N° 2910 du Canard Enchaîné – 4 Août 1976
N° 2910 du Canard Enchaîné – 4 Août 1976
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ELYSEE-FOLIES
Été 1976 : pendant que la France grille sous la sécheresse et que la rupture Giscard-Chirac se prépare, Le Canard consacre une page entière aux « ELYSEE-FOLIES ». Jérôme Canard y croque un palais transformé en théâtre de boulevard : Giscard acariâtre, Anne-Aymone et la petite cour, Marie-France Garaud, conseillers obsédés par le protocole, almanachs de bonimenteurs et chroniques de préfets. Sous les bons mots et les dessins, se dessine un Élysée déconnecté, plus occupé à régler ses histoires de famille qu’à gouverner. Une radiographie drôle et cruelle d’un pouvoir qui va lâcher son Premier ministre sans comprendre pourquoi le pays lui en veut.
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La comédie de l’été à l’Élysée
Avec cette page titrée « ELYSEE-FOLIES », Le Canard transforme le palais présidentiel en théâtre de boulevard au cœur de l’été 1976. Alors que tout Paris surchauffe, que la sécheresse fait la une et que la rupture Giscard-Chirac est imminente, Le Canard installe sa caméra dans les coulisses de la maison-mère : on n’y parle que de l’éviction du Premier ministre, des sautes d’humeur de Valéry et des états d’âme de la petite cour.
On retrouve d’abord Claude Pierre-Brossolette, décrit comme l’âme damnée de Giscard, celui « qui doit virer officiellement Chirac de Matignon » dès que l’horloge politique sonnera. Le président, « grand Valy » à l’humeur acariâtre, ne masque plus son agacement. Les ministres filent droit, les conseillers s’observent, chacun sent que la chaise de Matignon se dévisse et que l’Élysée vit au rythme de cette attente. L’article arrive trois semaines avant la démission de Chirac : le Canard est déjà en train d’écrire le scénario de la sortie.
Mauvais esprit de famille
L'auteur s’attarde sur l’« ambiance » à l’Élysée, qu’il décrit comme un drôle de mélange de snobisme, de rigidité bourgeoise et de petite férocité provinciale. On croise Anne-Aymone, les enfants, les proches, tout un microcosme qui considère le pays comme un décor lointain. Le président, dit-il en substance, préfère les mondanités et les cérémonies de salon aux conflits sociaux ou aux affaires tordues du moment (micros du Canard, scandales pétroliers, sécheresse).
Le texte joue sur ce contraste entre la gravité extérieure – chômage, inflation, crise agricole – et la légèreté très « maison » de la cour giscardienne. Ici, le problème n’est pas de savoir comment sortir la France de la crise, mais comment organiser les vacances du clan, à Brégançon ou ailleurs, sans trop froisser les susceptibilités présidentielles. D’où ce sentiment de « mauvais esprit de famille » : une famille qui règne, pas qui gouverne.
Le cheval dans la place
Au centre de la page, une petite chronique sur « le cheval dans la place » résume à elle seule la dérive monarchique : Giscard est obsédé par le protocole, la symbolique des lieux, jusque dans le mobilier et les uniformes. On se souvient de son goût pour le décorum militaire, pour les revues navales ou les mises en scène télévisées. Ici, le Canard se moque d’un président qui semble plus attaché à la bonne hauteur des sièges et à la justesse du cérémonial qu’à la solidité de sa majorité.
Dans ce décor figé, les conseillers défilent comme des personnages de vaudeville. On croise la « garde rapprochée », les courtisans, les visiteurs étrangers reçus avec plus de chaleur que les syndicalistes français. Chacun apporte sa petite histoire, son potin, sa rumeur. La politique devient une succession d’anecdotes qui, mises bout à bout, dessinent pourtant un vrai portrait de régime : technocratique, distant, obsédé par l’image.
Benoît d’honneur et Ciné-Gouyon
La page est aussi truffée de rubriques satellites. « Benoît d’honneur » raille la manie de Giscard de s’entourer de bénisseurs, experts en almanachs, sondages ou prédictions – tout ce qui peut maintenir l’illusion d’un destin providentiel. L’« Almanach Double-Milan pour l’an de grâce 1976 » pastiche ces supports de superstition politique : on cherche les signes du ciel quand on ne maîtrise plus grand-chose sur terre.
Enfin, « Ciné-Gouyon » (jeu de mot sur le nom du préfet ou d’un haut fonctionnaire chiraquien) ponctue la page comme un court-métrage burlesque : on y voit la bureaucratie se prendre les pieds dans le tapis, les services de l’État s’observer en chien de faïence, chacun redoutant d’être rattrapé par les scandales en cours.
Sous le rire, un diagnostic corrosif
Derrière la cocasserie des dialogues et des situations, le texte livre un diagnostic sévère sur la présidence Giscard à la veille du « divorce » avec Chirac. L’Élysée apparaît comme une bulle autosatisfaite, peuplée de grands et petits marquis persuadés d’incarner la modernité alors qu’ils rejouent, en version technocratique, les travers de la IIIᵉ République finissante : clientélisme, mépris social, culte de la forme.
« ELYSEE-FOLIES », c’est donc moins une simple page de potins qu’un plan d’ensemble sur un pouvoir qui tourne en rond sur son trône pendant que le pays surchauffe. Trois semaines plus tard, la chute de Chirac montrera que le Canard ne caricaturait qu’à peine.





