N° 2943 du Canard Enchaîné – 23 Mars 1977
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C’était le plan baffe
Mars 1977: la majorité se prend une “déculottée” municipale et Le Canard sort la boîte à claques. André Ribaud transforme le plan Barre en “plan baffe”, Giscard en funambule de la politique étrangère, et le “centre” en espèce disparue. Cerise sur le vestiaire: Vazquez de Sola aligne les “vestes” des battus comme des maillots après une défaite. Un papier qui raconte, avec une ironie bien tenue, comment une majorité usée découvre que les électeurs, eux, ne votent pas à blanc.
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Gouverner aux cendres
(ou comment faire de la politique intérieure avec un balai, une urne et un extincteur)
La soirée électorale du 20 mars 1977 laisse à la majorité une odeur de laine brûlée. Ribaud ouvre la fenêtre et constate le courant d’air: “Enfin une baisse, une vraie”, écrit-il, comme si le thermomètre des prix venait d’être remplacé par le baromètre des claques. Le plan Barre, censé calmer l’inflation et rassurer le pays, se retrouve promu… responsable officiel de la dégringolade. Quand on n’a pas de victoire, on fait au moins une comptabilité: “à l’actif du plan Barre”. À ce rythme, le professeur deviendra bientôt le caissier du malheur.
Le Canard, lui, ne perd pas le nord (il perd seulement patience). La Une est un panneau routier en lettres capitales: “Après la déculottée”, et juste en dessous, le slogan qui claque comme une main ouverte: “C’était le plan baffe”. Tout est dit: la pédagogie gouvernementale se termine souvent en séance de gifles publiques.
Le centre introuvable, et la droite “chiraquisée”
Le morceau est savoureux: Giscard voulait “gouverner au centre”, mais “il n’y a plus de centre”. Le mot devient un lieu-dit rayé de la carte, une gare fantôme où plus aucun train politique ne s’arrête. Ribaud pousse le gag jusqu’au bulletin météo: désormais, le président “gouvernera en l’air”, prenant ses distances avec l’intérieur pour aller “planer” sur la politique étrangère. Traduction canardeuse: quand le salon est en désordre, on invite des chefs d’État, ça fait diversion et ça évite de regarder le tapis.
En face, Chirac n’est plus le locataire de Matignon, c’est le propriétaire d’un récit: celui du gaulliste qui se fait frondeur, du “RPR” qui se donne des allures de contre-gouvernement. Le duel Giscard-Chirac, déjà ancien, se met à résonner dans chaque mairie perdue comme dans chaque mairie gagnée: une majorité qui se dispute au grand jour finit par offrir aux électeurs un spectacle d’usure. Et Ribaud n’achète pas l’excuse de la “désunion” comme cause unique: même unis, dit-il en substance, ils ont l’air “usagés, stériles, finis”, bons pour l’armoire à souvenirs.
Le vestiaire du président
La trouvaille graphique de Vazquez de Sola transforme l’Élysée en vestiaire: des “vestes” alignées, étiquetées au feutre, comme des maillots qu’on suspend après une défaite. Durafour, d’Ornano, Edgar Faure, Dominati, Chinaud, Rufenacht, Segard, Brousse, Giroud, Haby… Une garde-robe de la Ve République, collection printemps-été 1977, où l’on devine que certaines vestes ont été retournées plus vite que les résultats.
Ribaud prolonge l’idée: au lieu de virer les battus, surtout, il faut les garder. Sept ministres défaits? Parfait: “un quart de blackboulés”, c’est excellent pour le “crédit et l’autorité” du gouvernement Barre. Le raisonnement est splendide, presque scientifique: plus vous perdez, plus vous inspirez le respect. À ce compte-là, le naufrage devient stratégie. Et l’auteur plante l’image: Haby imposant sa réforme au milieu des potaches hurlant “À Lunéville!” On entend déjà la classe ricaner pendant que le maître écrit “austérité” au tableau.
La revanche selon Barre: pion, pas champion
Le texte est cruel avec le Premier ministre: Barre reste chargé de préparer la “Revanche” aux législatives de 1978, mais il n’a “pas la tête de l’emploi”. Ribaud le voit davantage surveillant que meneur, plus pion de salle d’étude que capitaine de remontada. D’où la pirouette militaire: “Ce n’est plus Joffre, c’est Foch”, et la phrase qui résume la débâcle: “Ma gauche n’existe plus, mon centre est balayé, ma droite est chiraquisée. J’attaque.” Voilà une doctrine en trois hématomes.
Dix-neuf ans, ça use même les grands airs
La charge la plus large vise le régime lui-même: “assez vus depuis dix-neuf ans”. Dix-neuf ans après 1958, la Ve République commence à sentir la naphtaline de pouvoir. Et Ribaud conclut avec une petite prophétie en forme de clin d’œil: “Attention à la vingtième année. Ce sera peut-être la bonne!” Entendre: la sanction pourrait être pour bientôt, et pas seulement municipale. Quand un pouvoir vieillit, il ne s’effondre pas toujours; parfois, il se met à tousser devant témoin, et le témoin s’appelle l’urne.





