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N° 2927 du Canard Enchaîné – 1 Décembre 1976

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Hassanités !

Quand Hassan II débarque à Versailles, Giscard retrouve un frère de trône : même goût pour les dorures, même gêne devant l’opposition, mêmes prisons qu’on nie avec aplomb. Dans « Hassanités ! », Bernard Thomas démonte la visite royale de 1976 comme une master-class de cynisme diplomatique : répression à Oujda, fantôme de Ben Barka, complaisance de la presse et petits arrangements financiers entre amis. Une chronique où Cardon croque Hassan reprenant le slogan de Giscard, et où la raison d’État sent fortement la cellule de prison.

Couac ! propose ses canards de 3 façons au choix

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Chaque numéro ou journal anniversaire, peut être inséré dans une pochette cadeau au choix, d’un très beau papier pur coton, comportant une illustration originale spécialement réalisée pour COUAC ! par Fabrice Erre ou Laurent Lolmede, ou pour les premiers lecteurs du Canard Enchainé par Lucien Laforge.

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Canard laqué

Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

Plexi transparent (30€) servant de fond, plus discret mais élégant il permet aussi la vision de la dernière page du journal.
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Hassan à Versailles, Valéry aux anges

Avec « Hassanités ! », Bernard Thomas s’offre un exercice qu’il adore : montrer que, dans la France giscardienne, le problème n’est pas seulement la fréquentation des dictateurs, mais le ton ravi avec lequel on les accueille. Nous sommes fin 1976 : chômage en hausse, plan Barre qui serre la vis, popularité de Giscard en berne. Arrive alors à Paris un ami très utile, Hassan II, roi du Maroc, spécialiste de la répression musclée et de la communication feutrée. Le texte s’ouvre sur un remerciement ironique : « Merci, Hassan », venu partager avec Valéry « les affres du pouvoir suprême ». Deux monarques qui se comprennent.

Le « dialogue constructif », version Oujda

Thomas démonte méthodiquement le contraste entre le discours lisse du souverain et la réalité du royaume. Au moment même où Hassan se vante, à Paris, d’encourager le dialogue avec l’opposition, sa police matraque un rassemblement autorisé dans la province d’Oujda, laissant derrière elle un « chapelet sanglant de blessés ». Quand le roi jure qu’il n’a pas de prisonniers politiques, l’auteur rappelle aussitôt les centaines de Marocains arrêtés en France puis renvoyés à la frontière, pour être torturés « pour crime de s’être, en France, inscrits à la CGT ou à la CFDT ». L’allusion est claire : Rabat fait la sale besogne, Paris ferme les yeux.

Et Cardon, en contrechamp, dessine Hassan reprenant à son compte le slogan de Giscard – « Je n’ai pas de pétrole mais j’ai des idées » – comme si la monarchie chérifienne recyclait la communication élyséenne tout en perfectionnant l’art des geôles secrètes.

La République en tapis rouge

Ce qui obsède Bernard Thomas, ce n’est pas seulement le roi, c’est la manière dont la France officielle s’en fait la chambre d’écho. Les passages sur le logement au Grand Trianon, dans le lit de Napoléon planté au milieu de la chambre de Louis XIV, sont d’une cruauté réjouissante : la République se déguise en monarchie pour mieux cajoler un monarque de droit divin. Et l’on imagine très bien Giscard savourer cette mise en scène pseudo-historique.

En coulisses, les « services » se rendent mutuellement la main : comptes à la Banque Chaabi, crédits avantageux, coopération policière. Thomas rappelle que, naguère, « nous avions encore des relents d’esprit colonialiste » qui nous faisaient nous mêler des affaires intérieures du Maroc. Aujourd’hui, dit-il en substance, c’est toujours le cas, mais dans l’autre sens : la France aide à verrouiller l’opposition marocaine jusque sur son propre sol.

Ben Barka, fantôme obstiné

La dernière partie de la chronique fait remonter le cadavre politique que le pouvoir voudrait oublier : l’affaire Ben Barka. Thomas rappelle, sans détails morbides mais avec une précision assassine, le rôle de « nos policiers, de nos barbouzes et de leurs copains tordus » dans l’enlèvement et la disparition du leader de l’opposition marocaine en 1965. Si l’on ne sait toujours pas exactement ce qui s’est passé, on sait en revanche que Ben Barka n’aurait jamais disparu sans la complicité active de certains secteurs de l’État français.

Du coup, l’éloge contemporain d’Hassan II par une partie de la presse – « Hassan II a les meilleures raisons personnelles de se sentir un peu Français » – prend une couleur franchement sinistre. Bernard Thomas montre comment les éditorialistes mondains repeignent la dictature marocaine en monarchie éclairée, au nom des « bonnes relations » et des intérêts économiques.

Une satire qui ne vieillit pas

Relue aujourd’hui, la chronique a quelque chose de dérangeant : on pourrait changer les noms et reconnaître, dans cette diplomatie des embrassades, nos relations avec bien d’autres régimes autoritaires. Marchés d’armement, contrôle des flux migratoires, coopération sécuritaire : la mécanique décrite par Thomas n’a rien perdu de son actualité.

L’humour, lui, reste d’une précision chirurgicale. Le titre « Hassanités ! » dit à la fois les « insanités » du pouvoir et la manière dont la raison d’État rend tout le monde un peu hassanisé. Et la chute, faussement rassurante, est un coup de griffe final : il est « rassurant » que Valéry ait de si bonnes fréquentations, puisqu’elles ne peuvent que lui donner de « bonnes idées ». Sous-entendu : il les avait déjà.