976

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Chirac, le beau miné

Juillet 1976 : la canicule frappe, mais c’est surtout la carrière de Jacques Chirac qui fond. Dans « Chirac, le beau miné », La Mare aux Canards décrit un Premier ministre déjà à moitié largué par Giscard : sondage assassin du Figaro, engueulade sur le Clemenceau, petites phrases venimeuses à l’Élysée, confidences acides de Marie-France Garaud. Entre métaphore de vieux ménage et récit de guerres de clans, le journal montre comment Poniatowski et les giscardiens ont choisi leur stratégie : garder Chirac à Matignon pour l’« user jusqu’à la corde »… avant de le larguer par-dessus bord.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Chirac, mines personnelles et champ de tir présidentiel

L’été 1976 est torride, mais c’est surtout pour Jacques Chirac que la température grimpe. Dans cette chronique « Au Cocotier », La Mare aux Canards le montre déjà en Premier ministre sur la corde raide, baluchon à l’épaule comme sur le dessin de Kerleroux, « beau miné » au sens littéral et politique. Deux ans après sa nomination à Matignon, l’homme qui devait incarner le dynamisme giscardien est devenu la cible favorite de l’Élysée.

Un sondage qui sent le sapin

Point de départ de l’article : un sondage publié par Le Figaro qui n’arrange pas du tout Chirac. Plutôt que de s’émouvoir, les « gens de l’Élysée » exultent. Ministres, sous-ministres, conseillers et « rombiers de l’entourage » y voient la preuve que « ça sent vraiment le sapin pour le coordonnateur ». Même à Matignon, Marie-France Garaud, égérie du clan chiraquien, parle déjà de l’après : « Ça va sans doute se passer au mois d’août. Plus personne ne sait où l’on va, ni pour la défense nationale, ni sur le plan économique. » Traduction : on n’a plus de gouvernement, seulement un champ de mines.

Le Canard rappelle l’épisode raconté la semaine précédente : la scène glaciale à bord du porte-avions Clemenceau, lors de la revue navale au large de Nice. Giscard y avait sèchement rembarré Chirac devant quelques témoins, avant de faire comme si de rien n’était devant les caméras de TF1. L’article explique que cette engueulade en coulisses donne enfin un sens à la tête sinistre du Premier ministre, filmé quelques minutes plus tard en direct par Zitrone.

Un vieux ménage qui ne se parle plus

La chronique file ensuite la métaphore conjugale : « Ces deux conjoints se conduisent aujourd’hui comme un vieux ménage. » Les messages passent par la presse, jamais en face. Marie-France Garaud, de son côté, assure que Chirac « souhaite bien du plaisir aux gens qui gouverneront la France dans les six mois à venir, s’il s’en va ». Manière de dire : sans Jacques, tout va s’effondrer.

Giscard, lui, se lâche devant ses proches ou ses ministres. Lors d’une réunion à l’Élysée, il aurait tonné : « J’ai un gouvernement de cloches », formule que l’article reprend avec gourmandise. Les « cloches » sont évidemment dirigées vers le Premier ministre, devenu bouc émissaire idéal d’une conjoncture économique pourrie et d’une majorité divisée entre giscardiens et gaullistes.

Mines sous les pieds de l’UDR

Chirac, raconte la Mare, se défend en expliquant aux députés UDR qu’il passe désormais son temps « à placer des mines sous les pieds » du président, pour mobiliser les énergies gaullistes. On est déjà dans la logique de la rupture à venir : Matignon n’est plus un poste, c’est une tranchée. Giscard et son entourage parlent ouvertement de s’en débarrasser ; Chirac prépare la riposte en chef de parti.

La chronique se fait alors parisienne : couloirs, antichambres, cafés politiques bruissent d’une seule question, « quand » Chirac sera viré. Deux écoles s’affrontent : ceux qui le voient partir avant la fin de l’été, ceux qui pensent que Giscard le gardera jusqu’aux municipales pour lui faire porter tous les mauvais chiffres. Au passage, on rapporte cette phrase venimeuse du président, à propos de son Premier ministre : « Je prenais Chirac pour un aigle ; ce n’est jamais qu’un épervier… Mais toujours un rapace. » Compliment empoisonné idéal pour le style Valéry.

Poniatowski, la méthode de l’usure

En conclusion, la chronique donne la parole à l’inévitable Michel Poniatowski. Le « prince » de l’intérieur n’est pas pour un limogeage immédiat. Fin stratège, il recommande de garder Chirac « jusqu’aux municipales », car « tant qu’il reste au pouvoir, il faut l’user jusqu’à la corde ». Une fois la corde usée, suggère perfidement la Mare, « ensuite, on le pendra ? »

L’article saisit donc ce moment très précis où le divorce Giscard-Chirac cesse d’être un simple bruit de couloir pour devenir doctrine de gouvernement : user le Premier ministre, le laisser endosser l’impopularité de la crise, puis le jeter. Un mois plus tard, le 25 août 1976, Chirac démissionnera effectivement de Matignon. Le Canard, lui, l’avait déjà dessiné en vagabond politique, baluchon sur l’épaule, errant loin du cocon doré de l’Élysée.