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N° 2928 du Canard Enchaîné – 8 Décembre 1976

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« Le RPR, c’est quoi ? » se demande l’Iroquois

En décembre 1976, Jacques Chirac lance son nouveau joujou politique à la porte de Versailles : le RPR. André Ribaud y dépêche un observateur venu de loin, un « Iroquois » qui ne comprend pas grand-chose… mais pose les bonnes questions. Qui gouverne vraiment ? Où est passé Giscard, chef introuvable d’une majorité qui l’efface ? Comment un « ami de la presse » peut-il laisser pourrir la grève du Parisien libéré ? Derrière les roulements de tambour gaullistes, Le Canard dévoile un gaullisme fin de série, déjà tout entier voué à la carrière de son grand sachem Chirac.

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Un Iroquois chez les gaullistes en peau de RPR

Comment Ribaud démonte, façon puzzle, le grand raout versaillais de Chirac

Le procédé de Ribaud est simple et redoutable : il envoie un « Iroquois » imaginaire assister aux assises fondatrices du RPR à la porte de Versailles, début décembre 1976. Ce visiteur exotique sert de miroir déformant. En posant des questions naïves – « c’est quoi, le RPR ? », « qui gouverne ? », « où est le chef de l’État ? » – il révèle le grand écart de la droite gaulliste, coincée entre loyauté proclamée à Giscard et guerre ouverte contre l’Élysée.

Dès les premières lignes, Ribaud rappelle l’« incident » qui a empêché la presse écrite de couvrir à chaud le meeting : la grève déclenchée par Poniatowski contre les journaux. Premier gag : le ministre de l’Intérieur, grand manitou de la répression, se retrouve responsable d’un « trou » médiatique pour le show chiraquien. On est dans la Vᵉ République, mais l’organisation ressemble à une kermesse de comtes.

L’Iroquois et le grand ami de la presse

Ribaud s’attarde longuement sur l’affaire du Parisien libéré, ce conflit social qui dure depuis février 1975. Notre Iroquois apprend que Chirac, alors Premier ministre, n’a strictement rien fait pour régler la grève et a même jeté de l’huile sur le feu en « prenant à son compte » les licenciements à la télévision. Et c’est ce même Chirac qui, à Versailles, se fait acclamer par une salle pleine de militants séduits par son discours anti-gauchistes et son image de tribun proche du peuple.

Le procédé est cruel : chaque tirade héroïque entendue aux assises est retournée par un rappel de faits précis. La phrase « votre Chirac est un grand ami de la presse » sonne comme un verdict. Derrière les mots, Ribaud exhibe le vrai rapport de force : une droite qui se recompose en s’appuyant sur des patrons de presse (Hersant n’est jamais loin) et sur un mépris très concret pour les journalistes grévistes.

Un parti majoritaire sans président

Autre trouvaille de l’article : le chef de l’État est partout… sauf dans le parti qui le soutient. L’Iroquois découvre que le RPR est « tout entier dans la majorité présidentielle », que la défense des institutions doit être « intransigeante » et qu’elles reposent sur « la primauté du chef de l’État ». Mais Giscard, lui, est persona non grata dans les discours de Versailles. Nom imprononçable, presque tabou.

Ribaud met ainsi en scène ce divorce feutré : Chirac et ses amis se disent les meilleurs garants de la Vᵉ République, tout en préparant la mise à l’écart de celui qui est censé l’incarner. Le slogan implicite pourrait être : « Giscard dehors, la République restera. » Pour un parti officiellement loyal, le numéro d’équilibriste est savoureux.

Barre, Ponia, Guichard : la comédie des seconds rôles

L’article fonctionne aussi comme galerie de portraits. Guichard, le « pauvre homme » qui se plaint d’être bafoué par Barre et Poniatowski, incarne le notable UDR dépassé par la machine chiraquienne. Poniatowski, lui, plane en arrière-plan comme chef de la police politique, prêt à rétablir l’ordre si l’on prononce trop fort le nom de Giscard. Barre, enfin, est à la fois Premier ministre et simple figurant, coincé entre l’Élysée et le bulldozer du nouveau RPR.

Ribaud laisse parler ces gens par l’entremise de l’Iroquois, qui recueille leurs confidences comme un ethnologue en mission. Résultat : le lecteur voit une droite fragmentée, traversée d’ambitions personnelles, loin de la façade d’unanimité que les caméras tentent de montrer.

Gaullisme fin de série

La conclusion est sans pitié : le « gaullisme fin de série » s’est reconverti en RPR, mais la chanson reste la même. Seul change l’arrangeur : Chirac à la place de de Gaulle. On jure encore défendre l’État, la grandeur, l’ordre, mais le moteur idéologique tourne à vide. Il ne reste plus que la mécanique électorale, la capacité de remplir des halls d’expo et de faire vibrer les militants.

En 1976, ce diagnostic est précoce : le RPR vient à peine de naître, et déjà Le Canard le décrit comme un parti de pouvoirs locaux, de notables et de communicants, plus fasciné par le « Programme commun de la droite » que par l’avenir du pays. Vu depuis aujourd’hui, l’article résonne comme une préfiguration de ce que deviendront bien des grandes machines partisanes : des clubs d’investiture pour leaders en quête d’investis… et de futurs mandats.

Ribaud, avec son Iroquois goguenard, décortique la naissance d’un monstre très contemporain : un parti qui se proclame pilier des institutions tout en sapant celui qui les incarne, un mouvement qui brandit les valeurs gaullistes pour mieux couvrir ses guerre de clans. À Versailles, en décembre 1976, la Vᵉ République entre dans son âge cynique.