Expédition de votre Canard enchainé

EXPEDITION SOUS 24H

Envoi soigné de votre Canard enchainé

ENVOI SOIGNÉ

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

Livraison offerte de votre Canard enchainé à partir de 15€ de commande

LIVRAISON OFFERTE DÈS 25€ D’ACHAT

Paiement sécurisé pour l'achat de votre Canard enchainé

PAIEMENTS SÉCURISÉS

N° 2924 du Canard Enchaîné – 10 Novembre 1976

N° 2924 du Canard Enchaîné – 10 Novembre 1976

24,00 

En stock

Concorde : Fermez le bang !

En novembre 1976, Paris et Londres signent l’acte de décès du Concorde après seulement seize exemplaires. Dans un article au vitriol, Patrice Vautier détaille la note : plus de 16 milliards de francs pour un cercueil supersonique que même New York ne veut plus entendre. Faux prétextes, vrais déficits, promesses de « super-Concorde » pour demain… Le Canard démonte le rêve gaulliste devenu gouffre financier et interroge, bien avant l’heure, notre fascination pour les grands projets qui volent haut mais atterrissent dans le rouge.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

En stock

Canard au naturel
Canard en chemise

Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

Cette pochette cadeau assure aussi une conservation optimale du journal : un papier au PH neutre limitant la dégradation des vieux journaux sur la durée.

Décliné en 4 pochettes originales (5€)
Pochette offerte pour toutes éditions d’un prix supérieur à 59€
Visualiser les illustrations en cliquant sur le nom des auteurs

Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
Plexi noir (35€) servant de fond, il met en valeur la teinte et le format du journal, s’harmonisant parfaitement avec les encres noires de la page.

Concorde : fermer le bang, ouvrir le portefeuille

Un enterrement de première classe

En novembre 1976, les gouvernements français et britanniques décident d’arrêter la fabrication de Concorde au seizième exemplaire. Patrice Vautier raconte cet « enterrement de première classe » comme on fait le compte d’une addition dans un restaurant de luxe où l’on n’a pas vraiment apprécié le repas.
16,562 milliards de francs lourds, calcule-t-il, en détaillant la facture poste par poste : mise au point, prêts d’État, perfectionnements à venir, maintenance et pièces de rechange. Le tout pour une flotte microscopique, incapable de s’amortir autrement que dans les fantasmes de prestige national.

Le titre « Fermez le bang ! » résume bien la chose : on ne supprime pas seulement un programme industriel, on se débarrasse en douce du symbole même du supersonique civil, son bang sonore, ses promesses de modernité illimitée… et son trou noir budgétaire.

Le rêve gaulliste rattrapé par la gravité

Concorde, c’est l’enfant chéri de la grande politique gaullienne : prouver que la France (avec un peu des Britanniques) peut rivaliser avec les géants américains, inventer l’avion du futur, voler plus vite que le temps. Sauf que le futur a la mauvaise idée d’arriver avec le choc pétrolier de 1973, la montée de l’écologie, les plaintes contre le bruit, et une clientèle réelle bien plus maigre que les prospectus.

Vautier rappelle que le projet était vendu, en 1962, pour 2,2 milliards de francs et seize avions — on connaît la suite : explosion des coûts, multiplication des crédits, prolongation indéfinie des « mises au point ». La chronique montre comment le Concorde glisse peu à peu du statut de vitrine technologique à celui de fardeau qu’on n’ose plus regarder en face.

Les Américains, ces coupables tellement pratiques

Pour expliquer la faillite, les défenseurs du programme désignent un coupable idéal : les « Yankees » qui interdisent le Concorde à New York. Vautier démonte tranquillement le prétexte. Certes, l’accueil américain est frileux, mais le supersonique ne décolle nulle part ailleurs : la ligne Paris–Washington vivote, Londres–Bahreïn–Singapour ne transporte que des passagers subsoniques d’exception, et le reste du monde regarde surtout la facture de kérosène.

Le Canard renverse la propagande officielle : si Concorde ne vole presque plus, ce n’est pas parce que Washington serait sourd à la poésie du bang, c’est parce qu’Air France et British Airways n’ont jamais trouvé les armées de passagers richissimes censées remplir l’oiseau blanc. La caricature de Vazquez de Sola, Concorde transformé en cercueil aérien, enfonce le clou.

L’art gouvernemental du relooking de fiasco

Le plus réjouissant, dans la prose de Vautier, c’est la façon dont il suit à la trace la novlangue technocratique. On ne parle jamais d’échec, mais d’« expérience », de « reprise justifiée », de « super-Concorde » à l’horizon 1990. On continue d’additionner les déficits d’exploitation, mais on promet pour demain des versions encore plus performantes, donc encore plus chères.

Le petit encadré « Le dur langage des chiffres » met en pièces ces contorsions : déficit d’exploitation, pertes d’Air France, dettes à long terme… Concorde apparaît pour ce qu’il est : un bijou industriel magnifique, mais économiquement indéfendable, que l’État tente de recycler en gloire nationale.

Résonances d’aujourd’hui

Relire ce papier à l’heure où l’on reparle de supersonique « vert » et de jets d’affaires ultra-rapides a quelque chose de familier. On retrouve la même tentation de faire primer le prestige sur la rationalité économique, la même foi dans la technologie miraculeuse censée effacer d’un coup les lois de la physique, du pétrole ou du climat.

Le Canard de 1976 n’attaque pas l’avion comme objet — Vautier reconnaît implicitement la beauté et la prouesse du Concorde — mais l’aveuglement politique qui a laissé filer les milliards sans jamais poser franchement la question : pour qui, pour quoi, et à quel prix ?

Au fond, « Fermez le bang ! » raconte moins la mort d’un programme que celle d’une certaine idée de la grandeur : celle qui confond vitesse et progrès, prestige et utilité, symbole et réalité comptable. En 1976, le supersonique français cesse de faire du bruit dans le ciel, mais le vacarme des caisses vides résonne encore longtemps.