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N° 2914 du Canard Enchaîné – 1 Septembre 1976

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Giscard nous promet Raymond et merveilles

Septembre 1976 : Chirac vient de claquer la porte, Giscard sort de son chapeau un professeur d’économie pour Matignon. Dans « Le tampon du président », André Ribaud croque Raymond Barre en fusible idéal, coincé entre un chef de l’État qui rêve d’être Bokassa et une majorité à qui l’on promet l’austérité sauce « frères Troisgros ». Un commentaire au vitriol sur l’art giscardien d’user ses Premiers ministres… avant de leur dire « Barre-toi ! ».

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Giscard, son Barre et ses souffre-douleur

Quand Le Canard titre « Le tampon du président », André Ribaud ne parle pas de papeterie, mais de mécanique de régime. Nous sommes fin août 1976 : « Château-Chirac s’étant barré avec fracas », Giscard vient de se débarrasser de son Premier ministre trop remuant. À sa place, il installe Raymond Barre, professeur d’économie, réputé sérieux, sans base électorale, vendu comme « le meilleur économiste français ». Un Premier ministre-fusible, parfait pour encaisser les chocs à la place du chef de l’État.

Contexte : après le premier choc pétrolier, la France patauge dans l’inflation et le chômage qui pointe. Giscard promet de « moderniser » le pays et de « vaincre la crise », mais son tandem avec Chirac tourne à la guerre froide. Le Canard suit semaine après semaine ce duo maudit ; la rupture de l’été 76 offre à Ribaud l’occasion rêvée de disséquer l’architecture très personnelle du pouvoir giscardien.

Un président qui rêve d’être empereur

Ribaud rappelle que Giscard n’aime ni les Premiers ministres, ni les partis, « même s’ils sont de sa majorité ». Dans l’idéal, il règnerait seul, comme ses « copains de vacances en Afrique noire : les Bongos, les Mobutu, les Bokassa ». Chirac, lui, parlait trop, prenait trop de place, se voyait déjà en dauphin. Giscard supporte mal qu’un autre occupe la lumière.

La charge est cruelle : le nouveau Premier ministre doit être « honnête, terne, sans trop d’idées, de préférence de petite envergure », bref moitié compétence, moitié nullité. S’il échoue, il tombera seul ; s’il réussit trop bien, il deviendra dangereux et sera, tôt ou tard, « débranché » par l’Élysée. Le « tampon » est d’abord un bouclier : il protègera Giscard des retours de flamme de l’austérité.

Chirac, traître récompensé puis puni

Ribaud ne résiste pas à rembobiner le film. En 1974, le jeune Chirac trahit Chaban-Delmas pour offrir la droite à Giscard : « la trahison récompensée ». Deux ans plus tard, le même Giscard le laisse se brûler à Matignon, puis le pousse vers la sortie : « la trahison punie ». Au passage, Ribaud rappelle la formule présidentielle sur les « cloches » du gouvernement, que beaucoup ont entendu comme un tir amical sur son propre Premier ministre.

C’est cette logique d’humiliation feutrée que l’épisode du défilé du 14 juillet, raconté par le Canard dans les semaines précédentes, a mise en scène : Giscard snobant son chef de gouvernement sur le pont du Clemenceau, Chirac blafard devant des millions de téléspectateurs. Avec Barre, l’Élysée espère un collaborateur qui se laisse tamponner sans broncher.

Le professeur miracle contre l’inflation

La seconde moitié de l’article vise le nouveau locataire de Matignon. Barre arrive bardé de titres académiques, ses étudiants « apprennent l’économie dans ses livres », ce qui, ironise Ribaud, « veut dire qu’il connaît la question – et la solution ». Problème : « l’économie va toujours mieux dans les livres que sur le tas ».

Barre annonce qu’il va « abattre l’inflation ». Le Canard se marre : voilà cinquante ans que tous les gouvernements promettent la même chose, y compris Giscard lorsqu’il était ministre des Finances. Pire : le bref passage de Barre au commerce extérieur, au début de l’année, s’est traduit par un déficit commercial accru et un franc en chute libre. L’homme censé sauver la monnaie arrive avec un casier de prévisions déjà démenties par les faits.

Les « nouveaux frères Troisgros » de l’austérité

Le dessin de Leffel achève le tableau : trois personnages ventrus et souriants – Guichard, Barre, Poniatowski – rebaptisés « les nouveaux frères Troisgros » avec légende assassine : « L’austérité, c’est nous ! ». Les célèbres chefs cuisiniers de Roanne sont détournés en brigade ministérielle chargée de mitonner un menu serré : coupes budgétaires, rigueur salariale, hausse des impôts indirects.

Ribaud voit dans ce trio le dispositif complet du président : Barre pour servir l’austérité avec un accent professoral, Guichard pour huiler la machine parlementaire, Ponia pour faire donner la police si la sauce sociale tourne à l’émeute. Un attelage fait pour encaisser les coups à la place du maître, jusqu’au jour où Giscard, écrit le Canard, pourra lui lancer : « Barre-toi, allez ! ». Le titre « tampon du président » prend alors tout son sens : instrument interchangeable qu’on presse, qui s’use et qu’on jette.

En creux, l’article dit la fragilité d’un régime qui se prétend libéral tout en fonctionnant comme une monarchie capricieuse, obsédée par l’image et la personnalisation. En 1976, au moment où la crise économique s’installe durablement, Le Canard montre que la vraie inflation n’est pas seulement celle des prix, mais celle des ego à l’Élysée.