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N° 2932 du Canard Enchaîné – 5 Janvier 1977

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Affaire des micros : barrée d’un coup de Pinsseau

Le 5 janvier 1977, Roger Fressoz raconte comment l’“affaire des micros” du Canard est classée à la va-vite: non-lieu signé Pinsseau le 29 décembre, signifié en urgence, pile quand les fêtes de fin d’année devraient endormir la vigilance. Entre “attendus” à rallonge, “plombiers” de la DST transformés en fantômes procéduraux, et acrobaties juridiques où le domicile n’en est plus un, la justice paraît surtout très arrangeante… pour les arrangeurs. Une satire noire, précise, et toujours actuelle.

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Enchâssé entre deux feuilles d’acrylique (plexiglass extrudé*) il s’exposera aux regards sous son plus beau jour.

Les propriétés anti-UV de ce plexiglass de 2 mm lui assureront une conservation optimale limitant le jaunissement.

Le maintien entre les deux plaques, avec 8 petites pinces nickelées, supprime la vue des plis ainsi que leurs effets indésirables. Les marges autour du journal sont de 2 cm et sont ajustées au format de l’édition, qui a varié au fil des décennies.

*Transparence, légèreté, résistance aux chocs et aux UV

Cette présentation est déclinée en 2 options :

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Affaire des micros :

Barrée d’un coup de Pinsseau

(Le Canard enchaîné, 5 janvier 1977, Une. Article signé Roger Fressoz.)

On s’attendait « à un coup de Jarnac », écrit Fressoz. Pas à ce que la lame arrive emballée façon cadeau de fin d’année, déposée le 29 décembre, « juste avant les fêtes », par un juge d’instruction, Pinsseau, qui rend « à la sauvette » une ordonnance de non-lieu dans l’affaire des micros posés au Canard. Le calendrier, c’est déjà un style judiciaire: l’horloge en robe noire, qui compte sur la dinde pour étouffer le scandale. On prévient l’avocat, Me Dumas, par recommandé le 31, et on lui signifie l’ordonnance « dans les deux heures ». Trois jours francs pour faire appel, et l’on espérait que la rédaction serait occupée à trancher la bûche plutôt que la procédure. « C’est pitoyable, c’est mesquin, c’est minable », tranche Fressoz. Mauvais calcul: appel est fait. Le feuilleton repart.

Justice républicaine et… indépendante

Le texte a le goût d’une époque, celle des années 1970 où, après les secousses de 1968 et les angoisses de l’après-choc pétrolier, l’État français garde des réflexes de coffre-fort: on modernise la vitrine, on blindera l’arrière-boutique. Les services, ici la DST, sont censés protéger la République; ils se retrouvent accusés d’avoir joué les « plombiers » chez un journal. Et la justice, censée dénouer l’affaire, donne l’impression d’astiquer la serrure pour que personne ne voie qui est entré.

Fressoz se paye aussi le commentaire politique du moment, avec un Olivier Guichard transformé en personnage de fable administrative, « le grand méchant mou », pendant que le même ministre, « l’ineffable garde des Sceaux », évoque la nostalgie de « Saint Louis » rendant justice « au pied d’un chêne ». Dans la marge, Le Canard glisse son contre-exemple: « l’affaire du Canard enchaîné ». Sous le chêne, on a parfois l’impression qu’on suspend surtout les dossiers.

“Attendu que…”: la police dicte, la justice acquiesce

Le cœur de la charge, c’est la mécanique des “attendus”. Fressoz se moque de ces « dix-neuf pages » où l’on hésite, dit-il, entre « cynisme » et « niaiserie », « maladresse » et « inconscience ». Et il pointe une phrase qui sonne comme une gifle involontaire de la justice à elle-même: les fonctionnaires Delebois, Laborde, Sanna et Rigoni (des policiers de la DST) sont convoqués, puis ne viennent pas; ils refusent les confrontations; on constate leur carence; et, conséquence logique, on annule les présentations aux témoins. Tout est là, noir sur blanc: la procédure recule parce que les intéressés… n’ont pas envie d’avancer. Le juge “constate”, soupire, passe au point-virgule suivant. « La police a ridiculisé, bafoué la justice », écrit Fressoz, et le juge n’y verrait « rien à redire ».

La suite, “Barrée d’un coup de Pinsseau”, enfonce le clou avec un art consommé du ridicule légal. À 173, rue Saint-Honoré, Madame Bertin reconnaît formellement un des “plombiers”, l’inspecteur Laborde. L’ordonnance n’en fait pas mention, mais préfère retenir qu’il portait un « collier de barbe » que « aucun des témoins » n’aurait décrit. Le réel se fait recadrer par la pilosité.

Le domicile n’en est pas un, la vie privée non plus

Puis vient la gymnastique: la violation de domicile? Les locaux étaient “en cours d’installation”, donc ni demeure ni lieu de travail, pas « effectivement occupés et meublés ». Fressoz ajoute la touche de potache triste: il leur manquait sans doute « un lit de justice et un coup de pinceau ». Quant au Code pénal, Pinsseau lui fait dire qu’il n’a pas pour objet de garantir « d’une manière générale » la propriété contre l’usurpation, « même violente ». Traduction façon Canard: les “plombiers” auraient presque pu faire sauter les lieux, et l’on n’aurait qu’à remercier pour la poussière.

Et Escaro, celui qui surprend les hommes de la DST le 3 décembre 1973, devient, sous plume judiciaire, une « circonstance fortuite », un gêneur, « un squatter venu déranger d’honnêtes travailleurs ». Tout le monde est remis à l’endroit: les intrus au travail, le témoin en vagabondage.

Le plus inquiétant, derrière la blague, c’est l’idée posée comme une jurisprudence de confort: l’atteinte à la vie privée serait inapplicable parce que, dans un local professionnel, on tient surtout des conversations “politiques” ou “professionnelles”. Donc, par une pirouette, les journalistes (et, au passage, « les autres citoyens ») pourraient être espionnés dès lors que leurs paroles ont un sens. Fressoz résume la récompense involontaire: Pinsseau « légitime les écoutes, il légalise les micros ».

Et si même le Canard n’y peut rien…

La conclusion est une menace glacée sous le rire: si une affaire « plus facile à élucider » (pris “sur le fait”, identifiés, avec témoins) peut être ainsi étouffée “pour protéger un ministre et un grand service de police”, alors qu’attendre pour « un simple citoyen isolé, sans défense »? Fressoz parle d’un « pauvre couillon de Français » et pose la question qui reste, cinquante ans après, dans un coin de la page comme un micro qu’on n’a pas réussi à décrocher: si la justice se laisse faire quand la raison d’État tousse, que devient l’État de droit quand il s’enrhume?


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