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N° 2920 du Canard Enchaîné – 13 Octobre 1976

N° 2920 du Canard Enchaîné – 13 Octobre 1976

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Un livre, et combien de livrées ?

Automne 1976 : la France s’enfonce dans la crise, mais l’Élysée vibre au son des pages tournées. Giscard publie « Démocratie française » et convoque soixante-quinze patrons de médias pour recevoir, en grande pompe, son livre signé. André Ribaud croque cette opération de promo d’État où la République sert de vitrine à l’éditeur Fayard, et où le « citoyen » devient simple client d’un président-auteur très sûr de son génie. Un décorticage féroce d’un lancement de livre… payé en grande partie par nos impôts.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Giscard écrivain, la République VRP

En octobre 1976, la France traverse une sale période : chômage en hausse, inflation têtue, sécheresse tout l’été, impopularité croissante du duo Giscard–Barre. Que fait le président pour reprendre la main ? Il publie un livre, « Démocratie française », et s’offre le lancement dont rêveraient tous les romanciers… aux frais de la maison Élysée.
C’est cette opération de marketing d’État qu’André Ribaud démonte avec jubilation dans « Un livre, et combien de livrées ? ». Le jeu de mots est clair : il n’y a pas qu’un livre, mais surtout des serviteurs en livrée.

La cour médiatique convoquée au château

Ribaud commence par la scène de cour : soixante-quinze directeurs de journaux, radios et télévisions convoqués un samedi matin à l’Élysée pour recevoir des mains du prince un exemplaire du précieux ouvrage. Certains repartiront même avec une dédicace. On se croirait à Versailles, version années 1970, avec labrador présidentiel en guise de grand veneur.
Le Canard, lui, souligne qu’il n’était pas invité et que, de toute façon, il n’aurait pas mis les pieds à ce cocktail de flagornerie. La pique vise autant Giscard que la profession : la presse dite « sérieuse » accepte sans broncher de servir de décor à une opération commerciale d’un éditeur privé, comme si la présidence de la République était un service marketing de chez Fayard.

Du citoyen au « client-citoyen »

Ribaud raconte ensuite la machine de promo qui se met en branle : embargo organisé, extraits distillés, « premières interviews » promises aux plus dociles, bataille d’exclusivités pour savoir qui passera le plus de temps à dérouler le tapis rouge au chef de l’État-auteur.
La cible de Giscard, dans son livre, serait pourtant la « dramatisation » et « l’obsession de la communication de masse ». Ribaud s’en régale : au moment même où le président fustige l’ère du spectacle politique, il en offre la démonstration la plus caricaturale. Le citoyen est traité comme un consommateur à qui l’on vend un produit de luxe, emballé de prestige élyséen et de pseudo-profondeur intellectuelle.

Un auteur très sûr de son génie

Le Canard ne se prive pas de gratter l’ego présidentiel. Ribaud rappelle que l’ouvrage est annoncé comme un grand texte de réflexion sur les institutions, presque un candidat à l’Académie française. Giscard se voit en penseur solitaire au-dessus de la mêlée ; les médias se comportent comme une cohorte de répétiteurs chargés d’inculquer aux foules le dernier catéchisme élyséen.
Dans une chute très canardesque, Ribaud cite ces passages où Giscard pourfend la servilité des intellectuels, la « banalité de la pensée », tout en organisant autour de son propre livre le plus gigantesque exercice de servilité médiatique de la décennie.

Le dessin de Lap, en bas de page, enfonce le clou. Mao, confortablement assis sur son nuage, qui lâche ce soupir goguenard : « Dans le fond, je l’ai échappé belle ! ». Autrement dit, même le Grand Timonier, responsable de catastrophes humaines à la chaîne, peut se féliciter de ne pas avoir servi de matériau à la prose présidentielle. Ribaud s’en sert pour renvoyer Giscard à sa propre prétention d’« analyste du monde » : à force de vouloir juger la planète entière depuis l’Élysée et les salons de Fayard, le président finit par ressembler moins à un démocrate scrupuleux qu’à un auteur en quête de prestige, qui trie lui aussi les dictateurs fréquentables et ceux qu’il vaut mieux laisser sur leur nuage.

Satire d’un pouvoir en quête de récit

Derrière la moquerie, le texte pointe une dérive plus lourde : dans la Ve République giscardienne, le pouvoir personnel déborde de ses fonctions pour occuper l’espace éditorial, symbolique et marchand. Le livre n’est pas seulement un essai politique, c’est un instrument de reconquête de popularité, un pré-programme pour 1981, adossé aux moyens de l’État.
« Un livre, et combien de livrées ? » montre un président qui confond la République avec sa propre carrière d’auteur, et des médias trop ravis de faire les porte-plat. Le Canard, lui, choisit de rester à la porte de la réception… pour mieux raconter ce qui se trame à l’intérieur.